#SecretsDeBières: On a tenté de s’infiltrer dans l’abbaye qui brasse la meilleure bière au monde

REPORTAGE La Trappist Westvleteren 12 a été élue «meilleure bière au monde» cinq fois depuis 2005…

Vincent Vantighem

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La Trappist Wesvleteren 12 est considérée comme l'une des meilleures bières au monde.
La Trappist Wesvleteren 12 est considérée comme l'une des meilleures bières au monde. — YVES LOGGHE/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Vleteren (Belgique),

L’eau n’était pas bonne. Il a bien fallu brasser de la bière. En prenant cette décision sanitaire, les moines cisterciens de Vleteren (Belgique) ne pensaient pas que leur breuvage serait élu, quelques siècles plus tard, « meilleure bière au monde ». Envoyé en Belgique par 20 Minutes dans le but de découvrir les secrets de la bonne bière, c’est naturellement par cette abbaye située à l’est de Poperinge, en Flandre-Occidentale, que j’ai débuté ma mission.

>> Mousse: «20 Minutes» envoie un reporter enquêter sur la bière en Belgique

Une mission, oui ! Trouver la recette de la Trappist Westvleteren 12 – c’est le nom de cette bière – relève plus du chemin de croix que du pèlerinage. Imaginez des moines qui brassent depuis des décennies dans le simple but de subvenir à leurs besoins. Jusqu’à ce jour de 2005 où le site américain ratebeer.com leur décerne le prix de la « meilleure bière au monde ». Dès le lendemain, les Anglais débarquent en camping-car. Les Russes et les Chinois font exploser le standard téléphonique du secteur. Tous veulent se procurer cette brune corsée au goût de malt caramélisé et qui titre 10,2° d’alcool*.

Ne sachant plus à quel saint se vouer pour retrouver un peu de tranquillité, les moines édictent rapidement de nouvelles règles. Pour acheter la divine mousse, il faut désormais réserver par téléphone, laisser son numéro d’immatriculation et se rendre en voiture devant l’abbaye le jour fixé. Deux caisses de 24 bouteilles par voiture. Deux fois par an. Vous pensez bien que j’ai essayé – mes collègues peuvent en témoigner. Mais les voies du Seigneur étant impénétrables, mes dizaines de coups de fil n’ont abouti qu’à une tonalité qui semble occupée pour les siècles des siècles.

Vous parlez flamand ?
Vous parlez flamand ? - ABBAYE SAINT SIXTUS

« Nous brassons pour vivre. Nous ne vivons pas pour brasser »

C’est donc sans rendez-vous et armé de ma seule foi que je me lance à l’assaut de l’épais mur d’enceinte de l’abbaye Saint-Sixtus, en ce mois de juillet. Les cisterciens ont fait vœu de silence. Mais la politesse les oblige à répondre à ceux qui les accostent. A peine sorti de la voiture, j’aperçois justement un homme en robe de bure et à la barbe broussailleuse.

L’habit ne fait pas le moine. Mais c’en est un. « Cherchez le Royaume de Dieu et le reste vous sera offert en surcroît… », lâche-t-il d’emblée. Mais encore ? « Nous brassons pour vivre. Nous ne vivons pas pour brasser. » L’ecclésiastique est coriace. Il ne veut pas donner son nom. Et renvoie vers le Père Godefroy, le seul à être chargé des publics relations. « Mais il ne sera là que demain… »

Les moines n'ont pas l'habitude de faire le mur...
Les moines n'ont pas l'habitude de faire le mur... - V. VANTIGHEM

Que faire en attendant ? Profiter de la messe de 18h pour s’infiltrer dans l’abbaye ? Ou se rendre à l’estaminet attenant qui appartient aux moines et, par conséquent, est le seul au monde à pouvoir servir la fameuse bière ? La chaleur aidant, je choisis la deuxième option. Je trempe enfin mes lèvres dans cette mousse onctueuse. Ma première gorgée de bière… Il faut le confesser : elle est exceptionnelle. Mais, est-ce le taux d’alcool ou la frénésie des serveurs en polo vert fluo qui instille le doute dans mon esprit ? Cette histoire est trop belle pour figurer dans un livre de catéchisme. Elle aurait plus sa place dans un manuel de marketing.

Les moines avaient donné la recette en 1946

Le lendemain, le père Godefroy en explique les principes en quatre phrases. « Heureusement, notre bière est bonne. Nous produisons peu. Nous ne faisons pas de publicité. Et nous ne voulons pas en parler… » Les moines ont donc changé de religion avec le temps. Le père Godefroy se garde ainsi bien de préciser que ses illustres prédécesseurs n’avaient, eux, pas hésité à donner la recette de cette bière à la brasserie voisine de Saint-Bernardus en 1946.

La Saint-Bernardus brune est similaire à la WestVleteren mais elle existe aussi en blonde.
La Saint-Bernardus brune est similaire à la WestVleteren mais elle existe aussi en blonde. - V.VANTIGHEM

Celle-ci existe toujours. Une dizaine de kilomètres à travers les champs de patates et me voici donc devant Ann Termote, la gérante actuelle de Saint-Bernardus, qui sourit. « Oui, nous brassons toujours selon cette recette. Les moines ont changé de levure depuis. Mais à part ça, les deux bières sont identiques. Elles sont comme pomme et poire [il doit s’agir d’une expression belge]. Je dirais même que la nôtre est un peu meilleure… »

Et contrairement à sa bière, il n’y a aucune amertume dans sa voix. « Tout le mythe autour de Westvleteren ne pose pas de problème. Les gens n’arrivent pas à se la procurer. Alors, ils viennent chez nous… C’est tout bénéfice pour tout le monde. »

Abbaye Saint-Sixtus de Vleteren : 00 32 70 21 00 45 (bon courage)

Brasserie Saint-Bernardus à Watou : 00 32 57 38 80 21

*L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération. Plus d’infos sur alcool-info-service.fr