Soyez sympa cet été en covoiturage: ça pourrait vous valoir un appart à la rentrée

E-REPUTATION Une start-up française propose d’importer dans son dossier de locataire des commentaires positifs reçus sur BlablaCar ou Airbnb. En Angleterre, une start-up évalue la fiabilité des locataires en inspectant mails et profils Facebook…

Annabelle Laurent

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Exemple de bon comportement à adopter lors d'un trajet BlablaCar (Carpool Karaoke de James Corden)
Exemple de bon comportement à adopter lors d'un trajet BlablaCar (Carpool Karaoke de James Corden) — Carpool Karaoke / James Corden

«Alphonse a laissé un appart ni-ckel. Le voyageur que tout hôte rêverait d’avoir!»: voilà le type de déclarations, qui, récoltées cet été à la suite d'un séjour en Airbnb à Lisbonne, Bonn ou Narbonne, pourraient vous aider à décrocher un appart en septembre.

C'est du moins ce qu'espère la start-up de location immobilière Locat'me, qui vient de lever un million d’euros avec la MAIF, et dont l'un des services nous a intrigués: la possibilité d’importer sur son «CV locatif» (dossier en ligne) des avis obtenus sur des sites collaboratifs comme Airbnb, donc, mais aussi Blablacar (covoiturage), Drivy (location de voiture entre particuliers), ou même eBay.

Exemple de CV locatif sur Locat'Me

In BlablaCar veritas

Le rapport avec la choucroute? «Blablacar, c’est de la voiture, mais ça traite de l’état d’esprit, estime le cofondateur de la start-up parisienne, Antoine Marck. Si un conducteur écrit d’un passager qu’il est très sympa et a payé rapidement, ça peut être un outil pour se démarquer. Même si sa fiche de paie n’est pas le triple du loyer comme demandé, ça donne envie d’aller vers la personne. Idem si un acheteur d’eBay dit d’un vendeur qu’il a envoyé un colis impeccable et dans les temps: ça montre qu’il est une personne consciencieuse».

L’entrepreneur en est convaincu: «Les sites collaboratifs reflètent souvent la vérité sur les personnes».

«La relation entre propriétaires et locataires s’est beaucoup dégradée, notre but est de redonner de la confiance», poursuit-il, affirmant qu’ «environ 42%» des utilisateurs de Locat’Me ont importé pour l’instant ce type d’avis afin de consolider leur dossier.

Tyrannie de la bonne note?

Un coup de pouce bienvenu, ou une étape de plus vers la tyrannie de la bonne note à laquelle peuvent donner lieu ces sites, avec la course généralisée aux profils 5 étoiles sur Uber, Drivy, Airbnb, etc…? «On n’importe pas les notes, seulement les commentaires, rectifie Antoine Marck. Et ceux qui ont de mauvais avis ne les mettront pas. Le but est simplement de ré-humaniser la relation»

La démarche rappelle en tout cas le poids écrasant de notre e-réputation, qui est certes mieux compris aujourd'hui - on ne recherche plus un job sans avoir purgé ses photos de soirée Facebook… n'est-ce pas? - mais se heurte à de nouveaux défis. Car encore faut-il que cette e-réputation reste sous notre contrôle... 

Mi-juin, la start-up britannique Score Assured provoquait un tollé en lançant un service terrifiant: un algorithme se proposant d’inspecter les profils sur les réseaux sociaux et d’en livrer les données à quiconque y trouverait de l’intérêt, à commencer par des propriétaires ou des recruteurs…

Au secours 

Vous cherchez un appart? Les propriétaires pourraient vous demander de leur livrer, via «Tenant Assured», l'accès à un outil qui scannerait le contenu de vos comptes Facebook, Twitter, Instagram, etc... que les messages soient publics et même privés… Même les mails sont scrutés, et attention à ne pas avoir mentionné vos «dettes» à votre ami Alphonse (encore lui), auquel cas votre «indice de fiabilité» pourrait plonger, comme ce fut le cas pour la journaliste du Washington Post ayant testé le service

Le pire? Tout est légal (en Angleterre, pas en France), car le scan ne se fait qu'avec l’autorisation du locataire candidat. «Si vous n'avez rien à cacher, vous n'avez rien à craindre», se défendait le cofondateur de Score Assured. 

Sur Locat’Me, personne n’ira vous fliquer: à vous de booster votre profil si vous avez la cote dès que vous mettez les pieds dans un Airbnb. Mais ne vous étonnez plus si le conducteur, sur votre prochain trajet BlablaCar, vous ouvre la portière / vous laisse choisir la radio / vous propose des bonbons Arlequin. Laissez-lui un mot doux, il décrochera son 3 pièces parquet-moulures grâce à vous. Ça fera un bon Airbnb à squatter.