Musique et politique: Pourquoi il n'y aura jamais de Prophets of Rage en France

RAP Aux Etats-Unis, le groupe Prophets of Rage réunit de célèbres rappeurs opposés à Donald Trump…

Benjamin Chapon

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Le groupe Prophets of Rage en concert le 27 août 2016 à New York
Le groupe Prophets of Rage en concert le 27 août 2016 à New York — Shutterstock/Shuttersto/SIPA

Le saviez-vous ? Aux Etats-Unis aussi, une élection présidentielle se prépare. Et pendant que Donald Trump fait n’importe quoi, Hillary Clinton en fait le moins possible ( #analyseBC). Au milieu de cette campagne désespérante avec deux des candidats les plus détestés de l’histoire américaine, les amateurs de musique ont au moins un motif d’enthousiasme : Prophets of Rage. Né dans le sillage de la nomination de Donald Trump à Cleveland lors de la convention des Républicains, ce « super-groupe » y a donné un de ses premiers concerts.

Les membres de Prophets of Ragesont loin d’être des inconnus. On y trouve Chuck D (à l’origine du groupe) et DJ Lord de Public Enemy, B-Real de Cypress Hill et de trois membres de Rage Against the Machine (Tom Morello, Tim Commerford et Brad Wilk). Lors de concerts gratuits et électrisants, les Prophets of Rage chantent essentiellement d’anciens titres de leurs groupes respectifs mis en perspective de l’actualité politique de 2016.

Super-groupe = super déception

Le nom de leur tournée, Make America Rage Again, tourne en dérision le slogan de campagne de Donald Trump, mais Hillary Clinton est aussi la cible de leurs attaques. Bien qu’organisée par le géant Live Nation, leur tournée n’est pas censée générer de revenus pour les artistes qui se sont engagés à reverser les bénéfices à des associations, par exemple d’aide aux sans-abri.

Plutôt flou, le discours politique du super-groupe (eux préfèrent se définir comme « une force opérationnelle d’élite de musiciens révolutionnaires ») porte sur la nécessaire colère de citoyens floués par les politiques et les lobbys. Au niveau artistique, l’excitation de voir réunis sur scène des légendes du rap fusion des années 1990 fait un peu oublier la faiblesse de leur show.

Cali à la basse, Biolay à la batterie ?

Alors que la France se prépare à vivre, selon toute vraisemblance, une campagne pour l’élection présidentielle au moins aussi déprimante, avec des candidats dont les électeurs ne veulent pas, les artistes français en général et les musiciens en particulier ne se mouillent pas. Le débat sur « l’engagement » des musiciens français revient ainsi régulièrement sur le tapis.

Que pourrait bien donner un super-groupe à la Prophets of Rage ? Des « prophètes de la colère », en somme. Du côté des chanteurs engagés, on a bien Renaud (qui roule pour François Fillon), Cali (qui roulait pour Ségolène Royal), ou Mickey 3D. Hum… Saez et Benjamin Biolay ont bien tenté des chansons anti-Front national. De même que Noir Désir s’est déjà opposé à l’ultralibéralisme. Mais ces initiatives, moquées par les cyniques, restent très isolées.

Le rap à la rescousse

Si on cherche du côté des rappeurs, ceux qui ont du succès ne s’engagent pas, ou très peu, sur les thèmes politiques. Ceux qui ont un propos politique, au sens noble, comme Oxmo Puccino, ne semblent pas du genre à se mettre en avant dans une telle entreprise. Quand ils s’associent pour une cause politique, comme en 2012 avec le collectif Hip-Hop Citoyens en réaction à l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la Présidentielle, les rappeurs préfèrent agir sur un plan institutionnel plutôt que médiatique ou créatif.

Pour le côté nostalgie, on pourrait imaginer un super-groupe avec des membres de NTM, IAM, Assassin et Keny Arkana. Ça pourrait avoir de la gueule sur le papier et un bel impact médiatique. Reste à savoir si, sur scène, la sauce pourrait prendre. Peu probable.

S’il y a bien une tradition de chanteuses et chanteurs engagé(e) s en France, elle est de plus en plus circonscrite aux domaines de l’humanitaire ou du social et plus du tout du politique.