Nuit Blanche: Laurent Tixador longe la Seine «à bord» de sa maison mobile

ART L’artiste est un habitué des périples improbables mais s’aventure pour la première fois en milieu urbain…

Benjamin Chapon

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Laurent Tixador réalise sa maison mobile.
Laurent Tixador réalise sa maison mobile. — DR

Laurent Tixador a construit une drôle de maison mobile qui avance, à la vitesse de l’escargot, le long des quais parisiens, rive gauche, avant, pendant et après Nuit Blanche. Parti jeudi 29 septembre du quai d’Austerlitz  à côté du pont de Bercy, il devrait finir son périple le 5 octobre.

 

« On espère arriver vers le pont du Garigliano mais c’est difficile d’anticiper. Je m’inquiète un peu de la vélocité du bâtiment… Il est léger mais encombrant. Il faudra être malin et réfléchir en amont pour ne pas avoir à faire de demi-tours. En tout cas, c’est complètement expérimental. Je ne sais pas du tout ce que ça va donner. »

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Intitulée Croisière sur berges, la performance de Laurent Tixador s’inscrit parfaitement dans la philosophie d’errance urbaine propre à Nuit Blanche. Laurent Tixador est un habitué des grandes traversées. Au cours de précédentes expériences, il a été amené à traverser des territoires plus ou moins sauvages, seul et sans assistance. « Je suis venu à l’architecture par la marche. J’ai appris petit à petit à me construire des abris avec ce que j’avais sous la main. Pas grand-chose… Et surtout sans abîmer l’environnement, même d’un point de vue esthétique. » Pour Nuit Blanche, il n’était pas question de réaliser la même chose. Laurent Tixador a donc eu l’idée d’une maison mobile mais sans roue. Sinon, c’est trop facile…

Ceci n’est pas une yourte

« L’abri est constitué de sept travées assemblables. Pour avancer, on soulève la travée située à l’arrière de l’abri, on la passe par-dessus les autres et on l’installe à l’avant. Et ainsi de suite, toute la journée. L’abri est conçu pour passer sous les ponts, monter les trottoirs. A la nuit tombée, on s’installe et on dort. A priori, on sera bien fatigués, chaque travée pèse 70 kilos. Ce n’est pas une yourte, elle ne sera jamais entièrement démontée, elle restera toujours habitable. Je voulais que ce soit de l’immobilier mais mobile. »

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C’est après avoir imaginé ce bâtiment que l’artiste a eu envie de le comprendre, et donc de l’habiter. Il a recruté cinq autres artistes et amis pour cette performance. « Mais on espère bien accueillir d’autres personnes au fur et à mesure de notre avancée. »

L’artiste, qui a connu des situations parfois extrêmes lors de ses performances, ne craint pas particulièrement les mauvaises rencontres nocturnes. « Ce n’est pas le Bronx non plus. Mais c’est vrai que d’habitude je travaille plutôt caché. Là, des gens vont venir nous voir, on sera en contact avec différentes populations. »

Pour la Fiac de 2009, il avait déjà mené une expérience en milieu urbain. « J’étais installé dans le jardin des Tuileries, dans une tour en bois. Mais j’étais caché du public. La tour bougeait quand moi, à l’intérieur, je bougeais. Elle était conçue comme ça, instable. Les gens attendaient de la voir vaciller. Mais ils ne me voyaient pas moi. »