Découvrez le toy, figure du relou dans le monde du street art

LEXIQUE Dans le microcosme du graff, il est tout en bas de l'échelle...

Coralie Lemke

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Un graffeur trop inexpérimenté se voit qualifié de
Un graffeur trop inexpérimenté se voit qualifié de — J. TAELLOUS/FLICKR

C’est un tagueur pénible, mauvais et parfois malintentionné. En street art, le toy est une personnalité loin d’être appréciée. « Dans la hiérarchie, il est tout en bas. Et en haut il y a le king. » Lokiss mitraille les termes qui décrivent ce paria du street-art : « Débutant, nul, mauvais, plagieur. » Car le toy peut polluer les murs de plusieurs façons.

Peut-être avez-vous déjà vu ce mot tagué par-dessus un graffiti, littéralement « tag on your shit ». Il signifie que le graffeur n’a pas encore beaucoup de talent et qu’il ferait mieux de s’entraîner un peu plus avant de s’étaler sur les murs.

« Ces tags très amateurs sont souvent l’œuvre de très jeunes tagueurs qui n’ont pas encore de style et qui n’ont pas encore acquis les codes qui régissent le milieu. D’où leur maladresse », sourit KAN. La mention toy des street artistes plus expérimentés s’apparente à une correction au stylo rouge d’un professeur. « Ca veut dire qu’ils ne doivent pas se prendre pour ce qu’ils ne sont pas encore. » Et respecter l’espace des autres.

Casser les règles de la communauté

Car se faire toyer un graffiti signifie aussi se faire recouvrir par un autre artiste. Une pratique que les street-artistes confirmés réprouvent vigoureusement. « Ça casse toutes les règles établies de la communauté », soupire KAN. La convention dans le milieu implique plutôt de ne jamais taguer par-dessus quelqu’un d’autre à moins de s’assurer qu’il est bien d’accord.

Rue Ordener à Paris, les graffs les plus récents recouvrent les anciens.
Rue Ordener à Paris, les graffs les plus récents recouvrent les anciens. - G. KLEIN/FLICKR

 

« Si t’as pas demandé, c’est la guerre qui commence. Moi, on m’a recouvert un tag une fois. Le mec, je lui ai détruit tous les siens en représailles », se souvient Lokiss. « Il ne faut pas oublier que le tag fait partie d’un univers vandale et qu’il y règne une certaine culture de l’affrontement. »

Ces pratiques ne datent pas d’hier. Elles seraient nées aux Etats-Unis, dans les années 70. « A New-York, chaque gang s’était implicitement accaparé une ligne de train. Pour se provoquer, ils écrivaient toy sur les lignes de leurs rivaux. »

« Comme une déclaration de guerre »

La déclaration de guerre ultime étant de taguer sur un graffiti sans le recouvrir complètement. Une pratique qui vise clairement à faire honte à son rival. « Quand on tague sur quelqu’un d’autre, la moindre des choses, c’est de le recouvrir complètement et proprement », explique KAN. Sinon, cela revient à le souiller.

Les deux artistes s’accordent à dire que cette provocation extrême, un tag en plein milieu de votre graffiti, « c’est comme une déclaration de guerre ». Alors mieux vaut bien se renseigner avant de provoquer un artiste dont on ne connaît pas le blaze.