Festival d'Angoulême 2017 : Une 44e édition presque exemplaire

BD Le 44e festival de la bande dessinée d'Angoulême, qui s’achève ce dimanche, a réussi à faire oublier les couacs de la précédente édition…

Olivier Mimran
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Des visiteurs du Festival international de la BD d'Angoulême feuillettent des albums
Des visiteurs du Festival international de la BD d'Angoulême feuillettent des albums — Pierre Duffour AFP

Même si ça n’a jamais été ouvertement exprimé, l’une des principales craintes des organisateurs du festival d’Angoulême était que l’édition 2017 soit aussi « agitée » que la précédente (fronde des autrices sous-représentées, couac lors de la cérémonie de remise des Prix). Il n’en a rien été, et le public comme les professionnels (auteurs, éditeurs, médias) ressortent manifestement ravis de ces quatre jours durant lesquels « on n’a parlé que de BD, on n’a vibré que pour la BD », se réjouit Stéphane Beaujean, directeur artistique du plus grand événement mondial exclusivement consacré à la BD.

Des expositions très fréquentées

Si la météo - très favorable - a contribué à la bonne humeur et la satisfaction générales, c’est surtout la programmation, sobre et consensuelle, qui a permis de satisfaire tous les festivaliers, du plus exigeant à l’amateur « du dimanche » :les expositions les plus « grand public », comme celles consacrées au Belge Hermann ( Grand Prix 2016), à l’Américain Will Eisner (Grand Prix 1975) ou à la série « Le château des étoiles » ont fait le plein ; dans le même temps, celle, plus confidentielle, embrassant l’œuvre du japonais Kazuo Kamimura a bénéficié d’un incroyable bouche à oreille et a carrément fait un carton.
 


«C’est moi ou l’ambiance est particulièrement joyeuse cette année ? », s’étonne un buraliste de la rue Hergé. Non, non, c’est bien observé : les festivaliers, en famille ou entre potes, déambulent d’une « bulle » (les chapiteaux éditeurs) à l’autre le sourire aux lèvres. « Angoulême, c’est la fête d’un Art qui nous fait rêver depuis plus de cinquante ans, s’enthousiasment Roger et Line, un couple de retraités venus de Poitiers. Alors ça doit rester festif parce que nous, simples lecteurs de BD, on ne se déplace pas pour entendre râler les uns et les autres. »

Les auteurs toujours en danger

Une allusion aux quelques manifestations d’auteurs ayant eu lieu ces dernières années. Mais si ceux-ci n’ont pas défilé cette année, leur situation reste toujours aussi précaire : publié début janvier, le très complet rapport annuel de l’ ACBD (Association des Critiques de Bande Dessinée) rapporte ainsi qu’il est toujours aussi difficile, en 2016, de vivre du métier d’auteur de BD. D’ailleurs, parmi les quelque 1419 auteurs francophones pros - dont 12 % de femmes - recensés par le rapport, combien gagnent de quoi mener une existence décente ? Une question essentielle sur laquelle se sont penchés, dans le cadre du festival mais hors le regard du public, les États Généraux de la BD.
 


Finalement, seul le palmarès (les Fauves du festival ont été décernés hier soir au cours d’une cérémonie très « sage »), plutôt pointu cette année, risque de faire grincer quelques dents. À ceux qui se réjouiront que le jury - présidé par l’autrice britannique Posy Simmonds - ait plutôt célébré les audaces formelle et narrative s’opposeront, comme chaque année, ceux qui déploreront que le palmarès ne sacre que trop peu d’albums vraiment populaires (ce qui n’est pas tout à fait vrai cette année car L’homme qui tua Lucky Luke ou La jeunesse de Mickey ont cartonné en librairie avant de recevoir un Fauve).

44e Festival International de la Bande dessinée d’Angoulême, du 26 au 29 janvier 2017