A quoi ça sert d’écrire son blaze partout?

GRAFFITI Dans les friches, les ruelles, derrière un camion : si on ouvre l’œil, les tags sont partout…

Coralie Lemke

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Le tag sert à marquer son passage dans les rues.
Le tag sert à marquer son passage dans les rues. — BLG ED MUSTAPHA/FLICKR

Quand ils sont multicolores, qu’il y en a plein sur un mur et que ça vous fait une bonne photo Instagram, les tags, c’est cool. Mais quand ils sont isolés, un peu brouillon, et juste à côté de votre porte, ah là, ça passe moins bien.

S’ils peuvent être agréables à regarder dans le paysage urbain, la vocation première des tags n’est pas décorative. « En anglais, le verbe to tag signifie "signer". C’est de là que vient ce mot », rappelle Jérôme Catz, auteur de Street Art mode d’emploi. Chaque tag est d’abord la signature de quelqu’un, avec un nom d’emprunt. (En effet, on dénombre peu d’inscriptions « Jean-Pierre Martin » dans l’espace urbain.) Les premiers sont apparus dans les années 1970, aux Etats-Unis.

« Le tag est un pseudonyme qu’on se trouve. Cela peut être une personne seule ou un crew [un collectif] », explique Nicolas Gzeley, photographe et spécialiste du street art. Ce nom d’artiste permet de garantir son anonymat tout en ayant de la notoriété dans le milieu.

« Une esthétique de la pureté »…

Car le tag fait figure de base dans le milieu de street art. Avant de créer un graffiti avec des lettres pleines de plusieurs couleurs ou de s’attaquer à d’immenses fresques, il faut maîtriser sa signature. « Il y a un gros travail qui est fait sur le style et la calligraphie, mais qui n’est pas remarqué par le grand public », souligne Nicolas Gzeley.

« C’est une école stylistique, là où tout commence. On dit d’ailleurs que les bons graffeurs sont de bons tagueurs. » Il y aurait une véritable « esthétique de la pureté » selon le photographe. Comprenez : le nirnava, c’est un tag simple, bien pensé, et parfaitement exécuté.

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…et l’art de la fuite

Le tag n’est pas une pièce unique. Il se fait et se refait dans les rues de la ville. « Le but est d’être présent dans le plus d’endroits possible. Il faut sortir de son quartier pour devenir visible. Certaines surfaces sont très prisées, comme les toits ou les camions, qui se déplacent partout. Idem pour les tags sur les trains, une tendance qui date des années 1970 à New York », analyse Nicolas Gzeley.

Des endroits sur lesquels il est interdit de « tracer des inscriptions », selon les articles 257 et 322 du Code pénal. Mais Jérôme Catz insiste, il faut distinguer le vrai du faux vandalisme. « Ce n’est pas la même chose de taguer une bagnole ou un camion, ce qui fait vraiment prendre des risques, et aller tranquillement sur une friche désaffectée, où on ne dérange personne. » En plus d’avoir une patte stylistique, selon l’endroit choisi pour signer, il faut aussi savoir courir vite.