#SecretsDeBières: L’IPA, la bière qui a le mérite de remettre le houblon au goût amer du jour

REPORTAGE Portée par la mode des bières IPA, la culture du houblon redémarre dans le nord de la France et en Belgique…

Vincent Vantighem

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C'est le houblon qui produit l'amertume de la bière.
C'est le houblon qui produit l'amertume de la bière. — ARDEA/MARY EVANS/SIPA

De notre envoyé spécial à Poperinge (Belgique) et Bailleul (France),

IPA. Dans les rayons des supermarchés. A la carte des bistrots… Il n’y a pas une bière qui n’affiche pas ces trois petites lettres magiques. Comme un cocktail à la mode* qui succéderait au rosé pamplemousse, au Spritz et au russe blanc du Big Lebowski. Et pourtant, les bières IPA au goût prononcé de houblon ne datent pas d’hier mais du XVIIIe siècle. A l’époque, les Britanniques souhaitent approvisionner leurs troupes qui sont stationnées en Inde. Pour éviter que la mousse ne moisisse lors des longs trajets en bateau, un brasseur anglais a l’idée d’ajouter à ses tonneaux un peu de houblon car il possède des vertus conservatrices. L’India Pale Ale est née ainsi.

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Effet de mode ou pas, l’IPA a au moins eu le mérite de remettre le houblon au goût amer du jour. Envoyé par 20 Minutes en Belgique pour découvrir les secrets d’une bonne bière, je ne pouvais passer à côté de ce petit cône vert aux vertus aromatiques. Direction Poperinge et son musée du houblon. Peter Cleenewerck, notre guide, nous accueille sur le trottoir. « Par le passé, quand vous preniez la route pour aller à la mer depuis Poperinge, vous ne longiez que des houblonnières », lâche-t-il en préambule.

Je tourne la tête instinctivement avant de me souvenir que la plage n’est pas au bout de la rue pavée mais bien à plus de trente kilomètres. Que s’est-il passé ? Les fermiers se sont diversifiés et ont délaissé cette plante qui, une fois en terre, a encore besoin de trois années avant de produire les cônes si précieux. Les Etats-Unis, les pays de l’Europe de l’Est, l’Australie et même la Nouvelle-Zélande ont pris le relais. Aujourd’hui, le houblon ne couvre plus que 150 hectares de cultures belges.

Le brasseur qui cultive son houblon raconte une jolie histoire

Insuffisant pour approvisionner les gros brasseurs du cru. Mais assez pour réaliser un coup marketing. A la sortie de Poperinge, le long d’une route poussiéreuse, Joris Cambie affiche fièrement le label « Belgian Hops » (houblons belges) sur les murs de sa brasserie. La plante grimpante qu’il plonge dans ses cuves provient du champ situé juste derrière l’entrepôt et que sa famille bichonne depuis cinq générations.

Pour Joris, dans le houblon, tout est bon !
Pour Joris, dans le houblon, tout est bon ! - V.VANTIGHEM

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« Il faut être fou pour se lancer dans la production de bières en Belgique. Il y en a tellement, analyse-t-il. Mais si vous avez une jolie histoire à raconter, cela peut marcher. Et j’ai trouvé que l’histoire du brasseur qui cultive son propre houblon était sympa… » Le club du troisième âge qui, au même moment, descend du bus devant la brasserie valide sa théorie. Pas un membre ne repartira sans sa bouteille de Keikoppenbier au goût fleuri qui fait tant fureur en ce moment.

Cette année, Thierry ne peut satisfaire toutes les demandes

De l’autre côté de la frontière, Thierry Beck va, lui, jusqu’à offrir la choppe de bière – avec son contenu bien sûr – à qui visite sa ferme. « « A l’origine, nous faisions découvrir nos houblonnières aux classes vertes dans un but pédagogique, raconte ce brasseur de Bailleul (Nord) après m’avoir invité dans son bar artisanal. Et puis, on s’est dit qu’il fallait compléter la visite pour les adultes par une petite brasserie… »

Thierry Beck en plein brassage.
Thierry Beck en plein brassage. - V.VANTIGHEM

De ses petites cuves, il tire chaque année 9 à 10.000 litres d’une Hommelpap rafraîchissante. « On pourrait en brasser dix fois plus et on la vendrait ! », assure-t-il. Pas besoin. « Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai eu, cette année, plus de demandes de houblon de la part des brasseurs locaux que je ne pouvais en offrir… »

Musée du houblon. 71 Gasthuisstraat à Poperinge, Belgique – 0032 57 33 79 22

Brasserie de Plukker. 14 Elverdingseweg à Poperinge, Belgique – 0032 57 33 36 54

Brasserie Beck. Eeckelstraete à Bailleul, Nord – 03 28 49 03 90

*L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération. Plus d’infos sur alcool-info-service.fr