La youtubeuse Adèle a commencé à poster ses vidéos à l'âge de 12 ans et demi.
La youtubeuse Adèle a commencé à poster ses vidéos à l'âge de 12 ans et demi. — Capture d'écran Youtube/Adèle ta chérie d'amour

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Qu’est-ce qui fait rêver les ados youtubeurs?

Ils ont entre 12 et 17 ans et passent des heures à travailler leurs vidéos…

A l’heure où leurs potes passent leurs fins d’après-midi à sortir, faire du sport ou mater Youtube, eux peaufinent leur dernière vidéo et répondent aux commentaires de leur « communauté ». Mais qu’est ce qui motive ces ados à consacrer autant de temps à leur chaîne Youtube ?

Ils s’appellent Adèle, Paola, Zoé, Pauline, Hugo, Chloé, ou  Sullivan. Derrière les 3 minutes de sketches « à la Norman » ou les sessions de gaming, ces youtubeurs à peine sortis de l’enfance passent des heures à travailler leurs textes, répéter, tourner et monter.

« Je peux refaire mes vidéos plein de fois quand je me trouve moche ou insupportable », confie Paola, alias Paola lct, 85.000 abonnés. « C’est un peu chiant de se revoir cent fois mais c’est comme un travail. Les gens qui dansent ou qui font des chorégraphies doivent faire la même chose. »

Sur sa chaîne, qu’elle a « vraiment ouverte sérieusement » en janvier dernier, Paola, 12 ans, poste en moyenne une vidéo toutes les deux semaines. « J’ai aussi commencé des partenariats avec des marques de vêtements chinoises. Mais ça c’est mon père qui s’en occupe », précise la youtubeuse, qui passera l’année prochaine en classe de 4ème.

Youtube, la liberté d’exprimer ce que l’on veut

« J’adore Youtube. On est vraiment libre, pas comme à la têlé », confesse Adèle, vlogeuse de 14 ans, plus connue sous le pseudo d’Adèle ta chérie d’amour. « Quand j’ai commencé, c’était un super moyen de m’exprimer. Je rentrais dans l’adolescence. C’était une bonne façon de me faire remarquer », ajoute-t-elle, précisant avoir toujours été « la petite rigolote » de la bande.

Pour la sociologue Laurence Allard, « Youtube s’est peu à peu imposé comme la nouvelle télévision de cette génération ». Une télévision du XXIème siècle où chacun peut participer ou échanger sur du contenu. « Avant, qui pouvait accéder à l’expression ? Youtube est une révolution dans l’histoire des médias et plus généralement dans l’histoire sociale », renchérit la chercheuse.

Ces « youtubeurs 2ème génération » entretiennent d’ailleurs une relation fusionnelle avec la plateforme vidéo. « Youtube, c’est une passion », raconte ainsi Pauline (alias popi Games), qui commente des jeux vidéos en live depuis ses 13 ans. « J’arrive à mieux parler, à mieux m’exprimer sur Youtube. »

Faire de sa vie « un objet esthétique »

« J’adore partager mes vidéos avec les gens. Savoir que ce que je fais peut leur apporter quelque chose », explique naturellement Paola, 12 ans, déjà rompue à l’exercice des interviews. Pour elle, faire des vidéos et passer des heures sur un logiciel de montage n’est pas un « effort ». « Les commentaires que me laissent les gens me donnent de la force pour faire mes vidéos », affirme la youtubeuse en herbe. « Les gens ont tendance à penser qu’on est seuls devant une caméra mais on est jamais seuls. »

Tous connaissent ainsi à l'unité près leur nombre d’abonnés et gèrent leurs commentaires comme des pros. « J’adore mes abonnés ! », tient à préciser Paola, qui dit faire la différence entre les commentaires « rageux » et « mignons ». « J’aime bien ma communauté. Elle est cool. C’est moi qui l’ai construite. Ca fait extrêmement plaisir », explique de son côté Adèle, qui devrait bientôt dépasser la barre des 250.000 fidèles. « J’essaye juste de ne pas faire attention aux commentaires négatifs. »

« Les commentaires, les likes, tout est scruté. Ce sont des signes que leur discours a été reçu », analyse Laurence Allard. Pour la sociologue, « cette idée d’être jugé » et de « faire de sa vie un petit objet esthétique » est l’un des principaux moteurs de ces adolescents. « Ils peuvent effacer un commentaire, une vidéo. Ils s’exposent mais ils peuvent contrôler cette exposition. »

Pour ces jeunes, la vie de youtubeur rime aussi avec rencontres et sollicitations (agences, partenariats, salons etc.). « J’ai connu beaucoup de youtubeurs, en convention par exemple. On se donne des rendez-vous. On essaye de garder contact », raconte Pauline. Pour Adèle, le quotidien est à Nantes, les projets à Paris. « Je suis super bien entourée. J’ai mes parents et mes amis à Nantes. Quand je suis à Paris, je retrouve mes amis youtubeurs. J’ai un peu l’impression d’avoir deux vies parfois ! » A 14 ans, la "vidéaste" est depuis peu devenue « conceptrice réalisatrice » au sein de l’agence Cougar.

Vivre de Youtube et gagner des millions ? Pas vraiment

Les destins à la Norman, Cyprien ou Squeezie ? Ils n’attirent pas forcément ces youtubeurs nouvelle génération, persuadés qu’ils « finiront par se lasser de faire des vidéos ». « J’aime bien jouer aux jeux vidéos mais je veux pas faire ma vie derrière en ordinateur », confesse Pauline, alias Popi Games. « Je n’ai pas envie de me forcer. Il faut voir comment ça évolue. Pour l’instant, je n’ai pas envie de m’arrêter », explique de son côté Adèle. « Je ne sais pas trop la définition d’un métier. En tout cas youtube regroupe plein de choses : vidéaste, réalisateur écrivain. »

A l’image de Paola, qui voudrait bien « faire de l’audiovisuel ou devenir médecin », beaucoup espèrent ainsi percer dans « la communication », « la comédie » ou « le cinéma ». Preuve qu’ils ont de la suite dans les idées.