Tous les blockbusters de l'été sont ratés sauf...

CINEMA Sombre constat dans les salles obscures, les grosses productions américaines n'ont pas brillé par leur originalité. Heureusement, le salut est venu d'ailleurs...

Fabien Randanne, avec Vincent Julé

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«Jason Bourne», «Dernier train pour Busan» et «Suicide Squad».
«Jason Bourne», «Dernier train pour Busan» et «Suicide Squad». — Universal Pictures / ARP Sélection / Warner Bros. Entertainment Inc., Ratpac-Dune Entertainment LLC and Ratpac Entertainment, LLC

Douche froide pour les cinéphiles. Aucun des blockbusters américains n’a été à la hauteur des attentes suscitées. Si certains se sont allègrement plantés, d’autres ont trouvé leur public mais sans faire montre de réelle créativité. On passe en revue les principaux fails et, cadeau, on vous dévoile le vrai bon blockbuster de l’été…

  • Independence Day : Resurgence

1996. Toute une génération d’ados et de jeunes adultes en prend plein les yeux avec Independance Day. Ce film d’invasion extraterrestre orchestré par Roland Emmerich, avec un Will Smith flegmatique qui défouraille de l’alien sans se fatiguer, fait un carton. Le réalisateur gagne instantanément ses galons de destructeur en chef au sein d’Hollywood qui lui demandera ensuite à plusieurs reprises de mettre la planète à feu et à sang à grand renfort de monstres, de terroristes ou de catastrophes naturelles (Godzilla, Le Jour d’après, 2012, La chute de la Maison Blanche…). Dans Independence Day Resurgence, il laisse la tour Eiffel debout « pour rendre hommage au courage des Français » après les attentats de 2015, comme il l’a expliqué au JDD, alors que l’affiche la montre sévèrement amochée. Une incohérence à l’image du film qui cherche à prendre à rebours les attentes du public en y allant mollo sur les scènes de destruction mais sans parvenir à réellement faire preuve d’originalité par ailleurs. Cette suite se déroule en 2016, dans un monde ultra-technologique. Un parti-pris uchronique qui a sans doute déconcerté plus d’un spectateur espérant retrouver des émotions de jeunesse et non assister à une espèce de space-opera jamais convaincant (Avatar, Gravity et Interstellar sont passés par là). Résultat, là où Independence Day avait attiré plus de 5,6 millions de spectateurs en salle, sa suite dépasse à peine les 1.2 million un mois après sa sortie.

  • Suicide Squad

Après la déconvenue de Batman vs Superman au box office ce printemps, Warner misait beaucoup sur Suicide Squad pour apporter un peu de lustre à son univers cinématographique DC (autrement dit, de films adaptés de comics DC). Il a réalisé le meilleur démarrage de l’année pour un film de super-héros, soit 307.000 entrées le premier jour, mais le nombre d’entrées à chuté de 60 % en deuxième semaine, signe que le bouche à oreille ne fonctionne pas. Et pour cause, la campagne promo du film insistait sur le Joker incarné par Jared Leto, or, ce personnage n’est que très secondaire dans l’intrigue.

>> Lire aussi : « Suicide Squad», le film symptôme de la machine (infernale) hollywoodienne

Quant aux durs à cuir sensés composer cette « suicide squad », ils sont bien plus chamallows qu’annoncés. Un conformisme bien terne au regard du film mal élevé que beaucoup auraient souhaité voir.

  • Jason Bourne

Jason Bourne, héros de romans de Robert Ludlum, a révolutionné les films d’espionnage avec son héros torturé. Le James Bond qui investit les écrans depuis Casino Royale en a d’ailleurs pris de la graine, prouvant que lui aussi était capable de souffrir. La Mémoire dans la peau, sorti en 2002, a connu deux suites La Mort dans la peau (2004) et La Vengeance dans la peau (2007), contribuant à transformer Jason Bourne en marque. Mais l’échec de Jason Bourne : L’héritage, en 2012, avec Jeremy Renner, a prouvé que la marque seule ne suffisait pas à lui faire prendre le chemin des salles obscures. Voilà pourquoi Matt Damon rempile à nouveau cette année. Le quatrième chapitre a réussi le meilleur démarrage de la saga (608.000 entrées). La bonne opération financière se confirme, mais sur le plan créatif, il y a de quoi rester sur sa faim. L’intrigue en ligne claire ne suscite jamais le trouble des scénarios complexes des premiers volets et, en faisant allusion aux fantômes de l’affaire Snowden, arrive avec plusieurs années de retard. A l’heure où le terrorisme alimente la psychose collective, la question de la protection des données personnelles a été reléguée au second plan des préoccupations. Jason Bourne ne révolutionne plus rien, il arrive après la bataille.

  • S.O.S. Fantômes

C’était couru d’avance. Haï comme jamais par certains, avant même que la moindre image ait filtré, simplement à cause de son casting féminin, ce reboot du culte S.O.S. Fantômes débarquait dans les salles françaises avec un boulet au pied. Les actrices issues de l’école Saturday Night Live, Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Leslie Jones et Kate McKinnon ont beau être excellentes, elles demeurent méconnues du grand public français. Idem pour le réalisateur, Paul Feig qui malgré ses précédentes comédies réussies (Mes meilleures amies, Spy…) n’est pas, lui non plus, suffisamment mainstream pour remplir les salles sur son nom. Résultat : 197.000 entrées en une semaine.

  • Le meilleur blockbuster de l’été est…

… coréen ! Dernier train pour Busan est sorti mercredi dernier et il est la parfaite antidote à cet été ciné terne comme jamais. Son pitch simplissime n’a rien à envier aux séries B américaines : Alors qu’un virus transforme les êtres vivants en zombies, les passagers d’un train tentent de repousser les morts-vivants qui sont à bord pour ne pas se faire contaminer à leur tour. Le réalisateur Sang-Ho Yeon le transforme en film à l’efficacité redoutable. Il y a de l’action, de l’émotion, du second degré, mais aussi de la poésie et une charge politique. Bref, un cocktail d’ingrédients qu’aucun film américain n’est parvenu à nous servir simultanément cet été. En Corée du Sud, le film est un phénomène : à peine trois semaines après sa sortie, il cumulait déjà 10 millions d’entrées. Un carton gigantesque pour un pays de 50 millions d’habitants.