John Lithgow, «The Crown»: «J’étais tellement ravi d’avoir fait rire le prince Charles!»

INTERVIEW L’Américain John Lithgow incarne le plus célèbre des hommes politiques britanniques, Winston Churchill, dans «The Crown», série blockbuster de Netflix disponible ce vendredi 4 novembre…

Annabelle Laurent
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John Lithgow transformé en Winston Churchill pour The Crown, sur Netflix le 4 novembre 2016
John Lithgow transformé en Winston Churchill pour The Crown, sur Netflix le 4 novembre 2016 — Robert Viglasky/Netflix

The Crown peut-elle égaler Downton Abbey dans le cœur des Anglais ? Ce vendredi s’ouvrent sur Netflix les grilles dorées de Buckingham Palace, pour une série qui devrait s’installer pour un bout de temps sur nos écrans.

Plus chère production jamais réalisée par Netflix (plus de 10 millions de dollars par épisode), The Crown promet de raconter les 60 ans de règne d’Elizabeth II. Deux saisons sont signées, six sont envisagées. La saison 1 s’ouvre en 1947, aux fiancailles de la reine avec le Prince Philip. Elizabeth (Claire Foy) doit composer avec le caractère bien trempé de son Premier ministre Winston Churchill (1874-1965), alors que le pays traverse l’austérité de l’après Seconde guerre mondiale…

Nous avions rencontré au printemps dernier, à la Cité du Cinéma, John Lithgow (vu, entre autres, en serial killer - « Trinity Killer » - dans Dexter, ou dans l’histoire d’amour d’un couple gay, Love is Strange, en 2014).

A 71 ans, l’Américain n’aurait jamais pensé à lui-même pour incarner ce géant de l’histoire britannique.

Vous êtes Américain. Vous êtes bien plus grand que Churchill. Qu’avez-vous pensé quand vous a été offert le rôle ?

J’ai immédiatement accepté, même si cela me faisait très peur. Les rôles qui vous font le plus peur sont souvent ceux que vous devez accepter. C’est du moins mon expérience. Je ne me serais en tout cas jamais offert le rôle ! Je suis Américain : Stephen Daldry (le réalisateur, auquel on doit Billy Elliot) m’a rétorqué que la mère de Churchill était américaine. Je mesure plus de 20 cm de plus que lui [Churchill mesurait 1,67m]… J’ai essayé de comprendre le choix de Stephen et je crois qu’il s’est dit que Churchill lui-même était tellement unique, tellement différent de ses compatriotes - il avait même sa propre façon de parler - qu’après tout, pourquoi ne pas choisir un Américain ! Ceci étant dit, j’ai étudié deux ans en Angleterre et j'ai passé ma carrière à jouer Shakespeare, notamment avec la National Shakespeare Company.

Son talent de négociateur, son charisme oratoire... - entre autres !- font de Churchill une personnalité adulée. Par vous ?

J’ai énormément lu [et Churchill a énormément écrit… Il reçoit, en 1953, le prix Nobel de littérature] avant le tournage. Tout ce qui touche à Churchill me fascine. Son enfance [de « cancre » surdoué], tous les revers qu’il a dû en permanence essuyer au cours de sa vie, son entêtement… Ce moment où était le seul à dire qu’il fallait cesser de céder face à Hitler et percevoir le danger… Il était complètement isolé, il avait le mauvais rôle, celui de Cassandre. Cela demandait énormément de courage. Et de la folie : il était fou, par bien des aspects ! Toutes ses contradictions sont fascinantes : son tempérament très difficile versus son côté sentimental, presque larmoyant, sa merveilleuse intelligence versus sa relation si puérile et immature à sa femme, presque celle d’un bébé à sa mère, le fait qu’il buvait énormément… On disait de lui qu’il n’était pas alcoolique... car même un alcoolique ne pouvait boire autant que lui ! Sans compter sa façon de parler, son corps brisé… J’avais énormément de travail pour me transformer en lui. Mais je savais d’emblée que je ne pourrai pas l’imiter parfaitement.

En lançant la production la plus chère de son histoire, Netflix fait un pari conséquent, et mise sur la passion du public pour la famille royale britannique. Est-ce une fascination que vous partagez ?

Absolument. Le mystère qui entoure la vie privée de ces personnes publiques est captivant. De toutes les organisations sociales dont la vie privée est préservée, la famille royale britannique est sans doute la plus fascinante. Ce sont des êtres humains, traversés d'émotions, de doutes, de crises… mais qui se sont fixés comme règle de ne rien laisser transparaître pour incarner la monarchie.

J’ai rencontré le prince Charles à deux reprises, et j’étais surexcité ! Il a beau être une personne comme les autres, quand vous le rencontrez… vous êtes fasciné. Il est venu me voir jouer, c’est un grand fan de théâtre. Je me souviens surtout du jour où je jouais une comédie au National Theater [The Magistrate, en 2013], il est venu voir la pièce avec Camilla. Il riait plus fort que tout le monde ! Un rire tonitruant. Et j’étais tellement ravi d’avoir fait rire le prince Charles.

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The Crown, sur Netflix le 4 novembre. Dix épisodes. Une série de Peter Morgan (The Queen). Réalisateur : Stephen Daldry (Billy Elliott).