The Do: «On fait ses chansons comme on mange»

FESTIVAL Rencontre avec le groupe The Do, de passage aux Transmusicales de Rennes à un mois de la sortie de son album...

De notre envoyé spécial à Rennes, Boris Bastide

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Elle est Finlandaise et s'appelle Olivia B. Merilahti. Lui est Français et s'appelle Dan Levy. Venus d'univers musicaux très différents, ils forment le duo The Do, qui sort à la mi-janvier son premier album «A Mouthful» (sortie le 14 janvier). Porté par la ballade «On my shoulders», les quinze titres du disque explorent des contrées très variées allant du rap façon Eminem au folk et à la pop. Rencontre avec le duo à l'occasion de leur passage aux Transmusicales, à Rennes.

Vous débutez votre tournée, votre premier album sort en janvier... Comment vivez-vous toute cette période?

Dan Levy: C'est le tourbillon.

Olivia B. Merilahti:
Pas vraiment le tourbillon. Là, c'est le calme avant la tempête!

D. L.: On a eu tellement de pression, ces temps-ci. L'album, on sait ce qu'il y a dedans. Un concert, on ne sait pas ce qu'on va faire. L'appréhension n'est pas la même. L'album, on le connaît, on l'a travaillé pendant un an et demi. Le concert, c'est plus jeune pour nous. On ne sait pas comment ça peut se passer. La réaction du public. Mais on est tellement heureux que l'album sorte.

Et jouer aux Transmusicales, ça représentait quelque chose pour vous?

O.B.: On n'avait jamais mis les pieds aux Transmusicales, donc on ne savait pas trop à quoi s'attendre. C'était plutôt les médias qui nous mettaient la pression par rapport à ça: «Alors, vous avez peur? C'est quand même important.» Nous qui sommes un groupe très jeune sur scène - nous sommes à notre trente-cinquième date, même pas -, ça fait partie des défis qu'on a en ce moment en permanence. Des défis qu'on approche avec beaucoup de plaisir, mais aussi de la peur.

D. L.: C'est avec le risque qu'on apprend vite.

Vous venez d'univers très différents. Dan faisait du jazz, de la musique de film. Olivia était dans des formations rock et électro. Comment s'est construit votre album, «A Mouthful», aux univers très variés?

O.B.: On ne s'est jamais dit: «On va dans telle direction.»

D.L.: On s'est juste dit: «On met les voiles et on se laisse porter.» Rien n'est réfléchi. On laisse les choses se construire. Si une chanson ou un arrangement ne vient pas naturellement, on laisse tomber.

O.B.: On est issu de deux milieux musicaux tellement différents qu'on savait que le partage de nos passions musicales ne pouvait donner que quelque chose de bizarre et d'intéressant.

Vos textes sont plus imagés que descriptifs...

O.B.: C'est pareil. Mes textes sont très instinctifs. (Elle s'arrête) C'est très difficile pour moi de parler des textes. C'est encore assez frais. C'est très très intime, même si je n'y parle pas de moi. Je les écris comme des petits poèmes, des contes.

D.L.: Je dis souvent qu'on fait ses chansons comme on mange. On a envie de manger ce qu'on aime manger. Pas manger vite fait, ce qu'on donne à tout le monde. Et on adore manger. Notre album s'appelle «A Mouthful» (une bouchée, ndlr).

O.B.: On était tous les deux très affamés quand on s'est rencontré.

Pourquoi chanter en anglais?

O.B.: Pour moi, c'était naturel. J'aime beaucoup les langues et l'anglais est la langue universelle.

On trouve dans votre album et sur scène un côté ludique. C'est important pour vous?

D.L.: On s'amuse tellement ensemble. Pour nous, c'est une récréation permanente. Parfois, on a l'impression qu'on est des gosses. On ne se dit pas qu'on va faire de la musique ludique, mais moi, je ne peux composer que dans la joie. Pas dans le malheur. Je pense que ça se sent sur l'album.

Comment avez-vous travaillé l'adaptation d'un album très produit à la scène?

D.L.: Pour poursuivre la métaphore culinaire, la scène, c'est tu ouvres ton frigo et tu as un nombre limité d'aliments pour faire ton repas. On n'a pas le temps d'acheter ce qu'on veut. La scène, on n'est que trois et on n'a pas le luxe du studio, où on peut tricher. L'important, c'est que ça soit bon et nourrissant. Un peu comme un plat de pâtes.

Vous vous attendiez au succès d'«On my shoulders»?

D.L.: Pas du tout. Chaque chanson qu'on a faite, on l'a pensée et créée comme «On my shoulders». Pour nous, chaque chanson a sa place. On aurait pu mettre en avant une autre chanson. Il se trouve que d'abord c'est celle-là. Après, cette chanson a eu un parcours extraordinaire. On a eu de la chance qu'elle rencontre le public.

O.B.: Nous, au début, on pensait que ce serait plutôt «The Bridge is broken» ou «At Last», qui marcheraient...