VIDEO. Nuit Blanche: Abraham Poincheval campe à vingt mètres de haut devant la gare de Lyon

PERFORMANCE L'artiste Abraham Poincheval guette l'arrivée de la Nuit Blanche jusqu'à samedi soir, à la façon des stylites antiques...

Benjamin Chapon. Vidéo : Maxime Deloffre

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Abraham Poincheval a rejoint sa plateforme lundi 26 septembre
Abraham Poincheval a rejoint sa plateforme lundi 26 septembre — M.Deloffre/20Minutes

Abraham Poincheval est cet artiste qui a déjà vécu en autonomie sur une île déserte, passé sept jours dans un trou à Tours (un vrai trou, pas la ville, qui n’est pas un trou), puis treize autres dans un ours empaillé. Ces derniers jours, il remontait le Rhône  dans une bouteille géante. Pour Nuit Blanche, il réactive une performance déjà menée deux fois, « mais moins haut » à l’époque, et restera perché à 20 mètres du sol sur une plateforme de 1,60 mètre sur 90 centimètres, en totale autarcie jusqu’à samedi soir.

« Je suis fasciné depuis longtemps par les stylites, ces ermites qui vivaient en haut de colonnes, explique l’artiste. Il y a eu une vogue du stylite à une époque, la fin de l’Antiquité, où il a semblé nécessaire de réinterroger la société sur ses modes de vie, ses choix. Nous vivons peut-être un de ces moments où les choses se referment dans la société, où les possibles se réduisent. » Comme les stylites, dont Syméon,le plus célèbre et fascinant d’entre eux, Abraham Poincheval n’a pas choisi son lieu de résidence par hasard. Sa « colonne » est située sur le parvis de la gare de Lyon.

« Les stylites sont de faux ermites qui étaient placés dans des lieux stratégiques de passage, à la croisée de chemins, ou dans des endroits critiques, de conflits. Ainsi, ils étaient au centre des lieux d’échange. C’est aussi ça qui m’intrigue dans leur démarche : un retrait du monde dans le monde. Ils étaient un peu précurseurs de la communication high-tech d’aujourd’hui. Les stylites, c’était l’hyper-communication. »

Où sont les toilettes ?

Une fois évacué le contexte historico-symbolique de la démarche d’Abraham Poincheval, viennent mille questions d’ordre technique. « Ma plateforme sera au niveau de l’horloge. Ce sera une sorte de tapis volant. J’emmène tout le nécessaire de survie, pour me nourrir, lutter contre les intempéries. Mais je ne voulais pas d’abri. » Oui, mais, pour, hum, les besoins naturels ? « Alors ça, ça interroge toujours les gens. Disons que je m’organise. Me coltiner les aspects concrets de l’expérience, ça me permet d’aller au-delà du concept. Mais je ne sais pas à l’avance ce que je vais vivre, c’est pour ça que je le fais d’ailleurs. »

Les parisiens peuvent aller saluer l’artiste jusqu’à samedi, même si, à 20 mètres de haut, il y a peu de chance que le dialogue s’installe. « Symboliquement, je veille pour voir la Nuit Blanche venir. Samedi en début de soirée, à 19h, je redescends. Je suis curieux de voir comment vit cet endroit de Paris, comment il fonctionne. Je suis une sorte de caméra de vidéosurveillance sensible. »