Maurice Béjart pointe parmi les étoiles

Stéphane Leblanc - ©2007 20 minutes

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Il voulait faire de la danse « l'art du XXe siècle ». Et il y est parvenu en mettant cet art à la portée de tous à travers de grands spectacles métissés, pas toujours du meilleur goût, mais à vocation universelle. Le chorégraphe Maurice Béjart est mort dans la nuit de mercredi à jeudi à Lausanne (Suisse). Il avait 80 ans.

C'est son sens aigu de la mise en scène, plus que ses modestes talents de danseur, qui va révéler ce jeune Marseillais. Sa première création, Symphonie pour un homme seul (1955), sur la musique avant-gardiste de Pierre Henry et Pierre Schaeffer, bouleverse le monde du spectacle. « C'était une révolution plus sociologique qu'artistique », nuance le chorégraphe Jean-Claude Gallotta. Car malgré ses désirs de modernité, Béjart a toujours conservé la technique classique. Pour autant, le tutu se transforme en collant, le blue-jean fait son irruption, les danseurs affirment leur puissance et leur sensualité... « Ce sont eux qui m'apportent tout », ne cesse-t-il de répéter. Et ses interprètes le lui rendent bien, Maïa Plissetskaïa, Jorge Donn, Sylvie Guillem, ou Patrick Dupond. L'ancien danseur étoile à l'Opéra de Paris avoue « tout lui devoir. Un jour ou l'autre on perd son père et une partie de soi-même. C'est ce qui m'arrive aujourd'hui avec la disparition de Maurice Béjart, qui laissera une lumière indélébile. »

Avec les années, Maurice Béjart s'était arrondi, mais il avait gardé des sourcils en accent circonflexe et la barbe pointue. Il ne buvait pas, mais s'était converti à l'islam et disait volontiers son pessimisme sur le monde environnant, se consolant au contact de Barbara (il avait créé une pièce sur sa chanson L'Aigle noir) ou en chorégraphiant des tubes de Queen. « Il faut toujours commencer par le silence », confiait-il récemment à Brigitte Lefèvre. Et la directrice de la danse de l'Opéra de Paris de soupirer : « Il parlait de début, alors que c'était la fin... »