Preview BD: 19 auteurs revisitent «Les tuniques bleues»

BD À l'occasion de la sortie du 60e album des «Tuniques bleues», les éditions Dupuis ont confié les destinées du Sergent Chesterfield et du Caporal Blutch à de grands noms de la BD franco-belge…    

Olivier Mimran

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«Les Tuniques bleues»
«Les Tuniques bleues» — © Cauvin, Lambil & éd. Dupuis 2016

Avec 23 millions d’albums vendus, la série «Les tuniques bleues » est, depuis sa création en 1968, l’un des plus gros cartons de l’édition (tous genres confondus). Un succès et une valeur sûre, puisque chaque nouveau tome s’écoule à plus de 110.000 exemplaires - c’est remarquable en matière de bande dessinée. Son éditeur a donc décidé de rendre hommage à l’une de ses séries vedettes en en confiant - temporairement - les rênes à quelques pointures de la BD contemporaine. Une initiative appréciée par le scénariste belge Raoul Cauvin, véritable « papa » du duo Chesterfield/Blutch, qui a livré à 20 Minutes tout le bien qu’il en pensait. Retrouvez ses impressions à la suite de la Preview ci-dessous.

Précision : les 13 récits présentés sont trop brefs pour en présenter plus d’une page sans trop en révéler. Les éditions Dupuis et 20 Minutes vous proposent donc de découvrir la première planche de chacun d’entre eux. Bonne lecture !

Une brochette de stars du 9e Art

En fans inconditionnels des Tuniques bleues, des auteurs aussi fameux que Jose Luis Munuera (Spirou et Fantasio, Les Campbell), Zidrou, Éric Maltaite (Choc), Renaud Collin (Les Minions), Blutch, Olivier Schwartz, Olivier Dutto (Les p’tits diables), Denis Bodart, Joris Chamblain (Les carnets de Cerise) et bien d’autres ne se sont pas fait prier pour en donner leur vision personnelle.

Une vision empreinte de respect, mais aussi débordante d’audace. S’il est impossible de dévoiler le détail de chacun des récits qui composent ce recueil-hommage sans en gréver l’interêt, on peut préciser que tous répondent au cahier des charges en mêlant humour, aventure… et une certaine dose de cette tendresse qui sourd discrètement des pages de la série officielle.

« C’est troublant de s’apercevoir que d’autres peuvent réinterpréter, et avec quel talent, nos Tuniques bleues, s’émeut d’ailleurs Raoul Cauvin. Ça nous a beaucoup touchés, Lambil [le dessinateur de la série mère, NDLR] et moi. D’autant que d’habitude, les jeunes - je les appelle ainsi parce que j’ai 78 ans, tout de même - ont plutôt tendance à démolir leurs aînés… ».
 

© éditions Dupuis 2016

« Une série transgénérationnelle »

Cela n’est évidemment pas le cas de Zidrou, qui signe le scénario d’un récit dessiné par Maltaite et qui déclare volontiers toute l’admiration qu’il porte à ses aînés : « Aligner soixante tomes dont au moins la moitié sont très bons, ça n’est pas donné à tout le monde ! « Les Tuniques bleues » est une série unique en son genre, tant par sa longévité et sa qualité que par le fait qu’elle soit transgénérationnelle ». Cauvin confirme d’ailleurs modestement qu’il rencontre parfois, lors de festivals, « des fans venus en famille : les enfants, leurs parents et grands-parents ».
 

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Chesterfield vs Blutch, un ping-pong permanent

Justement, comment une série qui s’inscrit dans le cadre d’un conflit armé (la guerre de sécession, 1861-1865) et, ce faisant, présente régulièrement des morts et des blessés, peut-elle être à ce point populaire ? Selon Renaud Collin, c’est le ressort comique né de l’affrontement permanent entre le sergent Chesterfield et son tire-au-flanc de caporal Blutch qui estompe l’arrière-plan : « Ce ping-pong permanent entre les deux (anti) héros est à la fois drôle et très vivant. Et ça fonctionne toujours, près de 50 ans après ! ». Pourtant, nuance le strasbourgeois Blutch (oui, c’est bien le pseudonyme qui a été prêté par un copain d’enfance au Grand prix d’Angoulême 2009, et qu’il a conservé), la série génère quand même une tension, un stress permanent du fait de la « trajectoire fragile » de ses protagonistes.

© éditions Dupuis 2016

La relève est assurée…

Fragiles, les auteurs de la série mère le sont aussi du fait de leur âge. L’intiative prise par Dupuis pose ainsi, en biais, la question d’une éventuelle succession lorsque ni Cauvin, ni Lambil ne seront plus là. « C’est bien simple, nous confie Cauvin, je ne souhaite pas que la série s’achève à ma disparition… dont j’espère qu’elle surviendra le plus tard possible (rires). C’est vrai, quoi : pourquoi interrompre un titre qui marche alors que des auteurs talentueux sont près et capables de le reprendre ? Parce que grâce à cette opération, j’ai découvert d’excellents auteurs et dessinateurs - dont certains que je ne connaissais pas, d’ailleurs. Et devant leur talent, j’ai immédiatement pensé : “la rélève est là” ! ».

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On n’en est toutefois pas là, car si le tome 60 des Tuniques bleues vient de sortir, les deux suivants sont déjà écrits. « Et Willy (Lambil) vient de commencer à dessiner le premier des deux, sourit Raoul Cauvin. J’aime bien prendre de l’avance, ça me laisse du temps pour faire autre chose… comme relire cet excellent album hommage et imaginer ce que deviendront peut-être nos personnages lorsqu’on ne présidera plus à leurs aventures. »

  • « Des histoires courtes des Tuniques bleues par… » - Collectif - éditions Dupuis, 19 euros
  • Les Tuniques bleues tome 60 « Carte blanche pour un bleu », de Raoul Cauvin et Willy Lambil - éditions Dupuis, 10,60 euros