Pourquoi la France attire le tournage de plein de films étrangers tels que «Jackie»

ECONOMIE En 2016, trente-six projets d'initiative étrangères ont bénéficié du crédit d'impôt international, un abattement fiscal dont la réforme a porté ses fruits...

F.R. avec AFP

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Natalie Portman se fait remaquiller sur le tournage de «Jackie», qui s'est en partie déroulé à la Cité du cinéma, à Saint-Denis.
Natalie Portman se fait remaquiller sur le tournage de «Jackie», qui s'est en partie déroulé à la Cité du cinéma, à Saint-Denis. — Bac Films

Le bureau ovale et les couloirs de la Maison Blanche à Saint-Denis. La tectonique des plaques n’a rien à voir là-dedans, simplement, ces décors ont été reconstitués à la Cité du cinéma, à deux pas de Paris, pour le film Jackie, qui sort ce mercredi, avec Natalie Portman dans le rôle-titre. Le long-métrage du Chilien Pablo Larrain est l’un des nombreux tournages de films étrangers ou d’initiative étrangère qui se sont déroulés en 2016 sur le sol français.

L’Hexagone attire des réalisateurs de toutes les latitudes qui viennent y poser leurs caméras, comme par exemple le Britannique Christopher Nolan pour Dunkerque ou l’Indien Aditya Chopra pour Befkire, dans le plus pur style Bollywood.

Un abattement fiscal qui a généré 152 millions d’euros de dépenses

Les charmes, réels ou fantasmés, de la France ont une influence dans ce pouvoir d’attraction, mais cet engouement doit aussi beaucoup à la réforme du crédit d’impôt international. Cet abattement fiscal, mis en place en 2009 justement pour inciter les productions étrangères à se tourner vers le pays de Jacques Audiard, a été relevé au 1er janvier 2016 de 20 à 30 % des dépenses du film dans l’Hexagone. Résultat : il a généré 152 millions d’euros de dépenses en 2016, contre 57 millions un an plus tôt. Concrètement, 36 projets d’initiative étrangère ont bénéficié de cette mesure l’année dernière, contre 22 en 2015, révèle le Centre national du cinéma (CNC).

« On a une progression massive [des investissements] cette année, comme on n’en a pas eu les années précédentes », s’enthousiasme Valérie Lépine, déléguée générale de Film France, en charge de la promotion des tournages et de la postproduction en France. Le phénomène concerne aussi, et en premier lieu même, le cinéma d’animation. Les films du studio Illumination Mac Guff, tels que Comme des bêtes ou Tous en scène, qui vient de sortir en salle, sont des œuvres de studios américains entièrement réalisées sur le territoire français. Idem pour Captain Underpants de Dreamworks et Sherlock Gnomes de Paramount, confiés au studio Mikros, ou pour Elena de Avalor, série animée de Disney, qui sera réalisée par le studio TeamTO.

Le nouveau « Mission : Impossible » tourné en France ?

Cette dynamique pourrait bien se confirmer en 2017 puisque, le 1er janvier, un abaissement du seuil des dépenses minimales pour bénéficier du crédit d’impôt international à 250.000 euros (contre 1 million d’euros) est entré en vigueur. Cette nouveauté devrait bénéficier principalement au secteur des effets spéciaux. Il se murmure d’ailleurs que Mission : Impossible 6 pourrait être tourné en partie dans l’Hexagone.

« Le fait que les étrangers viennent tourner en France est concomitant avec le fait que les Français restent en France. On ne peut pas détacher les deux phénomènes. Ça crée un environnement plus favorable », avance Jean-Yves Mirski, délégué général de la Ficam, qui fait allusion aux longs-métrages français qui délocalisent de moins en moins leurs tournages.

Les deux dispositifs ont également des effets positifs sur l’emploi : ils ont, souligne le CNC, créé au total 15.000 emplois intermittents supplémentaires sur tout le territoire.