Ramona Badescu troque son éléphant Pomelo contre les animaux d'une Grande Forêt

KIDS L’auteur jeunesse signe, avec l’illustratrice Amelie Jackowski, Derrière la brume, une belle rencontre émancipatrice entre une fourmi et un ours…

Caroline Delabroy

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Ramona Badescu à Marseille, où l'auteur vit.
Ramona Badescu à Marseille, où l'auteur vit. — C. Delabroy / 20 Minutes

« Cette série, au fond, pour moi c’est ça : allez, ça va aller ! » L’auteur de livres pour la jeunesseRamona Badescu ne parle pas ici des aventures de Pomelo, son célèbre petit éléphant rose, mais de nouveaux protagonistes habitant une Grande Forêt. « J’avais envie de parler d’une communauté, de faire l’histoire d’un lieu et, dans chaque récit, prendre un personnage dans un moment de bascule », explique-t-elle.

Ainsi, Derrière la brume, qui vient de paraître chez Albin Michel Jeunesse avec des illustrations d’ Amélie Jackowski, met en scène la Fourmi. Réveillée sur le tard, épouvantée de se retrouver pour la première fois totalement seule, elle sort de la fourmilière sans s’en rendre compte. Dans l’épaisse brume, elle ne voit pas l’énorme masse brune de l’Ours qui vient la percuter…

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Pour la fourmi, jamais sortie du rang, c’est tout un ordre établi qui est remis en question. Un monde où « le retard est contraire aux règles, l’absence formellement interdite ». Un monde que l’auteur, née en Roumanie, décrit comme un système très totalitaire.

Avec ses cours d’ukulélé, sa tanière mal rangée et le temps qui file selon son bon plaisir, sans culpabilité aucune, l’Ours vit, dans la même forêt, une expérience aux antipodes. « C’est un peu comme dans une classe : on est tous dans un même lieu, en même temps, et pourtant chacun ressent des émotions très différentes », sourit Ramona Badescu.

Un extrait de Derrière la brume.
Un extrait de Derrière la brume. - Albin Michel Jeunesse

Si l’amitié émancipatrice constitue l’un des ressorts de ce livre d’une réjouissante poésie, le récit ouvre plein de questions. Celles du temps (qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qu’on en fait, comment l’habiter ?), de la liberté (comment cultiver un espace de liberté au milieu des règles ?), de la contrainte (quitter l’enfance, n’est-ce pas aussi ne plus choisir uniquement selon son plaisir ?) et du groupe comme un lieu d’ouverture. « Chez la Fourmi, la contrainte du corps devient la plus forte, avance l’auteur. Elle trouve dans son malheur le moyen d’avancer et de s’ouvrir à d’autres possibilités ».

Deux récits déjà parus

Avant Derrière la brume, Ramona Badescu a déjà imaginé deux récits prenant place dans cette Grande Forêt, Le Bal de l’automne et Tristesse et Chèvrefeuille, publiés dans un autre format, et avec l’illustratrice Aurore Callias. Le premier raconte l’histoire du Hérisson qui doit remettre une invitation à un animal étrange et inconnu. Dans le second, la Taupe apprend la mort de son père qu’elle n’a pas vu depuis qu’elle était toute petite.

Trois récits se déroulent déjà dans la Grande Forêt imaginée par Ramona Badescu.
Trois récits se déroulent déjà dans la Grande Forêt imaginée par Ramona Badescu. - C. Delabroy / 20 Minutes

En changeant de collection, ces histoires espèrent trouver un public plus large. C’est tout le bien qu’on leur souhaite tant on retrouve à leur lecture la sonorité de l’écriture de Ramona Badescu, qui fait merveille déjà chez les lecteurs de Pomelo. Et un message revigorant, même si l’auteur, qui vit à Marseille, réfute ce terme, préférant parler « d’expériences à partager ». « La vie, c’est plein de problèmes à résoudre, je ne vais pas faire semblant que ce n’est pas vrai, dit-elle. Mais une des choses rassurantes, c’est qu’on ne fait jamais face à un problème tout seul, on peut compter sur les autres. Au fond, cela vaut le coup de prendre le risque de les affronter »