Coconut Music Festival: «On l'a créé avant tout pour inviter nos potes musiciens»

MUSIQUE A l’image du Coconut Music Festival, qui se tient ce week-end à Saintes, de plus en plus de musiciens, tels Rodolphe Burger, Yuksek ou Laurent Garnier, créent leurs propres festivals dans leurs villes de résidence ou d’origine…

Benjamin Chapon

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Le Coconut Music Festival a lieu à l'ombre de l'Abbaye aux Dames à Saintes
Le Coconut Music Festival a lieu à l'ombre de l'Abbaye aux Dames à Saintes — coconut music

Il n’y aura ni François and the Atlas Mountains, ni Babe, ni Petit Fantôme. Pourtant, le Coconut Music Festival, qui se tient ce week-end à Saintes (Charente-Maritimes), a été monté par les musiciens de ces groupes, originaires de la ville. A Reims (Marne), sa ville d’origine, Yuksek a lui créé en 2002 le festival Elektricity. A Lourmarin (Vaucluse), où il est installé, Laurent Garnier a monté le festival Yeah. Depuis une quinzaine d’années, Rodolphe Burger organise le festival C’est dans la vallée, à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), où il a grandi et installé son studio.

Les exemples sont de plus en plus nombreux de festivals imaginés et montés par les musiciens eux-mêmes. A chaque fois, ils choisissent leur ville d’origine ou d’adoption. Pour le plaisir de jouer à domicile surtout. Mais aussi pour faire jouer les copains. « L’objectif de l’association Coconut au début était très claire : faire jouer nos potes, explique Amaury Ranger, co-créateur du festival. Et aussi permettre à nos amis qui habitent à Saintes de voir des bons concerts. »

Rock’n’paperasse

L’idée reçue selon laquelle les musiciens sont des poètes incapables de jongler avec les embûches administratives est battue en brèche. « Au début, nos tournées, on les montait nous-mêmes, raconte Amaury Ranger. On sait bien que ça peut être super-galère de trouver des dates. Là, à Saintes, on est bien placés entre Paris et Bordeaux, ou entre Nantes et Toulouse. Jouer ici, ça permet aux groupes de casser la route. Nous, on croisait pas mal de groupes en tournée, dans les festivals, avec lesquels on est devenu potes. On a commencé à vouloir organiser des dates pour eux quand ils venaient en France. Et on y a pris goût. »

Ainsi est né le festival Coconut, installé à l’ombre de la merveilleuse Abbaye aux Dames de Saintes. « C’était notre idée dès le départ mais il a fallu faire nos preuves avant d’y arriver. Aux débuts, on organisait des concerts dans une salle pourrie. La mairie a vu qu’on était sérieux et motivés. Là, on est dans un rêve logistique. Les artistes et les équipes sont logés dans l’Abbaye, juste à côté de la scène. C’est hyperbeau en plus. »

Local et amical

Rodolphe Burger aussi revendique la beauté des lieux qui lui sont familiers. « Je connais très bien les environs de Sainte-Marie-aux-Mines, le Val d’argent, et je voulais organiser des concerts dans des endroits insolites et beaux. » Dès le début, il a pris soin d’inviter ses amis, les artistes de son label, et les groupes ayant enregistré dans son studio, installé dans la maison de sa mère dans la campagne alsacienne. « Bien connaître les lieux et les gens, ce n’est pas forcément un gage de succès mais au moins l’assurance qu’on va bien s’amuser. »

En Charente aussi on met la convivialité au centre du projet. « Saintes, c’est un vide musical assez fort, s’exclame Amaury Ranger. L’idée n’est donc pas de faire uniquement un festival, mais de proposer aussi des dates dans l’année. Moi je n’habite plus là, mais j’ai encore plein de potes ici. » Rodolphe Burger aussi pense aux habitants quand il organise son festival. « Cette vallée a beaucoup souffert de la désindustrialisation. Je l’ai vécue, ils se sont sentis abandonnés, condamnés. »

Playlist de potes

D’un point de vue musical d’ailleurs, ces artistes-organisateurs jouent volontiers l’éclectisme. Laurent Garnier ne programme pas que de la techno au festival Yeah, tant s’en faut. Au Coconut festival, si la tendance est à la pop indé, on peut entendre bien des sons différents. Même Elektricity, à Reims, embrasse tous les sous-genres de l’électro. « Notre génération écoute beaucoup de musiques différentes et s’en inspire plus ou moins pour créer, expliquait Yuksek. On ne monte pas un festival pour revoir les mêmes gueules qu’on voit déjà toute l’année mais plutôt ceux qu’on aime et qu’on admire. »

Et les festivaliers adhèrent à cette philosophie du copinage. A Saintes, les festivaliers se réjouissent de découvrir une programmation d’artistes méconnus. « C’est une bande de copains qui organisent et venir ici, ça donne l’impression d’en faire un peu partie, raconte Tristan. Je n’écoute que la musique que mes amis me conseillent, c’est le filtre parfait. Mais mes amis connaissent moins de groupes que les gars de Coconut. »

Le business n’est pas le modèle

Pour l’instant assez limités en nombre et en taille, les festivals organisés par des musiciens pourraient devenir un modèle économique intéressant. De plus en plus d’artistes américains vendent ainsi aux plateformes de streaming leurs recommandations à destination des internautes. Frank Ocean a lui choisi de mettre gratuitement sa playlist idéale sur Spotify.

Plutôt que de jouer les prescripteurs pour des chaussures, des smartphones ou des casques audio, les musiciens peuvent ainsi « vendre » leur expertise musicale. Amaury préfère ne pas voir cet aspect des choses. « Notre petite taille nous convient bien. On a un salarié à l’année. C’est déjà super. L’aspect business ne nous intéresse pas beaucoup. L’important, c’est surtout qu’il y ait des huîtres et du cognac… »