Qu'avons-nous fait ? Les festivals cracra sont en voie d’extinction

MUSIQUE Toilettes sèches, bracelets cashless, food trucks locavores… La standardisation bobo des festivals risque de tuer les festivals à l’ancienne où l’on pouvait se déchirer la tête sans états d’âme…

Benjamin Chapon
— 
Pour trouver un festival à l'ancienne, bien dégueulasse, il faut désormais aller à l'étranger. Par exemple à Glastonbury.
Pour trouver un festival à l'ancienne, bien dégueulasse, il faut désormais aller à l'étranger. Par exemple à Glastonbury. — LNP/REX Shutterstock/SIPA

Le tout nouveau festival Rainforest, à Fontainebleau, propose, outre des concerts, des activités sportives et éco-responsables telles que du yoga, de la pétanque, du beach-volley… Le même week-end, le festival de La Douve Blanche, au château d’Egreville (77), associe programmation musicale pointue et gastronomie locavore. Le festival Terres du son, à Tours, prône le développement durable et l’économie sociale et solidaire avec des débats, ateliers et « temps d’échange » dans un « éco-village ». Le festival boycotte par ailleurs tous les produits Monsanto…

Il y a eu, évidemment, We Love Green, porte-étendard des festivals branchés. Mais finalement l’épidémie touche la plupart des festivals qui, dans un souci d’amélioration du service au festivalier, utilisent « un peu tous les mêmes ficelles », dixit Hedi Hassouna, directeur artistique du festival du Rock dans tous ses états.

Est-il encore possible d’aller, en voiture, dans un festival sans bouchons d’oreille, pour s’envoyer des bières dans des gobelets plastiques et des sandwichs raclette frites, et où les toilettes puent le détergent bon marché ? Se peut-il que dans ce festival il n’y ait pas de réveil des festivaliers avec des cours de yoga ni des tentes de sensibilisation aux pratiques écoresponsables ? Un festival payant (et qui ne fasse pas une opération « un billet acheté = un arbre planté »), où rien n’est prévu pour l’accueil des gosses, sans food truck locavore, sans bracelets cashless, sans terrain de pétanque…

20 Minutes a investigué, salement. Si on peut toujours compter sur les événements géants en Pologne, en Hongrie, ou même en Hollande, les festivals à l’ancienne, bien cracra semble avoir disparu de France. Les Eurockéennes sont devenues « un festival citoyen et engagé ». Même Glastonbury, plus gros festival européen, accueille désormais les familles, par exemple.

A l’ancienne

Nous avons établi huit critères pour définir ce qu’est « un festival bien cracra à l’ancienne » :

- Pas de toilettes sèches
- Pas de cashless
- Pas de food truck bio locavore
- Pas de cours de yoga, ni de foot à 5, ni de pétanque
- Pas de « solution éco responsable » pour le transport des festivaliers
- Pas d’espace d’accueil des enfants
- Pas de gratuité
- Pas de stand de prévention des risques auditifs

Marmande trahit notre mémoire

Garorock dit à ses festivaliers de « privilégier le covoiturage » et a mis en place le cashless. Mais à part ça, le festival marmandais semblait un sérieux candidat. Du moins dans notre souvenir. Hélas, depuis cette année, une « Chill zone » a été aménagée avec un barbier, un stand de tatouages éphémères et un autre où créer sa couronne de fleurs (soupir…) Pire, le camping accueille des cours de stretching matinaux…

Le bon mauvais élève

Le Main Square Festival, à Arras, avec sa réputation d’affreuse machine à fric fomentée par le géant américain Live Nation, pourrait jouer à fond la carte du mauvais élève. A part le cashless et « une offre gastronomique variée », on trouve assez peu de fautes de mauvais goût. Même l’onglet « Recyclage » su site Internet est « bientôt disponible. » Bon esprit. On apprécie aussi ses partenariats noués avec des marques de bière et de chips garanties 100 % sans hype. Arras, notre dad bod vous dit merci.

Beauregard vaut toujours mieux que le Macki

Autre événement du premier week-end de juillet,le festival de Beauregard avait tout du raout branchouille. Côté restauration, à part un insensé bar à huîtres et un stand vegan, on reste sur du classique avec le croq’baguette, les churros, les grillades… La caution locavore est réduite à quelques fromages normands. On ne peut pas ne pas aimer le Pont-L’Evêque et le Livarot n’est-ce pas ? On peut aussi leur pardonner la gratuité pour les moins de 12 ans ainsi que l’espace Kids, voisin de l’absurde bar à eau. Il y a aussi un espace chill out mais on reste loin, bien loin, du Macki Music Festival qui se déroule, aux mêmes dates, en banlieue parisienne, dans le parc de Carrières-sur-Seine. Le tout jeune festival promet « des activités loufoques et ludiques réunies au sein d’un village bucolique. » Au secours.

Bretons et cocos, nos gars sûrs

Les Vieilles Charrues ont toujours été une valeur sûre, un bon vieux festival bien craspec dont on revient sale, fatigué et heureux. Par exemple, les stands de bouffe annoncent : « Crêpes, tartiflette, paella, ribs mais aussi kebabs, gaufres, paninis… » Rien n’est prévu pour les enfants à part une entrée à demi-tarif et une disposition minimale : « Le point info sur le site recueillera les enfants égarés. » Pas de toilettes sèches non plus, tout juste les organisateurs recommandent-ils aux festivaliers masculins d’éviter « de se soulager sur les clôtures. » Level minimum de rabat-joïtude. Bravo.

Festival, manif, foot… Qui es-tu, toi qui agites à bout de bras ton drapeau breton ?

Qu’en est-il de la fête de l’Huma ? Si on peut s’y rendre en métro (là où les Vieilles Charrues recommandent la voiture), l’événement n’a quasiment rien mis en place en lien avec la préservation de l’environnement. Historiquement, on prend trouver à la fête de l’Huma d’immenses quantités de sandwichs pas du tout locavores et des bassines de cancoillotte qui pue. Miam. Il y a, en revanche, un espace Enfance et une palanquée de lieux de débats. Il y a même un espace dédié à la philo. Dommage.

>> On attend bien sûr vos recommandations de bon vieux festival cracra. Pour chaque bon plan fourni, l’auteur de cet article s’engage à payer son coup. Dans un verre non recyclé.