La vague verte qui gronde sous le surf mondial

GLISSE Depuis toujours, ce sport proche de la nature génère quantité de déchets non recyclables...

Coralie Lemke

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Patagonia a lancé une combinaison fabriquée sans néoprène.
Patagonia a lancé une combinaison fabriquée sans néoprène. — Patagonia

« Les éléments naturels, c’est ce qui nous donne, à nous surfeurs, notre raison de vivre. Mais quand notre planche et notre combinaison sont en pétrole, ça n’a plus de sens. » Le constat de Léa Brasseur, surfeuse blogtrotteuse d’origine normande, est sans appel.

Sous des airs de sport « nature », les équipements nécessaires pour le surf n’ont rien d’écologique. Combinaisons en néoprène, planches en pétrole et wax en paraffine issue de pétrole brut sont partout dans les eaux. Et nécessitent une fabrication qui rejette beaucoup de déchets. Un marché mondial qui représentait 8,3 milliards d’euros en 2011 selon le rapport 2013 de l’European surf industry manufacturers association (EuroSIMA).

Mais des innovations voient le jour dans le monde du surf. Les grandes marques se mettent au vert, comme par exemple Patagonia. La firme californienne lance en août la première combinaison sans néoprène. Directement dérivé du pétrole, il n’est en plus pas recyclable. La mousse isolante fourrée entre les doublures se verra remplacée par du caoutchouc issu d’hévéas du Guatemala.

La première combinaison sans néoprène

« Nous avons établi un partenariat avec Yulex, dont le caoutchouc est 100 % végétal, certifié FSC, un label qui garantit la gestion durable des forêts », explique Gabe Davies, manager surf chez Patagonia Europe. La firme affirme réduire ses émissions de CO2 de 80 % par rapport à la fabrication traditionnelle de combinaisons. « Le prix, lui, augmentera de 10 à 20 %. »

Des combinaisons que teste Léa Brassy, ambassadrice de la marque. « J’aime surfer en Islande, quand l’eau est à deux degrés et qu’il faut marcher dans la neige pour atteindre les spots. Quand je porte une combinaison qui est propre, je me sens vraiment en harmonie avec la nature. » Et l’isolation dans tout ça ? Elle dit ne pas sentir la différence.

C’est là le cœur du problème : obtenir les mêmes performances sportives avec des produits aux composants différents. « On sait tous exactement ce qu’on aime et ce qui nous convient. C’est pour ça que c’est parfois difficile de changer », explique Léa Brassy.

5 kg de déchets en moins

Car les innovations existent en matière de planches également. 40.000 boards sont produites chaque année en Europe, toujours selon l’EuroSIMA. Elles sont traditionnellement fabriquées avec du polyuréthane, de la résine et de la fibre de verre. Trois éléments polluants dont Notox a décidé de ne pas se servir. Cette entreprise basque utilise du polystyrène recyclé, de la fibre de lin et de la résine semi-végétale.

« D’après nos calculs, une planche traditionnelle de trois kilos génère six kilos de déchets dangereux. La nôtre n’en produit que quatre, dont un kilo de déchets dangereux seulement », explique Pierre Pommiers, co-fondateur de la marque. « Ça choque quand on voit des alpinistes jeter des déchets en montagne. Eh bien ça devrait être la même chose pour le surf, qui pollue énormément. »

Peu à peu, chaque aspect de ce sport se trouve une voie plus verte. La wax, qui sert à rendre la planche moins glissante, troque la paraffine pour de la cire et de l’huile chez GreenFix. Même la crème solaire, abondamment utilisée lorsque les surfeurs passent des heures au soleil et qui pollue les fonds marins, s’est trouvée un équivalent responsable. Eq EVOA, une crème née à Biarritz, est certifiée Ecocert et possède une formule qui n’abîme pas les récifs coralliens.

« Il n’y a que comme ça qu’on peut être en harmonie avec les éléments »

« C’est facile de se laisser avoir par le marketing vert. C’est l’attitude complète des surfeurs qui doit changer : réparer sa board plus souvent, être soigneux, au lieu d’en acheter une nouvelle », souligne Léa Brassy. Et le comportement des sportifs évolue peu à peu, notamment grâce à la Surfrider Foundation, une association mondiale qui sensibilise à la pollution des océans mais aussi aux habitudes absurdes des sportifs.

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« A Bali, oui, il y a des spots difficiles d’accès. Mais ici, en France, pas besoin de prendre son gros 4x4 pour aller à la mer. Tout est accessible en transports. Il n’y a pas d’excuse », estime Eric Toulouse, responsable de l’antenne Pays-Basque de la Surfrider Foundation. Un petit geste qui ferait déjà beaucoup, puisque l’EuroSIMA estimait à 300.000 le nombre de surfeurs en France en 2012.

« Il n’y a que comme ça qu’on peut être en harmonie avec les éléments qui nous procurent du plaisir », tranche Léa Brassy. A condition d’en avoir les moyens, difficile pour les surfeurs lambda de ne pas se remettre en question.