Japan Expo 2016: La France, l'autre pays des mangakas

MANGA Invitées de Japan Expo 2016, VanRah et Linco sont deux dessinatrices de mangas, l'une Française l'autre Japonaise, et deux représentantes de la «French Touch»...

Vincent Julé

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«Ayakashi» et «Chroniques de Lapicyan», deux exemples de la French Touch dans le manga
«Ayakashi» et «Chroniques de Lapicyan», deux exemples de la French Touch dans le manga — Glénat

Pour sa 17ème édition, dès ce jeudi et jusqu’à dimanche, le festival Japan Expo a décidé de mettre un coup de projecteur sur la « French Touch », une appellation pour désigner cette génération de créateurs français passionnée de culture nippone. Ils sont animateurs, designers, dessinateurs, auteurs, travaillent en France ou au Japon, et sont à l’honneur d’exposition, conférence, rencontres, dédicaces. Parmi ces invités, deux femmes, deux mangakas, qui connaissent un parcours inverse mais complémentaire et symbolique : VanRah, la Française, et Linco, la Japonaise, sortent toutes deux un manga inédit chez Glénat. 20 Minutes leur a donné la parole.

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«Ayakashi», un manga de la Française VanRah
«Ayakashi», un manga de la Française VanRah - Glénat

VanRah, une dessinatrice française fan du Japon

A 30 ans, VanRah est une auteure atypique, non seulement parce que son style oscille entre le comics et le manga, mais également parce qu’elle a deux métiers : ostéopathe pour enfants le matin, dessinatrice de BD l’après-midi. Après s’être taillée une réputation en ligne, et à l’international, elle édite son premier manga, Stray Dog, en 2015, suivi aujourd’hui par Ayashi - Légendes des 5 royaumes, une épopée fantastique dans un Japon à la fois historique et mythologique.

« Après une formation d’encreuse de comics et des années à bosser sur ce format, je l’ai logiquement repris pour mes oeuvres personnelles. Mais très vite, le comics ne tablait pas avec le rendu que je voulais, car il s’agit d’une BD, comme la franco-belge, très statique. Je cherchais à ce que le lecteur soit pris dans l’histoire et l’action, comme s’il regardait un film avec des gros plans, des changements de cadrage… Seul le manga permet un tel dynamisme du récit, avec une pagination de 160 pages minimum et une mise en page au service de ce que l’auteur veut faire passer comme message, émotion ou action. La liberté est quasi totale, tu peux faire fondre les cases les unes dans les autres pour exprimer la confusion des personnages, ou les éclater pour accentuer les combats. Je ne me vois pas, aujourd’hui, dessiner sur un autre support que le manga.

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Pour autant, ce n’est pas parce que je dessine des mangas que mon objectif absolu est d’être publié un jour au Japon. Je crée des histoires pour qu’elles soient lues par le plus grand nombre, et ce serait aussi gratifiant de voir l’une de mes séries éditées dans un pays européen que de le trouver dans une libraire japonaise. Après, avec la qualité et la quantité de mangas publiés là-bas, ce serait quand même une grande victoire, au même titre qu’un acteur français rêve de tourner à Hollywood.

Mais en France, si on lit du manga, on n’en dessine pas. Les formations actuelles sont très ancrées dans le style franco-belge. Ainsi, le comics ou le manga ne sont pas pris au sérieux, et même parfois pas considérés comme étant de la vraie BD. Si quelques écoles de manga émergent en France, l’enseignement est donné par des professionnels de la BD classique passionnés et passionnants, mais malheureusement pas par de vrais mangakas. Le résultat reste du "style manga", et non du vrai manga ».

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«Les Chroniques de Lapicyan», un manga de la Japonaise Linco
«Les Chroniques de Lapicyan», un manga de la Japonaise Linco - Glénat

Linco, une mangaka japonaise en France

Après Gagaster et Crueler than dead, Glénat édite une nouvelle série créée en collaboration directe avec un auteur japonais. Une pratique qui permet de faire découvrir de nouveaux talents, à l’instar de la jeune mangaka Linco dont Les Chroniques de Lapicyan est la première oeuvre. Une oeuvre fantasy au dessin soigné et à l’esprit enlevé.

« Je travaillais pour devenir pro au Japon, en créant des nouvelles pour des magazines précis. Mais j’ai dû faire une pause à cause de soucis dans ma vie privée. C’est là que Glénat m’a contacté et demandé si j’avais des idées de séries. Bien sûr que j’en avais.

La France, je la connaissais un peu, mais je l’aimais beaucoup. J’y avais fait un voyage et visité des musées lors de mes études d’architecte d’intérieur. Avec Lapicyan, l’idée était moins de m’adapter aux lecteurs français que les surprendre et leur proposer des choses avec lesquelles ils sont moins familiers. Par exemple, le dragon est en Occident une créature démoniaque ailée, associée au feu, alors que son image en Asie, que j’ai reprise pour Lapicyan, est plus folklorique, bienveillante, et pour le coup associé à l’eau.

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S’il a été créé à destination première des Français, Les Chroniques de Lapicyan a été écrit et dessiné en japonais, donc j’espère qu’il sortira un jour en "version originale". Mais il est plus difficile de produire au Japon et je ne veux pas me forcer à coller à la ligne éditoriale d’un magazine, mon envie prime avant tout. Reste que certains éditeurs ont assoupli leurs règles, donc si l’un me laisse assez de liberté créative, pourquoi pas. »