«ReCore», ou la traversée du désert pour les créateurs japonais

JEUX VIDEO Attendu avec fébrilité par les joueurs après une annonce fracassante à l’E3 2015, le bébé du Japonais Keiji Inafune semble coincé au « début des années 2000 »...

Jean-François Morisse
Les combats, souvent très classiques, occupent une grande place dans le jeu.
Les combats, souvent très classiques, occupent une grande place dans le jeu. — Comcept

On aurait pu croire qu’en 2016, après les nombreuses promesses des uns et des autres, que les exaspérants « temps de chargement » auraient disparu. Et ce ne sont pas les seuls défauts venus du passé dont souffre , un titre de science-fiction exclusif à la Xbox One, que l'on doit à ​ ​, un grand nom japonais du jeu vidéo.

Keiji Inafune a collaboré à des sagas emblématiques du jeu comme  ou encore  . Des jeux d’action et de plate-forme qui ont marqué les joueurs dans les années 90 et au début des années 2000. On lui doit aussi en tant que producteur le récent et très  . Avec ReCore, Inafune, toujours producteur, illustre son caractère prolifique même si le Japonais et son studio (  ) ont pour ReCore travaillé avec un studio américain (  ) et un autre français (  ). Une œuvre internationale aux qualités indéniables mais qui souffre de certains travers propres au jeu vidéo japonais des années 2000.


Si le Japon fut le territoire vedette du jeu vidéo dans les années 90, les années 2000 ont constitué un virage difficilement négocié par les nombreux studios de l’archipel. Face à un marché mondialisé, les Japonais ont tout d’abord peiné à séduire les joueurs occidentaux avec des productions jugées alors trop typées. Des studios majeurs comme Capcom ou Konami n’ont pas hésité à faire appel à des créateurs européens pour tenter d’occidentaliser leurs œuvres. Les joueurs se souviendront du Castlevania réalisé par les Espagnols de   ou du DmC des Britanniques de  .

Un jeu entre les cultures

Malgré la présence d’équipe internationale, ReCore est une aventure techniquement imparfaite qui propose en outre un gameplay daté. L’héroïne, Joule, accompagnée de son robot-chien arpente des niveaux en sautant de plate-forme en plate-forme tout en collectant quantité d’objets et enchaînant des combats plutôt classiques.

Pourtant l’univers post-apocalyptique d’Alter-Eden et ses robots sont séduisants bien qu’un peu vides, tout autant que son héroïne est touchante. Malgré tout, le jeu d’Inafune n’a pas fait l’unanimité une fois encore recueillant sur le site de référence Metacritic la note  (là où le précédent Might No 9 ).

Des jeux vidéo japonais à destination des Japonais

Tout comme de nombreux studios japonais, Comcept peine à se renouveler tout en proposant un titre à destination du marché international. Une démarche à contre-courant des tendances actuelles chez les développeurs nippons comme l’illustrait parfaitement la  qui se tenait ce mardi lors du Tokyo Game Show (TGS).

 

« Après avoir passé des années à tenter de copier les jeux occidentaux, les développeurs japonais semblent enfin avoir compris que ce qui fait leur force, c’est leur spécificité explique Olivier Bal, rédacteur en chef de Jeux Vidéo Magazine, alors, certes, on hérite de jeux décalés, parfois un peu datés, mais au moins différents. La plupart d’entre eux ne se destinent pas réellement au public européen ».

Japon : un talent et un marché très spécifiques

Une nouvelle tendance chez les créatifs japonais qui cherchent à reconquérir un public massivement adepte de jeux mobiles et qui ont déserté les consoles comme la PlayStation 4. Des titres comme Persona 5, Nier ou encore NiOh illustrent le talent de ces développeurs qui aujourd’hui cherchent avant tout à séduire le public japonais dont les attentes et les goûts en matière de jeux vidéo sont particulièrement spécifiques. En voulant s’adresser à un plus large public, ReCore manque peut-être le coche et retombe dans les travers des jeux japonais du début des années 2000. Mais ce jeu disponible sur PC et Xbox One (une console qui n’a jamais percé dans l’archipel) ne pouvait que se destiner aux joueurs du monde entier. Une équation complexe que Keiji Inafune n’a visiblement pas su résoudre.