De La Soul revient après une traversée du désert numérique

Musique Après douze ans d’absence, les vétérans du rap US sont de retour ce vendredi et cette fois on pourra les écouter en ligne…

François Oulac
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Maseo, Dave, and Posdnuos de De La Soul, à New York le 4 juin 2016.
Maseo, Dave, and Posdnuos de De La Soul, à New York le 4 juin 2016. — P.Cosores

Imaginez une seconde vous connecter sur Spotify, et découvrir que les Rolling Stones ou David Bowie en sont absents. Impensable, pour des artistes aussi iconiques ! Et pourtant, c’est exactement ce qui arrive à De La Soul, mythique trio du rap américain aux innombrables tubes (« Me, Myself & I », « All Good », « Feel Good Inc »…) introuvables sur la totalité des plateformes de streaming et d’achat numérique légal.

De La Soul a révolutionné la musique hip-hop en redéfinissant l’un de ses éléments essentiels : le sampling. Cette pratique consiste à prendre un échantillon de musique (« sample », en anglais) et à le retravailler pour se le réapproprier. Avec leur premier album 3 Feet High And Rising, sorti en 1989, Maseo, Posdnuos et Dave ont atteint une musicalité jusque-là inédite pour le genre, puisant partout, du rock à la pop en passant par le funk ou les extraits de films. Leur musique et leur imagerie positive influenceront des générations entières d’artistes comme Mos Def ou Kanye West.



Imbroglio judiciaire

Aujourd’hui, 3 Feet High And Rising et les albums qui ont suivi sont absents de la Toile pour cause de sample clearing, la démarche légale permettant d’obtenir la permission d’utiliser un sample, qui a bien changé depuis l’avènement d’Internet. « Au moment où on a signé nos premiers contrats, il n’existait pas de langage légal pour le numérique », raconte Dave. « Et il va falloir qu’on passe beaucoup de temps à discuter avec les éditeurs et les maisons propriétaires des masters, avant de pouvoir vendre notre musique sur Internet. Ils n’ont pas envie de dépenser l’argent nécessaire à débloquer ça. »

De La Soul est donc l’énième victime des imbroglios judiciaires autour du sampling. Ceux-ci sont légion encore aujourd’hui – Jay Z, Pharrell Williams et Kendrick Lamar, pour ne citer qu’eux, en ont fait les frais. En mai dernier, Justin Bieber et Skrillex étaient poursuivis pour l’usage d’un sample sur leur tube « Sorry ».

Un retour aux sources

Résultat : quelques-uns des plus albums les plus importants de l’histoire de la musique sont absents du plus grand magasin de disques du monde. « C’est décourageant de voir que des gens, qui sont censés promouvoir ton catalogue, ne le considèrent pas suffisamment important pour figurer sur ce support », déplore Maseo. « Les avocats, la police du sample… On pourrait dire qu’ils ont tout gâché, pour ceux qui n’ont pas l’intelligence d’évoluer. Mais quand tu vois un obstacle, tu dois être malin et le contourner. »

« Contourner l’obstacle » : c’est ce que De La Soul fait avec And The Anonymous Nobody, prévu pour le 26 août. Leur premier album officiel depuis Grind Date sorti en 2004. Un opus entièrement indé, enregistré à partir de jam sessions avec un groupe et financé par les fans via Kickstarter. Snoop Dogg, David Byrne, Little Dragon, Damon Albarn ou encore 2 Chainz ont répondu à l’appel.



Pas de sample clearing, pas de maison de disques, pas d’intermédiaire pour la communication… La liberté, enfin. Presque comme au bon vieux temps, où les trois amis créaient des classiques intemporels en toute naïveté. « Quand on a fait 3 Feet High And Rising, on ne connaissait rien aux règles de la musique. On était juste des fans de hip-hop, heureux d’être en studio », se remémore Posdnuos. « C’est un peu la même chose avec cet album : comme on n’avait jamais travaillé avec un live band, on apprend constamment des nouvelles choses. » Une énergie retrouvée pour un disque qui, lui, sera disponible partout.