Ballet, tableau, sculpture... Le but d’Olivier Giroud est-il vraiment une œuvre d’art?

FOOTBALL Le footballeur d’Arsenal a marqué, d’une talonnade en retourné, un but improbable et beau à la fois…

Benjamin Chapon
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Olivier Giroud (Arsenal) a marqué un but splendide le1er janvier 2017
Olivier Giroud (Arsenal) a marqué un but splendide le1er janvier 2017 — BPI/Shutterstock/SIPA

D’après son entraîneur, Arsène Wenger, aucun doute possible, le but d’Olivier Giroud inscrit le 1er janvier est une œuvre d’art. « La surprise et le geste spectaculaire font partie de la beauté, explique le coach d’Arsenal. Je dis souvent aux joueurs : la beauté est dans l’efficacité. Là, le geste est magnifique, spectaculaire, surprenant et efficace. Tout est réuni pour en faire de l’art. » Arsène Wenger va plus loin, voyant dans la construction collective du but « un ballet », et filant la métaphore artistique il raconte qu’à l’entraînement, son joueur « met des buts spectaculaires quand il fait ses gammes devant le but. »

Et si Giroud avait claqué le but de l'année dès le 1er janvier ?

Le foot, est-ce de l’art ? La question est posée à chaque nouveau but ou geste spectaculaire, inspirant ou improbable. Pourtant, selon Didier Deschamps (pas le sélectionneur de l’équipe de France de Football, non, l’autre, le directeur du Théâtre national de Chaillot), « l’objectif d’un spectacle de football n’est pas de créer une œuvre d’art mais de procurer du divertissement. On peut apprécier au même rang ces deux types de spectacle qui exigent, l’un et l’autre, des conditions athlétiques exceptionnelles. Mais la différence fondamentale de destination induit qu’on ne peut comparer le foot à une chorégraphie ».

Le chorégraphe et ancien athlète Pierre Rigal est plus nuancé : « Même si on parlait de lui comme d’un artiste, Zidane se fout de la beauté du geste. Il vise l’efficacité uniquement. La passe, le but… Mais un danseur aussi cherche l’efficacité aussi si on y pense. La frontière me semble très floue entre beauté et efficacité du geste. »

Coup de pinceau ou coup du foulard

Aux Beaux-arts de Paris, un groupe d’étudiants fans de foot organise des soirées durant lesquelles ils discourent sur les qualités artistiques de matchs de foot en direct. L’un d’eux, Nicolas Hugues, ne voit pas dans un but une œuvre d’art pour autant : « Dans certains cas, assez rares, un match de foot peut susciter une émotion proche de celle que l’on éprouve devant une œuvre d’art. L’analogie entre passion pour le foot et passion pour l’art se situe plutôt dans la collecte névrotique d’informations. Suivre l’actualité d’un club de foot ou d’un joueur en particulier dont on est fan ressemble à l’apprentissage académique autour d’artistes, de mouvements, de périodes… »

Sa façon de gérer sa passion pour le RC Lens ressemble, selon lui, à manière dont il collecte le plus d’informations possible sur le Fauvisme. « J’ai un ami passionné depuis longtemps par les artistes contemporains britanniques dont il suit le travail de la même façon qu’il suit les résultats du FC Barcelone, avec enthousiasmes et déceptions parfois. »

Pour le jeune artiste, cette analogie se retrouve aussi dans la dimension financière : « On peut suivre la cote d’un artiste comme on suit celle de joueurs. Il y a les mêmes spéculations, effets d’aubaine… »

Coup de burin ou coup du scorpion

Enfin, un but comme celui d’Olivier Giroud, notamment lorsqu’on observe les images tirées de l’action plutôt que la vidéo, on peut faire un lien entre football et sculpture. Colin Lemoine, historien de l’art et directeur de collection au musée Bourdelle à Paris, évoque « la plasticité des gestes de sport, d’ailleurs « die Plastik » en allemand signifie « sculpture ». Il y a dans le foot un langage codifié, surtout au moment des célébrations de buts, un vocabulaire et une grammaire des formes qui évoquent la sculpture. » La fameuse célébration de Wayne Rooney, en 2011 après un splendide but en retourné, fait ainsi penser  à la Victoire de Samothrace.

Colin Lemoine voit également dans la sculpture de Rodin intitulée La Défense ou dans celle de François Rude qui orne le fronton de l’Arc de triomphe intitulée La Marseillaise « des élans, des œuvres du surgissement qui font penser à des célébrations de buts. »

Chorégraphie, tableau ou sculpture ? Le but d’Olivier Giroud n’est peut-être pas une œuvre à inscrire dans l’histoire de l’art, mais Didier Deschamps se réjouit que l’on utilise « le vocabulaire de l’art pour décrire les exploits d’un sport aussi populaire que le football. C’est au moins la preuve que l’art est très présent dans l’esprit des gens pour décrire ce qui les émeut. »