«Rectify» s'achève et il est temps de rattraper cette grande série d’auteur

SERIE « Rectify », qui suit la réinsertion d’un condamné à mort innocenté après avoir passé vingt ans en prison, prend fin avec une 4e saison bouleversante. « 20 Minutes » revient sur la série avec son créateur Ray McKinnon…

Benjamin Chapon

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Ray McKinnon (avec une casquette) sur le tournage de la saison 4 de Rectify
Ray McKinnon (avec une casquette) sur le tournage de la saison 4 de Rectify — Sundance Channel

Echec d’audience et vierge de récompenses officielles, Rectify va s’achever mercredi 14 décembre aux Etats-Unis avec le huitième épisode de sa quatrième saison. La série produite par Sundance Channel, chaîne de Robert Redford, compte pourtant une poignée de fans indéfectibles persuadés que l’histoire leur donnera raison et que Rectify figurera au panthéon des grandes séries d’auteur.

Si elle échappe au statut de série maudite en ayant la chance de pouvoir faire ses adieux avec une saison conçue comme devant être la dernière (toutes les bonnes séries n’ont pas eu cette chance…), Rectify restera comme la série d’auteur typique. Et ce pour x raisons…

La philo selon Daniel

Comme un symbole, dans la séquence d’ouverture de cette saison 4, le héros cite Sartre pour expliquer que « l’enfer, c’est les autres ». Daniel Holden n’est pas un rigolo. A sa décharge, il a passé dix-neuf ans dans le couloir de la mort pour un viol et un meurtre qu’il n’aurait (le conditionnel est primordial) finalement pas commis. Innocenté par un test ADN, il retrouve son village, Paulie, et ses proches. Les trois premières saisons de la série racontaient les premières semaines de ce douloureux retour à la vie quotidienne. Dans la saison 4, Daniel quitte sa cambrousse pour Nashville.

« L’objectif était de le confronter à lui-même, explique le créateur de la série, Ray McKinnon. A Paulie, tout le monde le connaît et le regard des autres lui renvoie une image très précise de lui-même, figée dans le passé. A Nashville, les personnes qu’il rencontre lui renvoient une image plus actuelle de qui il est. Ça va le bousculer. »

Un rythme lent, très lent

Au cours de quatre saisons, seules quelques semaines de la vie des personnages se seront écoulées. Si le rythme s’accélère, un peu, dans les prochains épisodes, la lenteur et les longs silences sont des choix esthétiques forts qu’assume Rays McKinnon : « J’ai toujours voulu que le spectateur se fasse sa propre idée de ce que les personnages ont en tête. S’ils parlent peu, c’est aussi parce qu’ils ont du mal à faire le tri parmi leurs sentiments. »

Symbole de cette série taiseuse, Daniel Holden, incarné par Aden Young, est très mal à l’aise en public. Au milieu des centaines de non-dits de la série, reste le mystère de la culpabilité ou de l’innocence du héros. « Aden Young ne sait pas si son personnage est innocent parce que Daniel lui-même ne le sait pas, explique Ray McKinnon. D’ailleurs, moi non plus je ne le sais pas. Daniel a une amnésie sur cette nuit-là. Ça permet de s’intéresser au ressenti du personnage plutôt qu’à son statut d’innocent ou de coupable. »

Un casting d’inconnus

Rectify n’avait pas changé son casting depuis ses débuts. Cette saison 4 introduit de nouveaux personnages, les ex-détenus parmi lesquels Daniel va être accueilli à Nashville. Comme dans le casting initial, aucune star n’a intégré la série.

En revanche, Alistair Spencer, qui incarne Amanda, la sœur de Daniel, a un visage connu des sériephiles, notamment pour une apparition dans Mad Men.

Une bande-son qui fait la tendance

Comme Breaking Bad en son temps, Rectify est très suivie par les mélomanes avides de découvertes musicales. Avoir une chanson diffusée dans la série est considéré comme un Graal par de nombreux groupes de rock indé. Ray McKinnon explique d’ailleurs choisir lui-même la plupart des musiques : « J’essaye toujours de choisir des chansons qui éclairent le propos de la scène. Comme il y a peu de dialogues, je veux que les musiques donnent du sens, qu’elles collent parfaitement à l’ambiance et au ressenti des personnages. »

« Making a murderer » avant l’heure

Lancée trois ans avant la vague actuelle des séries documentaires sur des affaires judiciaires, de Making a Murderer à Amanda Knox ou The People Vs. O.J. Simpson, Rectify ne traite pas du système judiciaire américain. « J’ai une opinion personnelle sur la question et j’imagine que la série fait réfléchir les gens sur notre système judiciaire mais ce n’est pas le centre de mon propos, explique Ray McKinnon. La justice est imparfaite parce qu’elle est humaine, et Rectify est avant tout une série cherchant à documenter le parcours d’êtres humains. »