Preview BD: Thorgal change de mains dans «Le feu écarlate»

BD Les éditions Le Lombard et 20 Minutes ont le plaisir de vous présenter les 11 premières pages du nouveau Thorgal…

Olivier Mimran
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Thorgal, extrait de la couverture de l'édition Prestige du tome 35
Thorgal, extrait de la couverture de l'édition Prestige du tome 35 — X. Dorison, G. Rosinski & éd. Le Lombard 2016

Près de quarante ans après sa création (en 1977, dans les pages du journal Tintin), Thorgal, le « viking venu des étoiles », n'a jamais quitté le rayon des best-sellers en bande dessinée : avec près de 14 millions d'albums vendus par le monde (en 18 langues) - dont 400 000 s'écoulent toujours chaque année ! - , la «créature» du dessinateur polonais Grzegorz Rosinski et du scénariste belge Jean Van Hamme (également auteur de XIII et Largo Winch) est donc une valeur sûre. Alors lorsque ce dernier a pris, en 2006, sa retraite, s'est donc naturellement posé la question de sa succession. Après un intérim de 5 albums assuré par Yves Sente, c'est l'expérimenté Xavier Dorison (W.E.S.T, Le 3e testament, Long John Silver etc) qui remprend le flambeau avec Le feu écarlate, 35e tome des aventures de Thorgal.

Le sachant fan inconditionnel de la série, 20 Minutes lui a demandé comment il vivait cette expérience et quelle était son analyse du succès de la série. Retrouvez ses réponses à la suite de la Preview ci-dessous. Bonne lecture !

Résumé du tome 35 : Bag Dadh est assiégée par l'armée de Magnus et les combats font rage. Mais cette guerre n'est pas celle de Thorgal. Au coeur de la ville en flammes, le viking n'a qu'un seul objectif : retrouver Aniel et le sauver de l'emprise des Magiciens Rouges qui en ont fait la réincarnation de leur Grand Maître Kahaniel. Thorgal parviendra-t-il à retrouver la confiance et l'affection de ce fils qui est devenu un chef religieux cruel et fanatique ?

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Un mix devenu référence

À la fin des années 1970, la BD franco-belge s'est subitement amourachée du genre « heroic fantasy ». Mais de tous les héros nés de cet engouement, seul Thorgal a « fait son trou ». La raison principale de son succès tient évidemment au fait que la série mixe habilement mythologie scandinave (le héros est adopté par des vikings) et science-fiction (il a été trouvé dans un berceau qui n'était autre qu'une capsule spatiale, Thorgal descendant d'un mystérieux « peuple des étoiles »).

« Ça n'est pas la seule explication, nuance Xavier Dorison : il y a aussi l'excellence graphique de la série - car Rosinski est un immense dessinateur, capable de rendre totalement crédibles des situations pourtant absolument pas réalistes - et la qualité des scénarios de Van Hamme, qui étaient non seulement truffés de retournements mais irradiaient aussi une grande humanité grâce à des personnages très touchants ».

Autant de qualités qui ont fait de Thorgal « une référence du genre heroic fantasy, comme le sont Le seigneur des anneaux en littérature ou Game of Thrones en série tv », précise Xavier Dorison. On imagine donc que reprendre un personnage avec un tel pedigree implique de sacrées responsabilités ? « C'est sûr, mais c'est aussi un grand honneur et un immense plaisir parce que je lis la série depuis mes douze ans (j'en ai 44) et j'en suis, depuis, un très grand fan. Certains albums sont, pour moi, carrément cultes ».

© auteurs & éditions Le Lombard 2016

« S'inscrire dans la continuité »

Culte, son premier album de Thorgal le deviendra-t-il ? Xavier Dorison ne se pose pas la question. Tout ce qui lui importe, c'est de s'inscrire dans la continuité d'une série qui a largement fait ses preuves : « Dans Thorgal, on est systématiquement surpris par la tournure que prennent les évènements. L'enjeu, pour moi, était donc continuer à exploiter ce gène du renouvellement tout en concluant le cycle qu'avait entamé Yves Sente, mon prédécesseur ».

Pour y parvenir, le scénariste s'est inspiré de la philosophie de l'Aïkido : « Je me suis servi de tout le travail d'Yves en repérant les éléments qu'il n'avait pas eu le temps ou le désir de traiter en les exploitant pour en faire des forces. Dans le tome 34, par exemple, Thorgal passe une nuit avec une jeune femme (Salouma) dont on n'entend plus parler par la suite. Pour moi, Thorgal n'est pas le genre d'homme à se contenter d'une aventure d'une nuit, j'ai donc décidé de confier un rôle à cette femme. Voilà le principe sur lequel je me suis appuyé. C'est une façon de travailler un peu inhabituelle pour moi, mais que j'ai trouvée très intéressante ».

© auteurs & éditions Le Lombard 2016

Thorgal, un héros très cérébral

Plus violent que les volumes précédents (il comporte de nombreuses scènes… sanglantes), Le feu écarlate est ainsi, paradoxalement, davantage axé sur les sentiments de ses personnages : la détresse de Thorgal devant l'endoctrinement subi par son fils, la colère de ce même fils à l'égard d'un père jugé trop souvent absent etc.

Sous la plume de Dorison, Thorgal revient donc à ses fondamentaux - Jean Van Hamme l'ayant modelé en héros physique, mais aussi très cérébral - tout en élargissant son horizon narratif. Portée par le trait, toujours époustouflant de réalisme, de Rosinski (qui ne dessine plus - pour notre plus grand bonheur - qu'en couleurs directes), cette « évolution « de Thorgal combine tous les atouts indispensables à la poursuite du succès de la série.

Pour autant, l'album saura-t-il conquérir de nouveaux lecteurs ? Xavier Dorison l'espère, même s'il imagine « que le gros du lectorat de Thorgal est celui, un peu vieillissant, qui adorait déjà la série à sa création. En revanche, je ne sais pas si les jeunes lecteurs la connaissent car aujourd'hui, ils vont plus naturellement vers le manga ou la BD d'humour que vers la BD franco-belge, peut-être trop « classique » ? ». Les paris sont lancés. Mais vu l'excellence née de ce passage de flambeau, nul doute que, succès ou pas, Dorison soit aux commandes de la série pour une période qu'on espère la plus longue possible.

Thorgal tome 35 «Le feu écarlate», de Xavier Dorison & Grzegorz Rosinski - éditions Le Lombard, 12 euros