Les Français se lançent en masse dans le fait main

Thomas Weill

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93% des Français ont pratiqué une activité qui leur a fait créer quelque chose en 2016.
93% des Français ont pratiqué une activité qui leur a fait créer quelque chose en 2016. — Chameleons Eye/REX/REX/SIPA

Faire du bricolage, de la cuisine ou du sport… Des activités comme les autres ? Pas tout à fait. Dedans, il y a le mot « faire ». Début février, l’Observatoire société et consommation (Obsoco) et la Maif ont dévoilé les résultats du premier observatoire du « faire » et de son étude portant sur l’intérêt grandissant des Français pour les loisirs actifs. D’après l’Obsoco, cette tendance montrerait même un changement dans la façon de consommer des Français. 

93% d'entre eux ont pratiqué, au moins une fois en 2016, une activité qui les a amenés à créer quelque chose. 61% des personnes interrogées ont par exemple bricolé, et 57% ont sorti bêches et sécateurs pour jardiner. En moyenne, les « adeptes du faire », comme les surnomme l’étude, ont pratiqué au moins 5,8 activités différentes en 2016. 

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Qui sont les plus actifs ? « Pas de surprise » pour l’économiste et coprésident de l’association Obsoco, Philippe Moati, qui a dirigé l’étude. Lui parle de « l’approche bourdieusienne [des classes sociales]. Ceux qui ne font pas ont plutôt moins de diplômes et de bas revenus. On remarque aussi des pratiques qui paraissent élitistes, comme l’écriture ou l’informatique, tandis que d’autres sont plus démocratiques, comme le coloriage, la couture ou le tricot ».

Quand faire coûte cher

Et pour cause, d’après l’étude de l’Obsoco, ces loisirs actifs coûtent de l’argent. L’observatoire a évalué le marché du « faire » à 95 milliards d’euros par an d’après les déclarations des personnes interrogées. Soit, d’après Philippe Moati, « plus de deux fois le marché de l’habillement et de la chaussure ». Bien sûr, l’économiste reconnaît qu’il s’agit là d’une « approximation », mais qui reste significative. 

A tel point que chez Obsoco, on y lit bien  plus qu’une simple tendance. « On est passé d’une consommation de l’avoir, grosso modo celle des Trente glorieuses, à une consommation qui s’interroge sur l’être, sur le sens de la consommation. Le mouvement qui émerge maintenant est donc de l’ordre du faire », résume Nathalie Damery, présidente de l’association. 

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D’après l’étude, l’avènement de cette nouvelle ère de la consommation s’explique par un facteur très simple : le bonheur. « Plus on est engagé dans le "faire", plus on est heureux dans tous les sens du terme », rapporte Philippe Moati, notamment parce que cela permet une « expression de soi » impossible avec la simple possession. 

Une consommation plus servicielle

Pourquoi ces observations sont-elles importantes ? A en croire Philippe Moati, « les marques sentent que le rapport à la consommation traditionnelle s’épuise. Elles réalisent plus de promotions, plus de soldes pour maintenir le désir de consommer ». Or l’envie des consommateurs se trouverait ailleurs. « On attend des marques qu’elles nous aident dans la pratique, avec des produits simples, ergonomiques, mais aussi un côté pédagogique pour trouver du plaisir et se perfectionner. Ça peut être des didacticiels, ou l’animation d’une communauté pour favoriser des échanges et organiser des manifestations. Certaines marques ont compris cette logique servicielle mais elles ne sont pas encore très nombreuses ». Pour les autres, elles savent désormais ce qu’il reste… à faire.