Comment les artistes et les festivaliers ont continué à faire la fête après l’attentat de Nice

FRATERNITE Témoignage d'artistes et de public recueillis dans quelques uns des nombreux festivals organisés au moment où survenait l’attentat de Nice, le 14 juillet 2016…

Benjamin Chapon
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Le public des Francofolies de La Rochelle le 13 juillet 2016
Le public des Francofolies de La Rochelle le 13 juillet 2016 — SADAKA EDMOND/SIPA

Francofolies, Vieilles Charrues, festival de Carcassonne, Big Festival, Peacock Society, festival de Saintes, Pete the Monkey… Pendant que Nice était frappée par un attentat meurtrier, des centaines de milliers de personnes assistaient, ou allaient assister à un festival de musique. Le long week-end était le point culminant de la saison des festivals de musique, sans compter, celui d’Avignon qui bat son plein.

Partez en festival avec deux journalistes de 20 Minutes... On s'ocuppe de tout.

Naturellement, beaucoup, dont les médias, dont 20 Minutes, attendaient la réaction des artistes eux-mêmes. Comme peu ont osé se prononcer sur scène, on a cherché à recueillir leur sentiment.

La réponse, polie mais ferme, de l’attachée de presse d’un jeune groupe programmé aux Francofolies est éloquente : « Tu vas leur demander quoi ? S’ils sont choqués ? Et ils vont répondre quoi ? « Oui, on est choqués ». Au mieux, ils te disent des banalités, comme tout le monde, au pire ils disent une connerie. C’est un moment important de leur carrière. Tu ne voulais pas les interviewer pour parler de leur musique et là, tu me les demandes pour parler d’un attentat. Désolé, mais c’est non. »

Les artistes muets

Parler mais pour dire quoi ? Les organisateurs de festival, comme aux Francofolies et aux Vieilles Charrues, peuvent communiquer sur les mesures de sécurité exceptionnelles, même si celles-ci étaient déjà considérées « à leur maximum » avant même l’attentat du 14 juillet. Les artistes, eux, sont impuissants. Hyphen Hyphen, groupe niçois naturellement très touché par les meurtres, a rendu hommage aux victimes en les faisant applaudir par le public des Vieilles Charrues dans un « jumping » qui a fait le tour des médias par la suite.

Aux Francofolies, Bernard Lavilliers,habitué des prises de parole et de position, suffisamment à l’aise devant un public qu’il connaît bien, est également parvenu à prononcer quelques mots avant d’appeler le public des Francofolies, dans l’intime salle de la Coursive, à une minute de silence. Dans le public, Yanis, professeur de Français venu avec certains de ses élèves, a trouvé ce moment « très beau » et comprend que certains artistes s’abstiennent : « C’est très bien de faire juste une petite pause dans le spectacle. Un instant de silence qui mette en perspective la musique pour ce qu’elle est, une victoire de la beauté sur le néant. »

Sur scène aux Vieilles Charrues au moment du drame, les Insus clôturaient les Francofolies dimanche soir. Leur hommage aux victimes a été discret mais poignant. De même que la minute de silence, suivie d’une « minute de bruit » observée le samedi soir avant le concert de Jain.

Le public silencieux

Unanimement, le public des Francofolies ne semblait rien attendre d’autres des artistes qu’un instant de recueillement. « Un artiste, il est là pour nous donner de belles émotions mais aussi pour nous aider à affronter nos souffrances, nos peines, explique Justine, 16 ans, venue de Nantes pour voirle concert de Miossec aux Francofolies. Moi, j’attends des artistes que j’aime qu’ils me parlent aussi de chagrins, de douleurs… Mais pas comme ça, à chaud. Il a fait son album après les attentats de Charlie Hebdo, il a pris le temps de trouver les mots. »

D’ailleurs, les festivaliers eux-mêmes ne trouvaient pas les mots pour exprimer leur envie, ou leur besoin, de faire la fête malgré tout. Samedi soir, à l’entrée de la grande scène du festival de La Rochelle, deux caméras traînaient et hélaient le chaland à la recherche de la réaction standard « oui, c’est bien triste et ça fait peur mais on ne peut pas s’empêcher de vivre et s’amuser parce que ça voudrait dire que les terroristes ont gagné. »

Marine et Joëlle ont refusé poliment l’épreuve médiatique télévisuelle. La presse écrite, ok : « On est soulagés qu’il y ait la minute de silence ce soir, pour essayer de rassembler notre chagrin sur cette minute-là pour pouvoir profiter des concerts et de la vie toutes les autres minutes. C’est illusoire de penser que ça marche comme ça mais on va faire semblant, sinon c’est vraiment insupportable. »