Six albums parus cet été qui méritent d’être redécouverts à la rentrée

BD Focus sur six récits publiés au plus mauvais moment de l’année…

Olivier Mimran

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Patchwork de couvertures BD
Patchwork de couvertures BD — © Auteurs cités 2016

Parmi plus de 5.000 BD (franco-belge, manga et comic confondus) publiées chaque année, seules quelques dizaines le sont de mi-juillet à fin août. Normal : comme les lecteurs, les éditeurs et leur personnel prennent aussi des vacances !
Le problème, c’est que les quelques albums proposés durant la trêve estivale risquent de ne jamais trouver leur public (l’incessant turnover imposé aux libraires ne leur offrant aucune chance de « survivre » à la rentrée littéraire). C’est très dommage pour un petit nombre d’entre eux, suffisamment méritoires pour que 20 minutes vous en propose une sélection.

1- Le plus nostalgique : Coquelicots d’Irak

En couple à la ville et en BD (lui écrit et dessine, elle met en couleur), Lewis Trondheim et Brigitte Findakly modifient leurs habitudes puisque pour Coquelicots d’Irak, madame troque ses nuanciers pour une machine à écrire. Prépublié sur le site du journal Le Monde, son tout premier scénario dévoile son enfance, pour le moins agitée, à Mossoul (au nord de l’Irak), dans les années 1960/70… Ponctué de photos d’époque et illustré dans un style volontairement dépouillé, ce récit drôle et touchant – qui rappelle un peu le célèbre Arabe du futur de Riad Sattouf- revêt, en revenant sur le contexte géopolitique d’alors, une vraie valeur documentaire.

Brigitte Findakly & Lewis Trondheim - éditions L’Association, 19 euros

2- Le plus intello : Freud et l’hystérie

Malgré son titre un peu racoleur, cet excellent biopic embrasse l’ensemble des expériences menées par le jeune Sigmund Freud durant sa formation en neurologie. De ses études auprès de Charcot à la Salpêtrière à son intérêt pour les travaux de Breuer, de l’évocation du «  cas Anna O. » à son installation à Vienne, le romancier Richard Appignanesi nous révèle tout, avec force documentation et beaucoup d’inventivité, sur le père de la psychanalyse.

Richard Appignanesi & Oscar Zarate - éditions Actes Sud/L’an 2, 19,80 euros

3- Le plus rigolo : Léonard tome 47 « Master génie »

Est-il encore besoin de présenter le plus grand (et ancien) génie de la BD ? Léonard revient, toujours assisté de son fidèle disc… souffre-douleur Basile, dans un recueil de gags désormais écrits par Zidrou (l’infatigable Turk reste aux pinceaux, lui qui travaille sur la série depuis… 1975 !). Au menu de ce nouveau tome : concours gastronomique, visite scolaire qui tourne mal, sumos – en BD, on n’a pas peur des anachronismes — et ratages en tous genres. Du classique, quoi, mais pourquoi modifier une formule qui fonctionne ?

Turk & Zidrou - éditions Le Lombard, 10,60 euros

4- Le plus musclé : Batman - Le culte

Publié en 1988, cet arc mineur, dans lequel le Chevalier noir est victime d’une sorte de secte et ne doit son salut qu’à l’intervention du fidèle Robin, vaut surtout pour l’inespérée collaboration de créateurs légendaires. Au scénario : Jim Starlin, connu pour son travail sur Spiderman et le Surfer d’Argent, mais également pour avoir signé, en 1982, le mythique La mort de Captain Marvel (qui abordait pour la 1re fois le sujet du cancer). Et au dessin : Bernie Wrightson, génial illustrateur de la série Swamp Thing et « spécialiste » des adaptations graphiques de maîtres du roman fantastico-gothique tels H. P. Lovecraft, Mary Shelley ou Edgar Allan Poe. Vous avez dit « culte » ?

Jim Starlin & Bernie Wrightson - éditions Urban Comics, 19 euros

5- Le plus schizo : Talc de verre

Quelques mois après que son excellent Tungstène fut primé au festival d’Angoulême, le brésilien Marcello Quintanilha voit une autre de ses œuvres traduites en français. Et quelle œuvre ! Suspense psychologique mené de main de maître, Talc de verre décrit l’inexorable descente aux enfers d’une jeune femme pourtant comblée par la vie : dentiste reconnue, mariée à un cardiologue aussi brillant qu’aimant et mère de deux magnifiques enfants, Rosangela ne comprend pas pourquoi sa cousine, qui accumule les malheurs, affiche en toutes circonstances un sourire éclatant. Lorsque le questionnement se fait obsessionnel, Rosangela sombre… et nous avec elle.

Marcello Quintanilha - éditions Çà & Là, 18 euros

6- Le plus déprimant : La manufacture des belles enveloppes

Premier roman graphique du fondateur de Drawn & Quaterly (une prestigieuse maison d’édition canadienne qui publie des stars locales comme Chester Brown, Seth, Joe Matt ou Adrian Tomine), La manufacture des belles enveloppes raconte comment le patron d’une petite entreprise des années 1950 s’évertue à la sauver d’une faillite annoncée. Touchant car tragique, ce récit sans prétention a le mérite d’interroger sur la cruauté du temps qui passe, tant dans une perspective individuelle qu’à une échelle collective.

Chris Oliveros - éditions Delcourt, 15,50 euros