Pourquoi les mythes antiques sont de retour en librairie?

LITTERATURE Que ce soit en roman ou en bande dessinée, les aventures des dieux de l'Olympe n'ont pas pris une ride…

Antoine Magallon

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Un peu de lecture ?
Un peu de lecture ? — ASON MCCORMACK PHOTOGRAPHY

C’est le retour d’histoires vieilles comme le monde, ou presque. Les textes antiques narrant les exploits d’Icare, Zeus ou encore de Thésée ont débarqué tel le cheval de Troie, sur les tables de chevet des jeunes Français.

« Chez nous cela fait 5 ou 6 ans que le rayon mythologie est passé d’une petite section, à un vrai segment qui fonctionne très bien », explique Alexandre Flacsu, directrice des librairies Chantelivre, spécialisées dans la littérature jeunesse. La mythologie, une niche devenue grand public avec pour preuve, le récent succès de l’éditeur Glénat, qui classait deux volumes de sa collection La sagesse des Mythes  dans les 10 meilleures ventes bande dessinées la semaine de leur sortie, soit le 14 septembre dernier.

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Une cure de jouvence, qui correspond à une double envie, analyse Alexandre Flacsu. « Ce sont les parents qui sont prescripteurs. Ils veulent transmettre ce qu’ils ont aimé, ce qui relève de la culture aussi, d’un patrimoine. L’intérêt des enfants est lui, plus lié au fantastique, aux monstres. » Il est vrai qu’entre les cyclopes, l’hydre et autres méduses, l’univers mythologique est peuplé de créatures propices à stimuler l’imaginaire.

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Un nouveau public

Mais comment comprendre l’arrivée de Zeus et Poséidon dans les esprits du XXIe siècle, alors que la littérature jeunesse s’est emparée de ces histoires depuis déjà des centaines d’années ? « L’ouvrage que je place, personnellement, comme l’origine de la littérature jeunesse, ce sont Les aventures de Télémaque (parti d’Ithaque pour chercher son père Ulysse sur les mers) écrites par Fénelon en 1699 », explique Nathalie Prince, professeur de littérature générale et comparée à l’université du Maine. Car ce ne sont pas les versions originales des textes, telle L’Odyssée d’Homère distribuée par vos professeurs de français pendant vos années collège, mais des réécritures qui sont aujourd’hui diffusées.

Des versions plus courtes, centrées sur l’aventure ou dont la fin a été modifiée pour plaire aux moins de 10 ans. « Avant, nous avions surtout des publications pour les élèves du secondaire. Aujourd’hui, il existe un lectorat plus jeune », détaille Alexandre Flacsu. Pour rester sur le même exemple, Les aventures d’Ulysse parues, en 2010 dans la collection Kididoc de Nathan et destiné aux 5-7 ans, réalisent encore des ventes « énormes », selon la directrice de librairie. Entre 100 et 150 volumes se sont écoulés là-bas cette année.

Les bulles de Dieu

Au milieu de ce labyrinthe, la bande dessinée est la première à se frayer un chemin. La série Les petits mythos, dont le tome 7, paru le 19 octobre 2016 chez Bamboo Edition, a été édité à 20.000 exemplaires, imagine l’enfance de ceux qui deviendront un jour les dieux de l’Olympe. « L’avantage de la mythologie, ce sont les capacités extraordinaires des personnages. Cela nous permet de jouer avec l’imagination des lecteurs », détaille l’un des auteurs, Christophe Cazenove.

Pourtant, tout n’est pas adaptable dans l’immense corpus de texte légué par les auteurs antiques. « Choisir l’enfance de ces figures nous permet d’être plus libres dans nos histoires et d’éviter les problèmes de coucherie et de couple, qui sont nombreux. » Oui Œdipe, nous pensons à toi.

Les mythes c’est le futur

Plus encore que les BD, les transpositions d’anciens héros à notre époque sont parmi les genres « qui se développent le plus », explique Sylvie Servoise, maître de conférences à l’université du Maine. L’exemple le plus connu est sans conteste la suite de romans fantastique, adaptés au cinéma : Percy Jackson. Alors qu’il menait la vie classique d’un adolescent américain, ce dernier découvre que les dieux de l’Olympe existent pour de vrai, sont toujours parmi nous, et qu’il n’est rien d’autre que le fils de Poséidon. De quoi chambouler son existence de futur adulte.

« Le propre des mythes c’est de parler des questions universelles que les hommes et les femmes se posent », conclut la chercheuse. Autrement dit, ils sont intemporels. Lira-t-on un jour l’histoire d’une famille de centaures tentant de reconstruire leur vie sur les plaines désolées de la planète Mars ? Venant de dieux, de monstres légendaires et de l’imagination des écrivains, on peut s’attendre à tout.