Les marionnettistes ne sont pas des guignols

Benjamin Chapon - ©2007 20 minutes

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« Notre art est en pleine mutation... Et s'adresse de moins en moins aux enfants », explique la marionnettiste Camille Trouvé. Cette jeune artiste autodidacte et qui construit elle-même ses marionnettes présente Une Antigone de papier au festival MAR.T.O., avec sa compagnie, Les Anges au plafond. Son spectacle, une réflexion sur les frontières, rompt avec les règles du genre, scindant le public en deux pour qu'il éprouve mieux la thématique. Le travail très audacieux de Camille Trouvé est aujourd'hui emblématique d'une effervescence créatrice qui secoue le milieu de la marionnette.

Et ça marche. D'après une enquête menée auprès des 700 compagnies, un spectacle de marionnettes contemporain tourne en moyenne cinq fois plus qu'un spectacle de théâtre. « Les scènes conventionnées n'ont plus peur de mettre le mot "marionnettes" dans leurs programmes », s'enthousiasme Jean Kaplan, directeur du festival Marionnettissimo. Reconnaissance ultime : la marionnettiste Emilie Valentin a reçu une commande pour monter un spectacle à la Comédie- Française en avril 2008, une première. Fortes de cet engouement, les compagnies veulent lancer les « Saisons de la marionnette » en 2008 autour d'une série de manifestations nationales et à l'occasion du bicentenaire de la naissance de guignol. « La référence est un peu pesante, confie Jean Kaplan. Tout notre travail depuis vingt ans a été de nous débarrasser de l'étiquette d'art populaire et pour enfants. Mais après tout, c'est aussi de là que nous venons. »