Comment les fans de Mon Petit Poney sont devenus les rois du cross-over

INTERNET Skyrim, Star Wars, Doctor Who, Fallout… plus aucune franchise n’échappe aux talents des fans d’équidés fluos…

Jean-Jacques Valette

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Le "cross-over" fait partie intégrante de la culture des fans de Mon Petit Poney. Ici avec Star Wars.
Le "cross-over" fait partie intégrante de la culture des fans de Mon Petit Poney. Ici avec Star Wars. — EJLightning007arts / DeviantArt

Selon la règle n°34 de l’Internet, si quelque chose existe, il y en a forcément une version pornographique quelque part. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il en existe aussi un ersatz avec des poneys. Depuis la sortie en 2010 de la série animée « Mon Petit Poney, les amies c’est magique », les équidés fluos ont colonisé les moindres recoins de la toile à force de memes, mash-up et autres cross-over.

« Les références culturelles, c’est un peu l’ADN de Mon Petit Poney », assure David P. Vêtu d’un sweat à capuche orange orné d’une crinière et d’un T-shirt officiel couvert de badges, nous l’avons rencontré dans un bar métal à l’occasion d’une rencontre parisienne de « bronies ». Une contraction de « brother » et « ponies » qui désigne les fans de la série.

« Il y a un double niveau de lecture dans la série, avec de nombreuses références que seuls les adultes peuvent comprendre. Par exemple, il y a toute une scène inspirée de Star Wars mais on peut aussi citer Las Vegas Parano, The Big Lebowski ou encore 2001 : l’Odyssée de l’espace… », énumère le jeune homme.

Un goût pour le pastiche que les bronies revendiquent à travers leurs propres créations. «On appelle ça la "ponification". A peu près tout ce qui existe sur Internet a sa version avec des poneys. Il suffit d’ajouter MLP, les initiales de My Little Pony, à votre recherche Google !», ajoute David.

Une rapide recherche nous apprend en effet que certains jeux vidéo comme Skyrim ou Pokémon sont des classiques de la ponification. Mais cette mode s'applique aussi à des sujets plus étonnants tels Donald Trump, Daft Punk ou encore Cinquante nuances de Grey

Ponifier Internet

Et le phénomène ne s’arrête pas aux Gif, memes, et autres vidéos YouTube -dont certaines comptent plusieurs dizaines de millions de vues. « Il y a tout un artisanat parallèle fait par et pour les fans », explique Jacky, gérant de la boutique le Troll2Jeux et l’un des principaux revendeurs de la licence en France.

« Les premiers produits dérivés étaient assez pauvres et peu fidèles à l’esprit de la série. Du coup, les gens ont commencé à modifier leurs propres figurines pour les rendre plus réalistes. Et puis ils se sont attaqués aux peluches… » Aujourd’hui, chaque convention de bronies a son atelier où les fans apprennent à maitriser l’art de la couture. « Et ça va très loin ! Ils sont aussi nombreux à s’être formés à des logiciels professionnels comme After Effects ou Flash juste pour créer des vidéos de leurs idoles », ajoute Jacky. 

Dépasser la lutte anti-piratage

Une infraction totale de la propriété intellectuelle que la marque Hasbro a eu du mal à gérer. « Ils ont été assez cool tant que ça restait souterrain. Mais en 2013, le jeu Fighting is Magic qui mélange Street Fighter et Mon Petit Poney a été nominé au championnat de e-sport EVO de Las Vegas », raconte Flavien T, un autre passionné de la série.

Hasbro décide alors de menacer les développeurs d’un procès… mais c’était sans compter sur Lauren Faust, la créatrice de la série, qui intervint pour proposer des personnages originaux aux développeurs de Fighting is Magic. « Imaginez, vous êtes un fan de Star Wars et là George Lucas vous appelle pour vous féliciter sur votre travail ! », s’enthousiasme Flavien.

Aujourd’hui, Hasbro –qui n’a pas répondu à nos demandes d’interview- semble s’être résigné face à cette communauté de fans turbulents. Au lieu de procès, la marque a choisi de multiplier les clins d’œil aux bronies dans les épisodes de la série…et d’étoffer sa gamme de produits dérivés afin de tirer parti de ces millions de consommateurs.

Réenchanter le monde

« A mon avis, de plus en plus de marques comprennent qu’il vaut mieux développer une communauté de fans que de s’acharner dans la lutte anti-piratage », commente Flavien. A condition que toutes acceptent de jouer le jeu de la ponification. Sur Internet, on découvre ainsi une version du jeu de rôle Donjon et Dragon, de Dance Dance Revolution, d’ iTunes et d’innombrables fan-fictions publiées à compte d’auteur comme Fallout Equestria qui mélange en 45 chapitres les univers du jeu vidéo post-apocalyptique Fallout et de Mon Petit Poney. « Pour l’instant, les développeurs de Fallout n’ont rien dit. Je crois qu’ils y voient aussi leur intérêt », commente David.

Le 12 novembre, ce sera au tour de l’univers médiéval de se faire « ponifier » lors d’une soirée organisée au Fabuleux Cabinet de Curiosité, rue Saint Sabin à Paris. « L’univers fantastique, c’est un grand classique pour nous les bronies », s’enthousiasme Flavien. « On aura des poneys en armure, des cracheurs de feu et tout plein d’artisans ». L’occasion de découvrir cette étrange communauté qui, depuis Internet, réenchante le monde réel.