Aux Transmusicales, le rap américain servi à la sauce grecque

MUSIQUE Pour la première journée du festival rennais, jeudi, les Britanniques de The Heavy et les Grecs d'Imam Baildi ont conquis les foules...

De notre envoyé spécial à Rennes, Boris Bastide

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Il a fallu du lourd pour réveiller les Transmusicales, jeudi soir. Alors que jusqu’ici les tentatives des DJ et artistes pour faire participer le public rennais se sont soldées au mieux par des demi-échecs, vers 0h30, une bonne partie du hangar 3 du parc des expositions se met à imiter le cri du loup. Une prouesse à mettre à l’actif de Kelvin Swaby.

Le chanteur de The Heavy, costume-cravate noir et chemise blanche, harangue la foule d’un côté à l’autre de la scène. Sa voix haut perchée à la Curtis Mayfield offre un écrin de douceur à ses quatre musiciens (guitare, basse, clavier et batterie) qui passent sans difficultés des riffs agressifs à un groove très funk. Après deux rappels, le quintet britannique finit son set sur une ballade soul enchaînée au «All day and all of the night» des Kinks. The Heavy, décidemment grandioses et inclassables.

Dr Dre sur un air grec des années 1950

Deux adjectifs qui conviendraient aussi parfaitement à la performance d’Imam Baildy, une petite demi-heure plus tard. Cette formation grecque, composée de deux frères – un aux platines, l’autre aux percussions – convoque dans un incroyable métissage sonore rap américain, rythmes tribaux africains et musiques traditionnelles des Balkans. «Still Dre» de Dr Dre sur un air grec des années 1950, ils l’ont fait. Et ça marche. Des musiciens acoustiques (trompettes, saxophone…) les rejoignent tour à tour sur scène. Les premiers rangs en transe en redemandent.

Côté découverte, on retiendra de cette première journée deux autres groupes à suivre. Tout d’abord les Français de Dajla, qui ont ouvert le bal à 16h au Crij Bretagne. Présenté comme une formation nu-soul, le duo est accompagné ici d’un guitariste. Son jeu virtuose et ses intermèdes rappés donnent une vraie épaisseur à leur musique. Celle-ci s’ouvre du coup à de riches contrées métissées, en parfaite adéquation avec le discours d’ouverture à la différence prôné par la chanteuse sur scène.

Un cowboy au pays d’Amy Winehouse

Autres artistes à surveiller, les Britanniques d’Ipso Facto, qui ont un peu souffert de l’horaire tardif de leur prestation (2h45). Ces quatre jeunes femmes - jupes sombres, coupes soignées, mais pas toujours du meilleur goût (la coiffure de la chanteuse singe celle de Mireille Mathieu) -, savent souffler le chaud et le froid. Le style est tranchant: voix spectrale à la Nico, rythmes martiaux et montées de guitares qui n’explosent jamais. Une vraie curiosité.

On notera pour finir la confirmation de la très bonne tenue des Français de French Cowboy, qui ont gratifié le public de Rennes et de Second Life d’une belle reprise du «Back to Black» d’Amy Winehouse, et de The Do. Le duo, accompagné sur scène d’un batteur, convertit ses ballades pop et folk en rock endiablé. Et le tube en puissance «On my shoulders» fait toujours son petit effet. Ceux-là, on devrait en réentendre parler.