«Cannabis», thriller à épisodes un peu fumeux

SÉRIE Les trois premiers opus du feuilleton sur les dessous du trafic de drogue sont diffusés ce jeudi soir sur Arte…  

Mélanie Wanga

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Fallait pas monter dans la voiture.
Fallait pas monter dans la voiture. — Lucia Faraig

Que se passe-t-il quand une grosse cargaison de cannabis est volée au large des côtes espagnoles ? La filière de la drogue chavire dans une guerre des clans implacable et les victimes collatérales (familles des caïds, politiques locaux véreux…) tentent de survivre. C’est le postulat de départ de cette coproduction franco-espagnole d’Arte, présentée au festival Séries Mania en avril 2016 et diffusée ce jeudi à 20h55.

Création originale, Cannabis est l’un des paris de l’année de la chaîne franco-allemande. On y suit le destin de Shams (Yasin Houicha), un jeune dealer d’origine marocaine dont l’oncle Farid a volé la fameuse cargaison. Malheureusement, le vrai propriétaire de la marchandise se trouve être un certain El Feo ( Pedro Casablanc), qui n’est pas prêt à laisser les coupables impunis…

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Du Maroc à Marbella en passant par Villiers

A la réalisation, la trentenaire Lucie Borleteau (Fidelio, l’odyssée d’Alice), dont c’est la première incursion à la télévision. L’impulsion originale vient du scénariste Hamid Hlioua : « C’est une idée que j’avais depuis longtemps : montrer les trafiquants dans leur activité, mais aussi dans leur intimité. Pas pour en faire des héros, mais pour raconter qui ils sont, à travers les problèmes qu’ils rencontrent et les choix qu’ils doivent faire. »

Tournée en 2015 entre l’Espagne, le Maroc et la France, Cannabis se veut proche de la réalité des enjeux et des cultures européens, qui ne sont pas les mêmes qu’aux Etats-Unis, souvent décrits à la télé. Et adopte clairement le point de vue des dealers. La coscénariste Clara Bourreau explique : « Le fait d’adopter un point de vue amoral, en n’accordant pas ou peu de présence aux flics, m’intéressait. Il y avait une description très réaliste du trafic en France, mais aussi une partie beaucoup plus romanesque en Espagne et au Maroc. »

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Un thriller à la The Wire… ou presque

Côté acteurs, si on note la présence de Kate Moran (Les Rencontres d’après minuit), le casting affiche essentiellement des inconnus au bataillon. Une volonté apparente des créateurs : « Cannabis est une série qui traite du milieu de l’ombre, c’était donc important de ne pas avoir la vue brouillée par la présence d’acteurs connus », explique Lucie Borleteau.

Comparée à la grande série de HBO The Wire pour son pitch « trafic de drogue vu de l’intérieur », la création d’Arte peine pourtant à atteindre le réalisme de son illustre aînée. Même en nous plongeant dans le quotidien des petites frappes et des grands pontes de la drogue, Cannabis a clairement choisi la voie du thriller et des rebondissements épisodiques à gros effets.

On reste donc plus proche du téléfilm classique de prime time que de la série d’auteur révolutionnaire. Alors que les acteurs sont eux quelque peu desservis par des dialogues un poil caricaturaux, les voitures explosent et les corps s’amoncellent. Parfois aux dépens de la peinture sociologique que la série prétend défendre…