Pourquoi les pays récemment ouverts attirent-ils autant les touristes?

VACANCES Les plages colombiennes et la jungle birmane sont devenues des spots cotés pour les Français...

Aude Massiot

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La plage Khezr, sur l'île Hormoz en Iran, photographiée par Hamed Saber lors d'un de ses voyages dans le pays.
La plage Khezr, sur l'île Hormoz en Iran, photographiée par Hamed Saber lors d'un de ses voyages dans le pays. — HamedSaber/Flickr

Il y a quelques années, l’idée de partir en vacances à Bogota ou Téhéran vous faisait passer pour un fou. Aujourd’hui, l’Iran et la Colombie, comme la Birmanie ou le Guatemala, sont devenus des destinations touristiques prisées par les Français. Pourtant, certaines régions de ces pays sont toujours identifiées comme « formellement déconseillées » par le ministère des Affaires étrangères français.

A la recherche du dépaysement

« Ces pays attirent parce qu’ils sont sources de dépaysement et surtout sont des territoires quasiment inconnus des touristes », décrit Tom Hall, directeur éditorial à Lonely planet. Charlotte, chargée de développement dans une association culturelle, a vécu en Egypte, voyagé en Israël, Palestine et au Guatemala. Elle admet : « Plus je voyage dans des zones dangereuses, plus je relativise le danger. Je suis intéressée par les pays réputés dangereux, car j’aime voir l’envers du décor ». Elle vient justement d’acheter ses billets pour partir en vacances en Iran, l’an prochain.

La signature des accords sur le nucléaire iranien, en juillet 2015, a attiré une nouvelle vague de voyageurs dans le pays. Marjan Saboori, directrice de l’office du tourisme iranien à Paris, explique que : « Depuis l’an dernier, le nombre de voyageurs français a explosé. Pendant la saison haute, nous ne pouvons pas répondre à toutes les demandes, parce que les infrastructures n’ont pas les capacités pour accueillir tous ces touristes. »

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La sécurité, une préoccupation secondaire

Elle recommande, pour assurer sa sécurité, de bien se renseigner sur le pays avant, ou de voyager en circuit organisé. Au Routard, on estime qu’« il n’y a pas toutes les conditions de sécurité assurées pour réaliser un guide sur le pays », relate Gavin’s Clemente Ruiz du Routard.com. Maëlys n’est, pour autant, pas inquiète. Elle prévoit d’aller y séjourner au mois d’août avec son copain. « Tous les gens à qui j’en ai parlé m’ont dit que c’était sécurisé, assure l’étudiante en master 2 Peace studies à l’université Paris-Dauphine. On compte voyager en bus et rester dans les villes qui nous tentent. » Ce qui l’a motivée à choisir le territoire perse ? « Le dépaysement et l’ouverture récente du pays. »

La Colombie comporte encore des régions où il est recommandé de ne pas aller, selon les autorités françaises.
La Colombie comporte encore des régions où il est recommandé de ne pas aller, selon les autorités françaises. - Ministère des Affaires étrangères et du Développement international

Invoquant ces mêmes motifs, ces voyageurs sont souvent des indépendants qui parcourent le pays avec leur sac à dos. Seulement, depuis quelques années, les frontières entre les profils de voyageurs se brouillent. « Ces pays accueillent maintenant des activités très variées. Les croisières se sont multipliées en Colombie par exemple, affirme Tom Hall. Il y a beaucoup de jeunes, mais aussi des familles et des retraités qui voyagent en circuit organisé. »

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Robin a lui été séduit par la Colombie. Au cours d’un voyage d’un an, lors d’une pause dans ses études en sciences politiques, le jeune Parisien a fait étape à Bogota et Medellin. Il raconte : « J’ai été agréablement surpris. On m’avait dit d’éviter certains quartiers soi-disant peu sécurisés. J’y suis quand même allé, et ce sont les endroits que j’ai préférés. »

Aller toujours plus loin

Comme Léa, Charlotte et Maëlys, Robin a été attiré par cette excitation de voyager dans un pays où l’on ne sait pas trop à quoi s’attendre en arrivant. Pour Gavin’s Clemente Ruiz, l’intérêt que suscitent de telles destinations s’explique par « une envie de témoigner de la vie dans ces pays qui ont connu des situations politiques et religieuses difficiles, par le regard et les rencontres ». Tom Hall y voit aussi le reflet d’une nouvelle manière de voyager. « Depuis quelques années, les touristes partent en vacances sur de plus courtes périodes, de quelques semaines. Ils ont plus de moyens et peuvent donc se permettre d’aller de plus en plus loin. »

Le potentiel photogénique est aussi devenu primordial dans le choix de la destination. Sans nul doute, cet été, les montagnes et plages de Colombie et les étendues sauvages islandaises envahiront le fil de votre compte Facebook. La course aux territoires « non-découverts » ne risque pas de s’arrêter là.