Vis(i)ons 2017: Arcade City a-t-il de quoi faire trembler Uber?

Innovation L'application Arcade City était au cœur de la conférence Vis(i)ons 2017, organisée par «20 Minutes»...

Jean-Jacques Valette

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Arcade City est une nouvelle application de VTC qui entend concurrencer Uber.
Arcade City est une nouvelle application de VTC qui entend concurrencer Uber. — J-J Valette / 20 Minutes

C’est une histoire à l’américaine. Celle d’un chauffeur Uber en galère dans une petite ville industrielle de la côte Est. Lassé des persécutions des autorités qui tentent d’interdire son activité et des baisses de prix imposées par la maison mère, il décide de créer sa propre entreprise. Son idée ? Supprimer tous les intermédiaires qui ponctionnent le revenu des chauffeurs de taxis et de VTC en utilisant la blockchain. Une technologie issue des cryptomonnaies qui permet de gérer un service sans aucune autorité centrale, au centre de la conférence Vis(i)ons 2017 organisée par 20 Minutes.. En bref, de quoi « ubériser Uber » en rendant le pouvoir aux chauffeurs. Cet homme s’appelle Christopher David et il est le fondateur d’ Arcade City.

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Neuf mois plus tard, nous sommes en septembre 2016 et la presse spécialisée attend avec impatience le lancement  du service, maintes fois repoussé. Les rumeurs se font de plus en plus pressantes. Christopher David aurait dépensé les 300.000 dollars levés auprès de business angels. Ses anciens amis se lâchent sur les sites Reddit et Medium et l’accusent d’être dépensier et de ne jamais mener ses projets à terme.

Génial coup de com’

« Pour l’instant, Arcade City n’a rien à voir avec la blockchain », commente Clément Jeanneau, cofondateur du cabinet de conseil Blockchain France. « La preuve, c’est qu’Arcade City a annoncé une commission de 10%. A mon avis, tout ça n’est qu’un génial coup de com’ pour une appli tout à fait traditionnelle. »

« Les gens ont du mal à comprendre car nous bâtissons un système sans précédent », se défend Christopher David. « Ce n’est pas simplement un nouvel Uber. C’est la première brique d’une économie entièrement distribuée qui connectera directement les producteurs aux consommateurs. »

Croissance exponentielle

Pour preuve du potentiel de son application, le fondateur d’Arcade City avance le succès de la version beta qui aurait, selon lui, rassemblé jusqu’à 3.000 chauffeurs dans 27 états américains et en Australie entre la mi-février et début avril. Période à laquelle Christopher l’a brutalement retirée des magasins d’applications.

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« Notre croissance a été trop rapide », s’excuse Christopher. « Nos serveurs ne pouvaient plus suivre le développement exponentiel du service ». Ou peut être ses finances, car Arcade City semble avoir depuis adopté une stratégie de croissance beaucoup plus frugale.

Essaim d’abeilles

« L’idée m’est venue en lisant le livre Swarmrise de Rick Falkvinge, le fondateur du Parti Pirate suédois », explique le créateur d’Arcade City. « C’est une méthode d’organisation inspirée des essaims d’abeilles qui permet de changer le monde avec très peu de moyens. »

Pour appliquer cette stratégie, Christopher déménage en mai dernier à Austin, Texas. Une ville dont Uber et Lyft venaient de partir en rétorsion aux tentatives de la mairie d’encadrer leurs services. « Celui qui contrôlera Austin sera le prochain big player du transport de personnes », assure Christopher.

Faute d’avoir une application fonctionnelle, il créé un groupe Facebook permettant aux passagers de trouver des chauffeurs. Celui-ci atteint rapidement 40.000 personnes. Une clientèle potentielle que Christopher va inonder de messages sur l’avancement du projet.

Karma et déception

Pourtant la première version de l’appli Arcade City déçoit lors de sa sortie le 1er septembre. Au lieu de proposer des trajets, celle-ci indique que la ville d’Austin est « verrouillée » tant que les utilisateurs n’auront pas accumulé assez de « points de karma » en invitant d’autres personnes. Du marketing gratuit en somme. Ceux qui parrainent des chauffeurs se voient même promettre un pourcentage de leurs revenus futurs. Autre condition : chaque ville doit rédiger de façon collaborative sa propre « constitution ».

« Pour que le service soit décentralisé, il faut que les gens apprennent à se gouverner eux-mêmes », assure Christopher. Semblables à des conditions d’utilisation, ces constitutions assurent par exemple que les chauffeurs doivent accepter les passagers quelles que soient leurs origines ethniques.

Gagner du temps

Une façon de gagner du temps, assure dans les colonnes du CoinTelegraph Neal Conner, un ancien ami de Christopher qui a quitté le projet. Pour le fondateur d'Arcade City, c’est au contraire l’assurance de lancer un service avec une communauté forte. « Austin et deux autres villes devraient être débloquées d’ici quelques jours. Ensuite, 10 à 20 villes nous rejoindront chaque semaine et d’ici la fin de l’année nous serons dans une centaine de pays dont la France. »

Et qu’en est-il de l’intégration de la technologie blockchain ? « Nous sommes obligé de prendre une commission pour financer le développement, mais d’ici un an ou deux nous rendrons le système totalement décentralisé », assure Christopher David. « Pour l’instant, celui-ci se limite à une option de paiement en Bitcoin mais bientôt les conducteurs pourront bâtir leurs propres assurances et mutuelles en cryptomonnaie. Nous nous financerons à l’aide de services complémentaires. Ensuite, Arcade City attaquera les secteurs de la logistique et du transport médical. »

Pour cela l’application devra tout d’abord attirer suffisamment d’utilisateurs, que la complexité du système pourrait rebuter. Un défi que n’a pas su relever La’Zooz, une initiative similaire basée en Israël qui a arrêté son développement au printemps. Chez Uber, on a le temps de voir venir.