Salon du livre de jeunesse de Montreuil: Les nouveaux formats se mettent à la page

KIDS Les «livres objets» sont à l’honneur de la 32e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil qui affiche la volonté de se mettre «sens dessus dessous»…

Camille Poher
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Les livres atypiques, grandes stars du Salon du livre et de la presse jeunesse 2016.
Les livres atypiques, grandes stars du Salon du livre et de la presse jeunesse 2016. — E.GARAULT

Dresser un livre pop up, défriser un Leporrelo, étirer un imagier… Les ouvrages animés fleurissent en littérature jeunesse et emportent avec eux les usages de la lecture traditionnelle. A l’heure du tout numérique, l’objet livre s’impose et bouscule le monde de l’édition pour enfant. Pas étonnant alors que le Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ), qui se tient du 30 novembre au 5 décembre, ait nommé sa 32e édition, « Sens dessus dessous ». Une façon de reconnaître le pouvoir du lecteur sur le sens du récit et de rendre ainsi hommage à ses néoouvrages interactifs.

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Une lecture métamorphosée

Le papier : c’est le point commun de ces livres animés. Un support qui n’annihile en rien la dimension interactive de la lecture. Au-delà des formats, les gestes évoluent, eux aussi. « On déploie, on touche, on démonte, on joue avec l’objet », constate Sylvie Vassallo, directrice du SLPJ. Justement, la force de ces ouvrages, c’est que pour rester à la page et survivre à la tablette, ils se sont peu à peu changés en jouets. « Les livres animés sont souvent spectaculaires, au premier sens du terme. Ils offrent un spectacle au lecteur », explique Sylvie Vassallo.

Qu’il déplie un Leporello (livre frise) ou qu’il fasse jaillir un pop-up de sa page, le lecteur est acteur de sa lecture. La vue, l’ouïe, le toucher, tous les autres sens de l’enfant sont mis à contribution. Le corps est impliqué au-delà du regard et c’est ce que semblent chercher nombre d’auteurs et d’illustrateurs en la matière.

Un retour à la matière

« J’avais vraiment à cœur de sortir le lecteur de cette posture statique qu’impose l’ordinateur. Le livre objet m’a offert cette liberté », raconte Marion Bataille, auteure de nombreux livres pop-up dont le salué « Numéro », chez Albin Michel.

Ordinateur, tablette, livre connecté… La majorité des auteurs d’ouvrages animés ont ainsi à dessein de s’écarter du modèle numérique. « Comme tout le monde quand j’étais petit, j’ai joué avec du papier, du carton… Je n’ai peut-être jamais vraiment grandi », ironise Adrien Parlange, auteur de l’imagier « Le Ruban » édité chez Albin Michel. Un rapport intime à ces matières qui ne fait pas de tous ces auteurs des réacs pour autant : « Il ne faut évidemment pas renier le numérique ! Je pense juste que tous les livres n’ont pas besoin de flirter avec cette modernité », précise Adrien Parlange.
 


« La tablette est un objet plus distant »

Cette volonté de proposer de nouveaux gabarits, s’explique aussi selon Sylvie Vassalo, « par l’envie de revenir à une forme d’artisanat dans une édition industrialisée ». Pourtant, peu de pays maîtrisent aujourd’hui les techniques de fabrication de ces livres objets. « La majorité d’entre eux sont fabriqués en Chine », précise Alix Willaert, responsable fabrication jeunesse et beaux livres chez Albin Michel. « Aujourd’hui, aucun imprimeur européen n’a le savoir-faire, pour produire des bouquins de ce genre en grande quantité. »
 

Une délocalisation qui explique, en partie seulement, le coût encore élevé de ces livres animés (20€ en moyenne). La rigidité des normes de sécurité, elle aussi, est à prendre en compte : « Ces ouvrages sont considérés comme des livres jouets, ce qui nous impose des mises aux normes très contraignantes et ce qui augmente considérablement les coûts de production », explique Alix Willaert.

Plus coûteux qu’un livre classique, le livre animé reste « un cadeau qui a beaucoup de succès auprès des parents à Noël », précise Alix Willaert. Pour son originalité sûrement, mais aussi et surtout sa capacité à surprendre les jeunes lecteurs à chaque nouvelle page.