Aux Transmusicales, mais que font donc les artistes entre deux chansons?

De notre envoyé spécial à Rennes, Boris Bastide

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Le problème se pose à chaque concert, mais peu de monde s’en soucie. La littérature sur le sujet doit être proche du vide et il n’est même pas dit que les artistes passent un petit quart d’heure à réfléchir dessus. Cette grande question métaphysique est pourtant simple: que faire entre deux chansons? Pour leur première journée, les Transmusicales de Rennes ont offert jeudi une grande variété de postures qui permet d’apporter un début de réponse.

Aux adeptes du traditionnel, «ben, c’est simple, on ne dit rien», on a envie de répondre: «C’est un peu court.» Sur quelques titres, passe encore, mais cette absence d’échange peut finir par vexer le public. Seules les Britanniques d’Ipso Facto sont tombées dans cet extrême. Après ça, allez demander à la foule de se remuer...

Rigueur informative ou sens des affaires

Beaucoup plus courant, la simple précision du titre qui va être joué. Une méthode qui a traversé les frontières, puisqu’on la trouve aussi bien chez les Britanniques de The View que chez French Cowboy. Et quand le morceau est attendu comme le «On my shoulders» de The Do, la réaction du public ne se fait pas attendre.

Les Grecs d’Imam Baildi ont ajouté à cette technique, qui a le mérite de la rigueur informative, une touche assez saugrenue. «On va vous jouer la chanson deux de notre album», lance un des frères Falireas. Bien essayé. Sauf que là, le CD, personne ne le connaît.

Plus performatifs, les rockeurs britanniques de My Federation se font un peu de pub entre les morceaux. Dès le deuxième titre, le chanteur à barbe Lee Muddy Baker lance à la foule: «On vous a déjà dit qu’on était les My Federation?» Ben, oui, trois fois. Après avoir joué leur dernier single, le même nous encourage à le télécharger sur iTunes. Ne jamais perdre le sens des affaires.

L’intermède participatif

Mais bon, ne soyons pas trop dur avec la formation qui a d’autres cordes à son arc, comme l’intermède participatif. Après quelques morceaux, Lee Muddy Baker demande ainsi à la foule de discuter deux minutes pendant qu’il accorde sa guitare. Du coup, il récoltera un «David Bowie» crié de la foule. Allez comprendre...

L’humour peut être une bonne solution, mais gare à l’échec. D’ailleurs, très peu d’artistes s’y sont essayés. Le chanteur des Pony Pony Run Run s’y est ainsi pris à cinq fois pour arracher quelques rires. Il dédicace d’abord un morceau à l’été, puis le suivant toujours à l’été. Bide. Il dédicace ensuite les deux titres qui suivent aux jeunes qui portent des jeans noirs moulants. Toujours rien. Et finit par lâcher, «deux titres dédiés à l’été, deux aux jeunes qui portent des jeans noirs, on manque vraiment d’inspiration ce soi». Et voilà, le travail est fait.

L’exhortation de la foule est une autre pratique très commune, parfois vouée à l’échec. Le guitariste de My Federation tape des mains en direction du public entre les morceaux sans que personne au-delà du deuxième rang ne réagisse. Pas plus de réactions quand Bibi Tanga & le Professeur Inlassable demandent à la foule de chanter avec eux ou quand le MC qui accompagne les rappeurs des Galactic demande pour la troisième fois en cinq minutes «France, bring me some noise».

Un brin suicidaire

Mais quand ça marche, comme avec Kelvin Swaby, chanteur de The Heavy, qui obtient des cris de loups de la salle, il peut se créer une vraie communion jouissive entre un groupe et le public. Ça doit un peu ressembler à ça, toucher le sacré graal.

Pour les plus suicidaires, on indiquera aussi deux techniques très peu recommandées. Le compliment forcé, comme Bibi Tanga qui remercie le public rennais de son accueil chaleureux après une réception plutôt tiède. Ça s’apparente presque au foutage de gueule. Et, encore plus osé, l’insulte du public. «Réveillez-vous, nom de Dieu», s’énerve en fin de set Federico Pellegrini, chanteur des French Cowboy. Quand on compare le déchaînement des corps virtuels sur Second Life, où sa prestation rennaise est retransmise en direct, et l’inertie du public du hangar, on ne peut pas vraiment lui donner tort.