Ne vous attachez pas aux fresques, elles pourraient disparaître

Street Art Bien qu’immenses et impressionnantes, les fresques ornant les tours de nos villes sont souvent vouées à disparaître…

Antoine Magallon
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La fresque de Pantónio, place de Vénétie à Paris
La fresque de Pantónio, place de Vénétie à Paris — ISA HARSIN

C’était en juillet dernier. Le street artiste C-215 revenait installer ses pochoirs au 141, boulevard Auriol à Paris, là ou trois ans plus tôt, il avait peint un immense chat bleu et noir sur la façade. Entre-temps, le félin avait perdu de son éclat, la faute aux rayons UV frappant le mur jaunâtre.

Le chat de C-215 boulevard Auriol à Paris
Le chat de C-215 boulevard Auriol à Paris - A. Magallon/ 20 minutes

Revenir pour entretenir son œuvre, une exception dans le monde éphémère du street art. Des 23 fresques peintes depuis 2010 sur les bâtiments 13e arrondissement de Paris, quatre ont déjà disparu. Les responsables ? Des travaux sur les immeubles mais aussi les imprévus, avec lesquels les artistes mais aussi les propriétaires des lieux ont appris à composer.

Des créations prévues pour disparaître…

Un côté périssable revendiqué par Jérôme Coumet, le maire du 13e arrondissement. « Toutes les œuvres dans le 13e ont un caractère, en termes juridiques, provisoire. Les artistes signent des engagements dans ce sens. Les œuvres n’ont pas un caractère pérenne, on ne les protège pas et il n’y a pas une obligation d’entretien. »

D’autant plus que les propriétaires des immeubles (très majoritairement des bailleurs sociaux), qui acceptent de mettre l’une de leurs façades à la disposition d’un artiste, ont ensuite le droit d’effacer ou de recouvrir la peinture en cas de travaux. « Nous devions laisser la possibilité aux propriétaires de disposer librement de leurs murs, sans cela, personne ne participerait à cette aventure », insiste le maire.

Fresque de Shepard Fairey dans le 13e à Paris
Fresque de Shepard Fairey dans le 13e à Paris - A.Magallon/ 20 Minutes

L’ICF Habitat La Sablière possède quatre bâtiments décorés par des street artistes. « En général, les fresques sont peintes dans le cadre de projets de réhabilitation de bâtiments, explique Martine Gillot, directrice de la communication. Les créateurs savent que, dans un certain temps, des travaux interviendront sur la façade et recouvriront l’œuvre. »

Une façon de procéder qui convient parfaitement au Français Rero. Invité à travailler sur le projet Street art 13 en 2011, son œuvre, initialement située au 81, rue du Chevaleret, n’est aujourd’hui plus visible. « Quand Mehdi Ben Cheick [ directeur de la galerie itinérance] m’a invité sur le projet, je savais que l’immeuble sur lequel je travaillais allait être détruit prochainement, et c’est ce côté éphémère qui m’a plu. Mon envie n’est pas d’embellir la ville mais de questionner, critiquer et d’apporter un peu d’insolite dans le quotidien des gens. Donc c’est réussi. »

Une démarche qui plaît aussi aux habitants du quartier, comme Johanna, qui habite juste à côté de la fresque peinte par Inti, boulevard Auriol. « Je la regarde souvent car je trouve sa signification ambiguë, il y a quelque chose qui m’échappe. Mais ce n’est pas grave si un jour la peinture disparaît, car il me restera le souvenir de l’œuvre. Un peu comme quand on va voir une pièce de théâtre ou une performance artistique. »

L'oeuvre
L'oeuvre "DEGAGE" de Rero au 81 rue du Chevaleret, en référence aux révolutions Arabes. - Marie Hamel

 

L'immeuble du 81 rue du Chevaleret à Paris aujourd'hui
L'immeuble du 81 rue du Chevaleret à Paris aujourd'hui - A. Magallon / 20 Minutes

… Devenues les symboles du quartier ?

C’est en tout cas ce qu’espère le maire, Jérôme Coumet. Lui qui voit dans le street art « le plus grand mouvement artistique » de ce début de siècle, souhaite profiter des nombreuses fresques pour attirer des touristes dans son arrondissement et « développer une nouvelle identité pour le quartier ». Si bien que monsieur le maire n’est pas pressé de voir les peintures s’estomper. « Celles qui auront du mal a survivre, ce sont les œuvres a porté de main, car elles sont plus exposées aux passants, sur les grands murs, je pense que l’essentiel restera. Et pour beaucoup d’artistes dont la renommée fait que nous aurons à cœur de restaurer les œuvres. »

La conservation de certaines pièces dépendra aussi de la volonté des locataires, « s’ils y sont très attachés, et si c’est faisable techniquement, nous essayerons de maintenir les créations intactes explique Martine Gillot. Mais à ce jour la question ne s’est pas posée chez car nous n’isolons quand même pas un immeuble tous les jours ».

L’opération d‘embellissement du quartier devrait quant à elle se poursuivre. Une nouvelle peinture est prévue, dans les prochaines semaines, boulevard Auguste-Blanqui.