Catacombes, musée du Louvre, usine Citroën... Quels lieux parisiens peuvent se transformer en clubs électro géants ?

CLUBBING Après la gare Saint-Lazare, la société Surprize va continuer à organiser des fêtes dans des lieux insolites...

Benjamin Chapon

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Ceci est un dancefloor... Samedi 3 septembre 2016, les quais de la gare Saint-Lazare se transforment en club géant.
Ceci est un dancefloor... Samedi 3 septembre 2016, les quais de la gare Saint-Lazare se transforment en club géant. — Alexy Benard

Dimanche matin, les heureux participants de la première nuit Hors série, organisée à la gare Saint-Lazare, auront-ils eu l’impression d’avoir vécu « un moment de magie, de rêverie » ? C’est le fol espoir d’Aurélien Dubois, directeur de Surprize, la société d’événementiel responsable de cette soirée unique en son genre. De 23 heures au petit matin, le quai principal et la salle des pas perdus de la gare seront transformés en dancefloor géant. Déjà instigatrice des soirées Concrete et des festivals Weather, Surprize s’est fait une spécialité de transformer des lieux communs (le Bois de Vincennes, l’Ancienne imprimerie de la SIRA, le Parc des expositions du Bourget, les halls du Paris Event Center…) en figures de style aux musiques hyperboliques.

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Le 7 septembre, Surprize ouvrira la Friche Richard Lenoir,un lieu évolutif et multi-usages de « convivialité » installé dans un endroit en devenir où la mairie de Paris prévoit l’installation d’un jardin. « Ce sont des projets différents mais ça participe du même élan de réappropriation de l’espace urbain, explique Aurélien Dubois. Le but est de faire d’évader les gens, leur offrir un moment de pause dans leur quotidien.  S’approprier l’espace public est un enjeu permanent dans une ville comme Paris. Une friche devant laquelle on passe sans la voir ou une gare sont des endroits fascinants à investir parce qu’on peut vraiment attirer le regard des gens sur des éléments qu’ils ont sous les yeux tous les jours sans forcément les voir. Il y a des détails architecturaux dingues et magnifiques dans la gare Saint-Lazare. Cette redécouverte d’un lieu familier participe de ce qu’on veut faire ressentir aux gens. On veut que le lendemain ils se disent : « J’ai vraiment vécu ce moment-là ? » Ces moments de créations d’espaces éphémères sont toujours très excitants pour nous. »

La 2CV plutôt que la Joconde

Désormais identifiés comme des gens sérieux et un peu fous à la fois, les responsables de Surprize travaillent déjà à une autre soirée Hors-Série dans un lieu parisien insolite. « On réfléchit et on cherche de notre côté, et on vient aussi souvent nous voir avec des propositions. Mais il y a assez peu de dossiers qui se concrétisent parce que les obstacles sont nombreux. Ce qui marche bien ce sont lieux industriels ou monumentaux parce que la hauteur sous plafond et l’accessibilité, c’est primordial. Une grosse fête dans les Catacombes ou une station de métro désaffectée, c’est pas possible, à part si un mécène fou accepte de payer des élévateurs temporaires. »

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Le fantasme d’une folle soirée parmi les amoncellements de tibias des catacombes restera donc de l’ordre de la chimère. En revanche, un autre rêve récurrent des Parisiens pourrait très bien se réaliser : une nouba nocturne dantesque dans le musée du Louvre. « Un musée ? Pourquoi pas, réfléchit Aurélien Dubois. Il y a sans doute quelque chose à faire. Les œuvres, ça se déplace. » Mais sa préférence va aux sites industriels, si possible désaffectés. Même si les usines Citroën, par exemple, font saliver plusieurs organisateurs d’événements. « Paris est une des villes les plus denses du monde. Les espaces en friche sont très peu nombreux. En banlieue, il y a plus de possibilités à explorer. » A part ça, il se murmure qu’une rave aura bientôt lieu dans le bois de Boulogne, qu’une rue exceptionnellement fermée à la circulation devrait se transformer en club open air pour une nuit et qu’une « fête de chantier » devrait faire l’événement.

L’événement ne nourrit pas son homme

Malgré tout, ces soirées one-shot, rarement rentables, sont surtout pour les organisateurs le moyen de se faire plaisir et remarquer. « On doit rester cartésien sur le plan économique, explique Aurélien Dubois. La logistique pour le Hors-Série de la gare Saint-Lazare est telle quel’entrée est assez chère. Mais on ne se fait pas de marge. C’est le juste prix pour que l’événement ne soit pas déficitaire et qu’on ne soit pas vampirisés par les sponsors. C’est primordial pour nous. Quand on organise ce genre d’événement, à chaque édition on repart de zéro et c’est un an de boulot. Tout ça a un coût. »

Du coup, s’il y aura bien un Hors série 2, aucune date n’est avancée par Surprize. « On a déjà des pistes pour la prochaine édition mais on y va pas à pas, on ne se met pas de contraintes en termes de fréquence parce qu’on veut pouvoir faire les choses bien et garder notre liberté, notre ligne artistique aussi. On aime bien surprendre les gens mais on ne cherche pas la surenchère dans l’atypique. On prend beaucoup de plaisir quand on doit faire preuve de créativité mais on ne s’interdit pas des lieux plus évidents. » Incroyable mais vrai, on peut aussi organiser des soirées musicales dans des lieux prévus à cet effet.