Vos photos Instagram peuvent-elles cacher des signes de dépression?

RESEAUX SOCIAUX L’analyse de comptes Instagram pourrait permettre d’identifier des signes de dépression. Pour les auteurs de l’étude, les réseaux sociaux sont un outil prometteur de dépistage des maladies mentales... 

Annabelle Laurent

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L'application Instagram sur smartphone
L'application Instagram sur smartphone — Mark Lennihan/AP/SIPA

Vos photos Instagram en disent long sur vous. Malgré tous vos efforts pour masquer la réalité. Elles pourraient même indiquer jusqu’à votre état psychique, à en croire une étude [ PDF] menée par des chercheurs d’Harvard et de l’université du Vermont.

Les chercheurs ont soumis 43.950 photos publiées par 166 utilisateurs d’Instagram à l’analyse d’un algorithme qui a pu « correctement identifier, dans 70 % des cas, quels utilisateurs présentaient des syndromes de dépression, avec un nombre relativement faible de fausses alertes et de cas non diagnostiqués ».

Ce qu'examine l’intelligence artificielle ? « Les couleurs, les métadonnées, et une détection de visages ». « Les photos partagées par des individus souffrant de dépression avaient plus de chances d’être dans des tons bleus, gris, et sombres », indique l’abstract de l’étude.

Les filtres Inkwell et Valencia sur Instagram

L’usage des filtres a même été scruté. On apprend ainsi que le filtre Inkwell est le plus communément utilisé par les personnes souffrant de dépression, tandis que celles considérées comme en bonne santé choisiraient en majorité le filtre Valencia et des tons plus chauds…

L’étude montre par ailleurs que les personnes souffrant de dépression tendent à utiliser moins de filtres que les autres, et à partager plus de photos contenant des visages, mais avec un ratio plus faible de visages par photo…

Les différences d'usage, filtre par filtre...
Les différences d'usage, filtre par filtre... - arxiv.org

 

Les réseaux sociaux comme outils de dépistage? 

« Ces résultats annoncent de nouvelles pistes pour le diagnostic des maladies mentales », avancent les chercheurs, pour lesquels « les réseaux sociaux présentent une opportunité prometteuse de détection de troubles psychiatriques ». Le dépistage de la dépression est en effet un enjeu important, pour cette maladie dont on estime que près d’une personne sur cinq a souffert, ou souffrira au cours de sa vie, et qui répond à des critères très précis.

Cette étude focalisée sur Instagram rappelle les espoirs similaires de chercheurs de l’université de Northwestern qui présentaient l’an dernier Purple Robot, une application installée sur les téléphones de 28 participants et qui cherchait à détecter des symptômes de dépression en utilisant les données collectées par le GPS (localisation et déplacements effectués par l’utilisateur) ou par l’écran (fréquence d’utilisation du téléphone). Les chercheurs disaient pouvoir identifier 87 % des participants ayant des symptômes dépressifs : des résultats qu’avait relativisé – sur Rue 89 - un épidémiologiste, rappelant qu’il s’agissait bien plus de « valider la possibilité de corréler les données issues d’un smartphone avec des symptômes dépressifs » que de proposer un outil de dépistage de poche. ll mentionnait par ailleurs que près d'une centaine d'essais cliniques étaient en train de s'appuyer sur nos smartphones comme outils d'étude.