Et si la galère du métro bondé et des bouchons, c’était bientôt fini?

FUTUR Vendredi s’est ouvert à Paris la 1ère édition du festival Autonomy dédié à la mobilité urbaine intelligente et durable…

Annabelle Laurent

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Joie du métro sans cesse renouvelée (Seinfeld) — Seinfeld
Joie du métro sans cesse renouvelée (Seinfeld) — Seinfeld — Seinfeld

Aaah, les joies du métro. Les rames bondées, les roulades sur le voisin de droite au moindre coup de frein. Sans parler des embouteillages qui ont le mérite de renouveler chaque jour votre répertoire d'insultes. Et si c'était bientôt le bout du tunnel? Quantité de start-ups, acteurs de l’économie collaborative et collectivités réunies ce week-end au premier festival de la mobilité urbaine Autonomy*planchent en tout cas sur des solutions.

Sécurité des voitures autonomes, qualité de l'environnement, solidarité des territoires…  Les enjeux sont évidemment multiples, mais voici, passagers collés-serrés de tous les pays, trois raisons de croire que la ville intelligente réduira la fameuse galère des transports. 

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1. Le big data pour optimiser vos trajets
Pour échapper à ce métro infernal, vous ne seriez pas contre un trajet matinal en Vélib, ou au moins une partie, mais c’est trop risqué: si la station est vide au départ et l’autre pleine à l’arrivée, vous serez en retard à tous les coups. Avec son appli BikePredict présente dans 200 villes en Europe dont Paris, la start-up française Qucit donne à l’avance les probabilités de trouver un vélo ou un point d’attache, grâce à un algorithme moulinant des milliers de données, notamment celles de JC Decaux, soit le propre du « big data».

Or «encourager un itinéraire intermodal (métro/vélo, par exemple) avec un tronçon de Vélib qui peut être garanti sans attente, c’est délester les transports en commun aux heures de pointe», note le fondateur Raphaël Cherrier. Avec l’open data et les objets connectés comme sources majeures, la quantité de données produites par les villes sera multipliée par 50 ou 100 dans les 10 prochaines années. Et avec elles – sans négliger les enjeux de vie privée qui accompagnent la récolte massive de données - les possibilités d’optimiser les stationnements ( Parkisseo, Zenpark…), les trajets, et celles de fluidifier les trafics en bardant les routes de capteurs (ou avec un algorithme magique).

2. Le covoiturage pour éviter le métro et «supprimer les bouchons»
La dernière fois que vous avez fait du covoiturage, c’était pour ce mariage en Normandie fin août. Le covoiturage est devenu banal, son géant français BlablaCar a dix ans (déjà), mais vous n’envisageriez pas pour autant de planifier un covoiturage chaque matin pour vous rendre au bureau. Ni la location d'une voiture entre particuliers ( Drivy, etc...). A l’instar de toutes ces personnes seules que l’on voit au volant, avec trois ou quatre sièges libres… Plusieurs start-ups se sont spécialisées dans les trajets réguliers et quotidiens, parmi lesquelles WayzUp.

Son modèle, depuis trois ans, est de cibler les principales zones d’activités françaises, l’idée étant qu’il faut beaucoup de personnes effectuant le même trajet pour que le système marche: les passagers sont moins flexibles sur leurs horaires que pour un mariage en Normandie. «Nos études montrent que 30% des salariés français se disent prêts à covoiturer, note Julien Honnart. Il leur manque des solutions. On sait par ailleurs qu’il suffirait d’enlever 1 voiture sur 10 pour enlever les embouteillages: si ce coivoiturage quotidien s’étendait à l’échelle nationale, ce serait donc la fin des bouchons…».

3. La démobilité 
Troisième raison de croire à la fin de la galère quotidienne des transports: on se déplacera moins. C’est la thèse du sociologue Bruno Marzloff, qui travaille sur les questions de mobilité urbaine depuis vingt ans, au sein du groupe Chronos. «Tous les jours, 500.000 actifs franciliens ont en moyenne plus de 2 heures par jour de transport. C’est une mobilité subie, et non pas choisie. Le numérique va mener à ce que j’appelle la démobilité. Avec le télétravail, les achats à distance… La mobilité dans le futur sera moins subie».

L'utopiste viennois Ivan Illich (qui a inspiré l'  «Illichville») avait montré que «les véhicules créent plus de distances qu’ils n’en suppriment». Mais la perspective est plus réaliste aujourd’hui. Sur le sujet du télétravail, la France reste encore loin des pays anglo-saxons et scandinaves. Une étude conduite en début d’année par l'Observatoire du télétravail a montré qu’en dépit du souhait des salariés, les entreprises françaises restent très frileuses. Mais Bruno Marzloff en est convaincu, «nous allons vers une mobilité paradoxale qui est… de ne pas se déplacer.»

*Festival Autonomy, du 7 au 9 octobre. Grande Halle de la Villette.