Le monde de l’art contemporain a enfin compris comment marchait Instagram

RESEAUX Pour la Fiac, galeristes, collectionneurs et amateurs d’art rivalisent désormais de mot-dièses…

Benjamin Chapon

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Visiteurs à la FIAC 2016 Lancer le diaporama
Visiteurs à la FIAC 2016 — Francois Mori/AP/SIPA

La Fiac, ce sont des milliers d’œuvres présentées, des millions d’euros échangés, des dizaines d’événement artistiques ou mondains, mais aussi des centaines de milliers de tweets, vine et photos Instagram.

Alexia Guggémos dirigel’Observatoire du web social dans l’art contemporain depuis 2011. Cette année, elle utilise TalkWalker, un outil numérique pour repérer et suivre au plus près les tendances et les réputations sur les réseaux sociaux. Au lendemain de l’ouverture officielle de la Fiac, elle estime que « les acteurs du marché ont atteint une maturité dans l’usage des réseaux sociaux. Les choses ont évolué dans le bon sens depuis l’an dernier. »

Le selfie recule

« Attend, je vais faire un selfie avec mon reflet dans le miroir d’Anish Kapoor » : voilà, en gros, à quoi servait essentiellement Instagram l’an dernier. « Il y a encore deux ou trois ans, seuls les Instagramers s’emparaient de l’événement Fiac, raconte Alexia Guggémos. Aujourd’hui, le monde de l’art a mûri. Les galeries et autres professionnels ont investi le champ. »

Comment Instagram a bouleversé la face de la mode...

Bien sûr, les tweets et instagrams les plus populaires restent l’œuvre des « tendanceurs » et des pipoles. Alexia Guggémos a ainsi identifié les messages de Kris Van Assche, directeur artistique de Dior Homme, et de la chanteuse Léa Castel. Mais les gros acteurs du marché sont désormais aussi très présents, comme les galeries Gagosian et White Cube.

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A photo posted by Léa Castel 🇫🇷 (@leacastel_) on

Les galeries sont sur la bonne voix

Au classement des galeries les plus suivies sur Instagram, la France n’a pas à rougir. On retrouve ainsi deux galeries françaises dans le top 10 : Emmanuel Perrotin et Thaddaeus Ropac. « Emmanuel Perrotin a un compte à son nom et un autre au nom de la galerie. C’est une erreur de débutant parce que ça dilue l’audience. Ils sont coincés maintenant. » Si les deux comptes étaient fusionnés, la galerie serait dans le top 5 avec plus de 200.000 abonnés.

Alexia Guggémos note ainsi qu’il y a encore du chemin à parcourir pour certaines galeries. « On remarque que certaines petites galeries font un excellent travail sur les réseaux sociaux et parviennent à mettre en valeur leurs artistes, comme la galerie Patrick Seguin autour de Jean Prouvé qui obtient autant d’engagement que la galerie Perrotin pour une communauté bien moindre. » Alexia Guggémos cite également en exemple la galerie Thaddaeus Ropac qui sur Instagram une vidéo de l’arrivée en camion et de l’installation d’une œuvre de Marcel Duchamp : « C’est la vidéo la plus virale de la Fiac. »

Des artistes et des mots-dièse

La conséquence de cette professionnalisation des pratiques numérique durant la Fiac est une plus riche représentation des œuvres et des artistes sur Instagram. « Il y a des œuvres très médiagéniques que les instagramers adorent parce qu’elles sont spectaculaires et faciles à photographier, explique Alexia Guggémos. Cette année, il s’agit d’une sculpture ultra-réaliste de Duane Hanson et de l’œuvre de Vincent Mauger dans le jardin des Tuileries. »

Mais grâce à l’investissement de certains professionnels, on pourra aussi découvrir le travail d’Henri Chopin. « C’est une belle surprise de voir émerger ce poète sonore français sur les réseaux sociaux. Son œuvre n’est pas visuelle mais réellement au cœur des conversations à la Fiac cette année. Qu’il soit également mentionné avec le mot-dièse #Fiac montre bien qu’on a dépassé le stade de l’Instagram anecdotique. »