«Un Village français»: Les chefs d'œuvre sur la guerre qui ont inspiré (ou pas) la série

SÉRIE TÉLÉ Frédéric Krivine, le créateur de la série dont la saison 7 débute mardi soir sur France 3, loue « L’Armée des ombres » mais déteste « Black Book »…

Fabien Randanne
— 
A gauche, Audrey Fleurot dans «Un Village français» et les affiches de «Lacombe Lucien», «L'Armée des ombres», «Le Corbeau» et «Black Book».
A gauche, Audrey Fleurot dans «Un Village français» et les affiches de «Lacombe Lucien», «L'Armée des ombres», «Le Corbeau» et «Black Book». — Angela ROSSI - Sophie Dulac Distribution - Pathé Distribution

A Villeneuve, c’est désormais l’heure de l’Epuration et de la reconstruction…  revient pour une septième et ultime saison, ce mardi, à 20h55, sur  . Dans les premiers épisodes, le maire Daniel Larcher et le sous-préfet Servier sont jugés, accusés d’avoir collaboré. Hortense Larcher, elle, semble prête à sombrer dans la folie alors que Raymond et Jeannine Schwartz renouent les liens défaits durant la guerre… Les personnages se penchent sur leurs souvenirs, bons ou mauvais. « Le temps est à la nostalgie », explique Frédéric Krivine, le créateur et directeur d’écriture de la série. Pour l’occasion, 20 Minutes lui a soumis plusieurs œuvres liées à la guerre et à la Résistance et lui a demandé si elles avaient ou non influencé les scénarios d’…

  • « Le Corbeau » d’Henri-Georges Clouzot (1943)

Dans la petite ville de Saint-Robin, des lettres anonymes sèment l’émoi. Le docteur Germain est ainsi accusé de pratiquer des avortements. Un jour, l’une de ses patientes se suicide… Ce film a été interdit à la Libération car il a été accusé de dénigrer le peuple Français. Pour certains, Le Corbeau reflète le pessimisme de la société hexagonale sous l’Occupation et est une évocation de la délation.

Frédéric Krivine : « Je n’ai pas pensé spécifiquement à ce film en créant Un Village français, mais j’aime beaucoup Le Corbeau qui dépeint quelque chose de très intéressant de cette période. Il a été réalisé sous l’Occupation, mais n’en parle pas directement. J’aime l’ambivalence qu’on y voit, Clouzot a une manière bien à lui de montrer l’âme humaine dans ses films. Mais si je devais citer un film ce serait Les Honneurs de la guerre de Jean Dewever [1962], qui raconte une semaine dans la vie d’une ville basculant entre l’Occupation et la Libération. Alors que les habitants fêtent la victoire, une section SS se radine et les comportements changent. C’est un film méconnu et très fort. »

  • « L’Armée des ombres » de Jean-Pierre Melville (1969)

Une plongée dans le quotidien de la résistance, adaptée d’un roman de Joseph Kessel, auteur et journaliste qui fut lui-même résistant.

F. K. : « Quand on veut parler de la résistance et que l’on a la volonté d’être à hauteur d’homme, on ne peut pas échapper à L’Armée des ombres. C’est un chef-d’œuvre. C’est assurément le film qui m’a le plus marqué sur le sujet. Il dit énormément de choses sur cette époque et c’est un grand Melville, dont les héros entretiennent une sorte de cousinage avec les policiers et truands de ses autres films. »

  • « Lacombe Lucien » de Louis Malle (1974)

Juin 1944, un adolescent, Lucien Lacombe, est refoulé du maquis alors qu’il avait la volonté de s’engager. Arrêté par la police, il dénonce son instituteur résistant et rejoint la Gestapo française… Le film interroge l’engagement selon le hasard des circonstances.

F. K. : « C’est un autre film à hauteur d’homme, très réussi, qui esquisse le portrait humain d’un collabo. A sa sortie, il a été terriblement décrié pour ça. Louis Malle a été le premier à avoir façonné un personnage d’un collaborateur dont on comprend parfaitement l’itinéraire. »

  • « Black Book » de Paul Verhoeven (2006)

Dans La Haye (Pays Bas) occupée, Rachel Stein, une chanteuse juive échappe à un massacre. Elle s’engage ensuite dans la résistance et infiltre le Service de renseignement nazi. Au cours de sa mission, elle tombe sous le charme d’un officier allemand.

F. K. : « Ça, je n’aime pas. J’apprécie beaucoup de films de Verhoeven mais là, il bascule presque dans le « tout se vaut ». Ma croyance, c’est que chaque être humain est un kaléidoscope. Mais dans les mouvements politiques importants tout ne se vaut pas. Dans Un Village français, c’est une chose de dire que Jean Marchetti [un policier collabo] ou Heinrich Müller [un commandant SS] sont des êtres humains mais ça en est une autre de dire que les engagements politiques se valent. Black Book met les personnages dos à dos. Je ne m’y reconnais pas. »

  • « Game of Thrones », série télé lancée en 2011

La saga fantasy traumatise ses fans et les prend de court en faisant mourir des personnages emblématiques. Les fidèles d’Un Village français, eux, ne se sont pas encore remis des morts brutales de plusieurs résistants lors des précédentes saisons…

F. K. : « 80 % des résistants de la première heure ont été tués, il était donc pertinent d’un point de vue historique de les faire disparaître. Evidemment, on sait qu’en faisant mourir les personnages les plus proches du public, qui suscitent le plus d’empathie, ça va faire réagir les téléspectateurs. Mais, franchement, à aucun moment on n’a pensé à la mécanique de . C’est une série pop-corn, très bien dirigée, mais elle n’a pas de problème de références historiques pour tuer leurs personnages. Nous, quand dans Un Village français on tue un résistant communiste en le faisant tomber sous les balles d’un soldat, on raconte quelque chose sur le plan politique. »