«La Folie des boys bands» sur C8: «L'étiquette "Frank Delay des 2Be3" me restera collée à vie»

INTERVIEW L’ex-2Be3, qui témoigne dans un documentaire consacré aux boys bands diffusé ce mercredi soir sur C8, a répondu aux questions de « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Fabien Randanne

— 

Frank Delay, ex-membre des 2Be3.
Frank Delay, ex-membre des 2Be3. — Julien Carbuccia

Sourires scotchés au visage et chemises ouvertes sur tablettes de chocolat, il y a une vingtaine d’années, les boys bands débarquaient avec leurs boîtes à rythmes et leurs chorégraphies sommaires. Aux côtés des Worlds Apart britannique ou des Backstreet Boys américains, les Frenchies d’Alliage, de G-Squad ou des 2Be3 émoustillaient des foules en délire qui avaient appris par cœur leurs biographies dans Star Club. Le phénomène n’a duré qu’une poignée d’années mais il a marqué toute une génération. Le documentaire La Folie des boys bands – 20 ans déjà, diffusé ce mercredi à 21h sur C8, replonge dans cette période où les paroles simplistes (« Partir un jour, sans retour, effacer notre amour… », « Baila, te quiero amor, ton souvenir me poursuit encore… ») cachaient souvent des coulisses moins reluisantes. Les réalisatrices Félicie Derville et Marion Garnier jouent la carte nostalgique tout en laissant la parole à d’ex-membres de ces groupes, à leur entourage et à leurs fans d’alors. C’est parfois mignonnet, parfois plus cash et glaçant. Frank Delay, qui témoigne dans ce documentaire a aussi accepté d’évoquer, auprès de 20 Minutes, son expérience au sein des 2Be3…

Les 2Be3 ont connu leur heure de gloire dans la deuxième moitié des années 1990. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

Plutôt que du bon en ce qui me concerne. Avec mes potes d’enfance [Filip Nikolic et Adel Kachermi] on a concrétisé notre rêve d’ado en réussissant dans le domaine artistique. Cela a bouleversé nos vies. On a fait beaucoup de choses.

Vous veniez tous trois de Longjumeau (Essonne). Le documentaire de C8 montre une interview de l’époque dans laquelle vous disiez souhaiter donner une autre image de la banlieue…

La banlieue avait alors une image surtout liée aux rappeurs, avec des textes qui parlaient de mal-être. Nous, on était plus positifs, on voulait montrer qu’il y avait autre chose en banlieue. On faisait du divertissement, c’était gentil, avec une énergie positive.

Vous étiez l’idole des adolescentes et, comme le rappelle le documentaire, des icônes gays. C’est un statut qui vous plaisait ?

Oui, on aimait bien. On ne se posait pas la question de qui nous appréciait.

Si c’était à refaire, vous signeriez à nouveau ?

Oui, évidemment. Peut-être avec des clauses de contrat différentes (il rit). Cela a tellement changé nos vies.

Filip Nikolic est décédé en 2009, à l’âge de 35 ans. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

J’ai la chance de ne l’avoir connu que dans les bons moments, quand tout se passait bien et depuis l’enfance. Il était quelqu’un d’intelligent, de motivé. La lumière l’a transformé. Quand il a rejoint le casting de Navarro [en 2001], on s’est détachés. A l’époque, je voulais aussi tenter ma chance dans la comédie. On s’est peu à peu perdu de vue. On s’appelait de moins en moins. A la fin, on n’était plus du tout proches, on se voyait une fois par an et chaque année je constatais son changement physique. L’image que je garde de lui est donc celle du pote.

Les boys bands étaient à l’époque la cible de moqueries et de critiques…

C’est toujours de bon ton de critiquer ce qui marche et, en même temps, il y avait tellement de choses à dire sur nous que c’était normal. On savait que l’on dérangeait. La critique aide aussi à avancer. Après, c’est une question de personnalité, certains étaient plus susceptibles que d’autres.

Lorsque vous avez cherché à poursuivre une carrière artistique, vous avez eu du mal à vous défaire de l’étiquette « 2Be3 » ?

Il y a ceux qui pensaient que ça valait le coup de me rencontrer et d’autres qui ne me répondaient même pas. C’est comme ça.

Même aujourd’hui, une quinzaine d’années après la séparation du groupe ?

Oui, c’est encore la même chose. Je ne suis pas un grand comédien, même si j’ai fait pas mal de scène, joué dans des courts-métrages et des séries… L’étiquette « Frank Delay des 2Be3 » me restera à vie, je le sais. Ou alors, il faut avoir un rôle qui permette de transformer tout ça, comme Tchao Pantin pour Coluche. Mais je n’en suis pas encore là.

Justement, quels sont vos projets ?

On a remonté un groupe avec Chris Keller [un ex-G-Squad] et Allan Théo : Génération Boys Band. On partira en tournée dès mars ou avril, en commençant par la Belgique. On chantera nos morceaux des années 1990, mais aussi de nouvelles compositions.

Quel serait votre souhait absolu sur le plan professionnel ?

(Il prend quelques secondes pour réfléchir) Si je réussis dans la chanson, je serais très content, mais mon accomplissement personnel s’effectuerait en tant que comédien. J’aimerais me mettre en danger en incarnant des personnages plus sombres. Comme ceux des films de Jacques Audiard [Sur mes lèvres, Un Prophète, Dheepan…]. Mais je suis conscient que je suis assez loin de cet objectif. Je sais qu’il y a des gens qui sont capables de prendre un virage à 90° comme Virginie Efira [qui a commencé comme présentatrice télé avant de faire carrière au cinéma], mais il faut aussi être intronisé, parrainé, coopté…