Magritte, le peintre qui plaît à ceux qui n’aiment pas l’art, est exposé au Centre Pompidou

EXPOSITION Le Centre Pompidou accueille, jusqu’au 2 janvier 2017, une rétrospective autour de l’œuvre de René Magritte (1898-1967)…

Benjamin Chapon

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L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016
L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016 — B.Chapon/20Minutes

Le Centre Pompidou s’attend à des affluences records pour la rétrospective qu’il consacre à l’œuvre de René Magritte sous le titre La trahison des images jusqu’au 2 janvier 2017. Plusieurs nocturnes sont prévues, les salles de l’exposition sont vastes, la déambulation est aisée… La foule des grands jours est attendue de pied ferme.

Magritte - sa pipe, ses poules et ses trompe-l’œil surréalistes - présentés à travers plus de cent tableaux, sont des stars de l’art moderne. Magritte plaît au grand public, notamment (surtout ?) à ceux qui ne s’intéresse pas particulièrement à l’art moderne.

Nous avons glané des opinions sur le parvis du Centre Pompidou (entre guillemets et en gras ci-dessous), constatant au passage la popularité internationale de Magritte, et les avons confrontés à l’analyse des concepteurs de l’exposition du Centre Pompidou.

« C’est joli, c’est bien dessiné »

Didier Ottinger, commissaire de l’exposition, envisage que, devant une toile de Magritte, chacun peut ressentir une agréable sensation de vertige : « Avec Magritte, on perd tous nos repères, on est perdus. Il a toujours refusé les lectures psychanalytiques de son œuvre. Il considère qu’il a élaboré par la raison une œuvre cohérente. Il y a pourtant une part d’ombre dans ses œuvres qui nous sidère, il y a toujours quelque chose qui reste en suspens, une question qui reste posée. »

Pour Marie Sarré, chargée de l’exposition, « la virtuosité technique de Magritte rassure. Il fait une peinture d’illusionniste réaliste qui touche les gens. Magritte jouait avec cela pour créer une distanciation. Son œuvre plaît parce qu’elle impressionne. »

L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016
L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016 - B.Chapon/20Minutes

« C’est amusant, c’est astucieux »

Trompe l’œil, mise en abymes, rébus, jeux de mots… les toiles de Magritte sont ludiques. « Mais pas seulement, insiste Marie Sarré. Il y a un propos sur la notion d’art et de réel, une expérience du mensonge des images. » D’après Didier Ottinger, « ses œuvres font éprouver les limites des grandes lois de la peinture comme la perspective. » Amusant de prime abord et donc « rassurantes », les toiles dispensent un message que « chacun peut décrypter puisqu’il suffit de les regarder » insiste le commissaire.

L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016
L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016 - B.Chapon/20Minutes

« C’est facile à comprendre, ça dénonce les illusions »

Ceci n’est pas une pipe. Ah bon ? Ben non, c’est un tableau. Aaaah… Ouais… D’accord.

Pour Didier Ottinger, Magritte a fait en sorte que « les images retrouvent un statut dans le monde de la pensée » à une époque où l’écrit était tout-puissant. « Facile à comprendre » la pensée théorique de Magritte ? « Oui et non, selon Marie Sarré. Il y a plusieurs niveaux de lectures chez Magritte. Il puise ses réflexions dans l’histoire de l’art et de la philosophie. Mais il y a un premier degré à ses œuvres qui est plus facile d’accès, souvent humoristique, et des objets du quotidien, des motifs qui sont presque des clichés. »

L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016
L'exposition Magritte, la trahison des images au Centre Pompidou à Paris en septembre 2016 - B.Chapon/20Minutes

« Ce n’est pas trop stylisé, ni trop daté »

Selon Didier Ottinger, « Magritte a été trop longtemps verrouillé dans le surréalisme. Cette exposition doit démontrer qu’il était en dialogue avec les philosophes, de Platon ou Pline à Michel Foucault », et ainsi que son œuvre se place en partie hors de son temps.

« Magritte est incontestablement un artiste à part, inclassable, qui agaçait beaucoup les peintres et penseurs de son temps » reconnaît Marie Sarré. Cependant, à bien des égards, on peut considérer son œuvre comme « datée ». Pour l’attachée de conservation, « la personnalité même de Magritte est séduisante pour des personnes qui se méfient des artistes. Magritte se comportait comme un petit-bourgeois, un homme du commun, il ne se prenait pas pour un artiste. Par exemple, il n’avait pas d’atelier, il peignait dans son salon. Pour cela, il déplaisait à Dali ou à Breton, mais il séduisait un large public. »

Un public qui, aujourd’hui encore, trouve que Magritte, « c’est joli et bien dessiné ».