Salon du livre jeunesse: Pourquoi la BD a-t-elle le vent en poupe ?

KIDS Ce n’est pas un hasard si l’édition 2016 du Salon du livre jeunesse de Montreuil fait la part belle à la bande dessinée à destination des jeunes publics…

Olivier Mimran

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Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015.
Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015. — Vincent Loison/SIPA

Une scène dédiée à la bande dessinée, 120 minutes (samedi de 17 à 19h) durant lesquelles tout le salon se met « à l’heure BD », la remise de son 1er Prix Jeunesse par l’ACBD (Association des Critiques de Bande Dessinée)… Le 9e Art prend manifestement ses quartiers - et ses aises - au sein du plus grand événement français dédié à la littérature jeunesse.
 

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Pour Ezilda Tribot, responsable du Pôle Jeunesse du festival International de la BD d’Angoulême, l’avènement est tout à fait légitime car « la bande dessinée a longtemps été considérée comme un médium s’adressant aux enfants. Pour s’affranchir ce ce statut réducteur, les auteurs s’étaient massivement tournés, ces dernières décennies, vers des lecteurs de plus en plus mûrs. Du coup, aujourd’hui, la BD a enfin acquis ses lettres de noblesse ; elle a grandi et peut de nouveau, sans complexe, s’adresser aux plus jeunes. »

L’édition et l’école aux aguets

Les premiers à avoir perçu cette évolution ont évidemment été les éditeurs, qui « ont multiplié les titres de qualité et ont, ces dernières années, développé des départements éditoriaux et des collections spécifiquement adressés au plus jeune public », rappelle Ezilda Tribot. Mais la position de l’Éducation nationale et des enseignants, « de plus en plus enclins à faire entrer la bande dessinée dans les classes », a aussi été déterminante. « C’est manifeste durant le festival d’Angoulême, précise Ezilda Tribot, où nous voyons, chaque année, exploser la fréquentation de visites scolaires sur des expos spécifiques ou au Musée de la bande dessinée ».
 
Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015.
Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015. - Vincent Loison/SIPA

Mais si la lecture de BD est définitivement « entrée dans les mœurs », s’adresser à un jeune public n’a rien d’évident car « il n’y a pas UNE jeunesse, mais des jeunes de tous âges… donc de toutes sensibilités ». Il est vrai qu’on ne raconte pas de la même façon à un lecteur de 3 ans et un autre de quinze ans. Le Salon de Montreuil l’a bien compris, qui décernera désormais des « pépites » selon trois catégories : petits, moyens et grands.
 

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Une excellente initiative, selon Ezilda Tribot, pour qui « un enfant choisit rarement les bandes dessinées qu’il va lire. Un “tri” est fait par un parent, un bibliothécaire, un enseignant etc. Donc la segmentation qu’on constate chez les éditeurs - c’est assez nouveau - et à Montreuil est davantage adressée à ceux qui achètent ou prescrivent, finalement. Ça leur permet de choisir en fonction de l’âge de la cible, mais surtout de gagner du temps car consulter des catalogues de plus de 6000 titres annuels serait trop chronophage ».
 

Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015.
Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, le 3 décembre 2015. - Vincent Loison/SIPA

Grâce à ces leviers, une dynamique de légitimation de la BD jeunesse est donc enclenchée. Pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs, bien sûr, mais aussi pour celui des éditeurs, qui entendent peser encore davantage dans le secteur éditorial le plus porteur du moment, le livre jeunesse représentant 20,6 % du volume total de l’édition francophone.