Japan Expo 2016: Les plaisirs de la chair et de la bonne chère boostent le manga et le cinéma

FOOD La nourriture et le sexe ont toujours entretenu des liens étroits dans la pop culture japonaise…

Stéphane Leblanc

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Bataille de ramen entre Naruto et Kyuubi
Bataille de ramen entre Naruto et Kyuubi — TsaoShin Fan Art

Il n’y a pas qu’à la Japan expo qu’on se délecte de nouilles en faisant de grands slurp. Dans les livres et sur les écrans japonais aussi. Et dans la vie également, « la sensation que procurent les aliments qui glissent au fond de la gorge est importante pour les Japonais, souligne Yukié Uno, cuisinière et œnologue qui organise des ateliers de dégustation à la Maison de la culture du Japon. C’est pour cela qu’ils aiment la bière légère : pour en boire plus de gorgées. »

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Des films cultes aux mangas populaires, la pop culture nippone a toujours entretenu des liens étroits avec les plaisirs de la chair et de la bonne chère… « Manger, c’est comme le désir, confirme Yukié Uno. La nourriture est un symbole de vitalité et, dans la sphère privée, c’est lié à la sexualité : on mange, on couche. » Ce pourrait être simple, c’est évidemment plus subtil. « Dans les films d’Ozu, reprend Yukié, on voit des Japonaises, par pudeur, éviter à tout prix d’évoquer leurs sentiments ou dissimuler leur bouche de la main, lorsqu’elles mâchent des aliments ou qu’elles rient. » Question de politesse…

Les huîtres de « Tampopo »

Plus explicites, sur ces thématiques, on ne passera pas à côté des films suivants :

L’Empire des sens d’Oshima (1976) avec ses sushis, œufs et champignons shiitaké qui font partie intégrante des ébats des deux partenaires.

- De l’eau tiède sur un pont rouge d’Imamura (2001) où deux amants se délectent de fromages avec des glaçons avant de faire l’amour. « Le fromage, c’est gras et ça réchauffe le palais ; le froid de l’eau apporte un contraste à l’image de leur relation : saisissante », insiste la cuisinière et œnologue qui a consacré tout un atelier de dégustation au film.


-Tampopo de Juzu Itami (1985) :  un film qui mêle cuisine et sexualité dans des scènes rivalisant d’audace et de sensualité. Qu’il s’agisse de manger des huîtres…


Des crevettes (mais on ne vous les montre pas car YouTube déconseille la scène aux moins de 18 ans)… Des œufs (pas interdits, mais limite)…


Ou simplement d’apprendre à caresser le porc réduit en tranches avec ses baguettes et le mettre de côté avant de déguster un bol de ramen, ces nouilles d’origine chinoise accompagnées de bouillon…

La fibre comique de « One Piece » et « Naruto »

On le voit dans cette dernière scène, il n’y a pas que la sexualité dans la vie : l’humour a toute son importance dans la pop culture japonaise et ce ne sont pas Luffy, le pirate de One Piece ( d’où a été tiré un livre de recettes), ou Naruto, héros du manga éponyme, qui diront le contraire.

Le premier, qui tient ses pouvoirs d’un des fruits du démon, le fruit du Gum Gum, est aussi un gros mangeur prêt à se faire exploser la panse dès que l’occasion se présente.

Le second « mange tout le temps des ramens, insiste Christel Hoolans, directrice éditoriale de Kana Editions, au point que c’est devenu un running gag ».

Le nom même de Naruto vient du narutomaki, cette quenelle de poisson en spirale qui fait plus que décorer un plat de ramen : elle lui donne son âme.

Et la tendresse dans tout ça ?

On a vu le sexe et l’humour, restent les sentiments. Comme ceux des quatre sœurs qui se retrouvent autour de souvenirs communs après la mort de leur père dans Kamakura Diary (Kana), manga à succès qui a donné une très belle adaptation au ciné, Notre petite sœur (qui vient de sortir en DVD chez Le Pacte).

« Kore-eda a majoritairement axé son film sur les souvenirs culinaires, mais l’évocation de ces madeleines de Proust n’arrive qu’au quatrième tome de la série », nuance Christel Hoolans. Dans la même veine affective, on citera le dernier film de Naomi Kawase, Délices de Tokyo (photo ci-dessous, sorti également récemment en DVD chez Blaq Out).

An, de Naomi Kawase sur un vendeur de dorayaki, les crèpes fourrées japonaises
An, de Naomi Kawase sur un vendeur de dorayaki, les crèpes fourrées japonaises - AN FILM PARTNERS – COMME DES CINEMAS – TWENTY TWENTY VISION - ZDF

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« Je pense qu’une recette de cuisine peut changer une vie, confiait l’an dernier à 20Minutes Naomi Kawase, bien consciente que son histoire de dorayaki (pancakes fourrés) est avant tout « l’accroche qui rend le film abordable » pour évoquer un sujet plus grave : la discrimination, en tant qu’ancienne lépreuse, dont est victime son héroïne. « J’adore manger, reprend-elle. Cela apaise l’esprit et me rend heureux. Je crois aussi qu’en mangeant bien, personne ne peut être en colère. »

La nourriture crée du lien entre les vivants

« Dans Notre petite sœur, la mort est omniprésente, mais je voulais l’évoquer d’une manière apaisée, renchérit Hirokazu Kore-eda. Pour ce faire, la nourriture est idéale parce qu’elle permet de créer du lien entre les vivants. » Maquereaux frits, bol de nouilles avec du poisson frais, fruits de mer mijotés… « Ces scènes remplacent les flash-back pour montrer comment les sentiments à l’égard des personnes disparues touchent chacun des personnages », souligne Kore-eda. Avec les volutes de chacun des plats, ce sont des souvenirs qui resurgissent. Et que l’on partage de nouveau, de la façon la plus délicate qu’il soit.

Encore une sortie récente, plus sexy cette fois : l’amusant manga Magical pâtissière, spin-off de Nisekoi édité en France par Kazé et dans lequel Kosaki se dévoile « plus qu’à l’accoutumée », prévient le mangaka Taishi Tsutsui. Dans le premier tome, sorti en mai, la jeune fille compte sur ses dons de pâtissière pour séduire un de ses camarades de classe… L’auteur joue sur les codes mi-sentimentaux, mi-fantastique, et c’est plutôt réussi.