Oscars 2016: «Frantz», «Elle», «Les Innocentes»...: Quel serait le meilleur candidat pour la France?

CINEMA La Commission du CNC a établi ce mardi une première liste de prétendants pour concourir à la statuette du meilleur film non-anglophone…

Fabien Randanne

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Pierre Niney et Paula Beer dans «Frantz» de François Ozon.
Pierre Niney et Paula Beer dans «Frantz» de François Ozon. — Mars Films

Trois films d’époque et une tragicomédie contemporaine. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) a dévoilé ce mardi les longs-métrages qui peuvent espérer représenter la France dans la course à l’ Oscar du meilleur film non-anglophone (souvent improprement appelé Oscar du meilleur film étranger).

La Commission qui a établi cette liste est composée de professionnels du monde du cinéma, dont Thierry Frémeaux, Sandrine Bonnaire, Eric Toledano ou Léa Seydoux. Elle se réunira à nouveau le 26 septembre pour désigner l’heureux élu, qui devra tout de même, pour prétendre à la statuette dorée, être retenu par l’Académie des Oscars parmi une centaine d’autres propositions en provenance du monde entier. En attendant, petit passage en revue des forces et des limites de chacun.

  • « Cézanne et moi », so French

Le film de Danièle Thompson sur l’amitié entre le peintre Paul Cézanne et l’écrivain Emile Zola, incarnés respectivement par Guillaume Gallienne et Guillaume Canet, sera à l’affiche des salles françaises le 21 septembre. Son classicisme (même si la bande-annonce laisse entrevoir des dialogues fleuris) allié au fait qu’il est centré sur deux artistes tricolores connus du grand public américain peut jouer en sa faveur. A moins que le CNC, qui avait misé sur Renoir pour défendre la bannière française aux Oscars 2014, ne se souvienne pas que le biopic signé Gilles Bourdos n’avait pas été retenu par l’Académie dans la liste finale des cinq nommés.

  • « Frantz », le pacifiste

En salle depuis mercredi, Frantz pourrait séduire les votants de l’Académie des Oscars par son message pacifiste et le cachet à la fois « auteuriste » et populaire propre au cinéma de François Ozon. L’intrigue met en scène une jeune Allemande venue se recueillir sur la tombe de son fiancé mort sur le front de la Grande Guerre et qui rencontre sur place un jeune Français dont elle ne s’explique pas la présence. Le scénario est librement adapté d’une pièce de Maurice Rostand qui avait également inspiré, en 1932, le film de Ernst Lubitsch, Broken Lullaby. Frantz a été présenté dans deux festivals importants de l’automne, celui de Toronto (Canada) et de Venise (Italie), ce qui lui a assuré une certaine renommée à l’étranger. L’actrice Paula Beer a d’ailleurs été distinguée à la Mostra par le prix Mastroianni du meilleur espoir.

  • « Elle », le subversif

Présenté au dernier Festival de Cannes sous la bannière française, Elle serait le choix le moins consensuel. Porté de bout en bout par une Isabelle Huppert au sommet de son talent, le film est perçu par certains comme une œuvre féministe alors que ses détracteurs y voient un long-métrage misogyne abordant le sujet du viol avec complaisance. Le réalisateur Paul Verhoeven est bien connu sous le soleil d’Hollywood. Dans ses films dits « américains » (Starship Troopers, Showgirls…), il s’est amusé à égratigner les travers du pays de l’Oncle Sam, ce dont les votants les plus patriotiques de l’Académie des Oscars pourraient lui tenir rigueur. Si le comité du CNC retenait ce film pour les Oscars, certaines voix s’élèveraient sans doute pour déplorer qu’un réalisateur étranger, en l’occurrence Néerlandais, défende les chances tricolores. Ce ne serait pourtant pas une première : en 1978, la France a remporté l’Oscar du meilleur film non anglophone pour La Vie devant soi, réalisé par l’Israëlien Moshé Mizrahi.

  • « Les Innocentes », le film d’auteur

C’est l’outsider de la présélection. Les Innocentes, réalisé par Anne Fontaine, suit une interne de la Croix Rouge dans le secret d’un couvent polonais de Bénédictines en plein hiver 1945. Le film a fait un passage relativement discret en salle en début d’année. Il n’empêche, ses qualités d’interprétation et techniques - sa photo est sublime - pourraient taper dans l’œil des votants. La caution « inspiré d’une histoire vraie » a également de quoi jouer en sa faveur, même si ses airs austères peuvent rebuter. L’enjeu est de taille, la France n’a plus décroché l’Oscar du meilleur film non-anglophone depuis Indochine, en 1993.