On a soumis le créateur de la série «Irresponsable» à une interview irresponsable

SERIES OCS propose ce lundi 20 juin à 22h30 les premiers épisodes de la très réussie «Irresponsable»... 

Annabelle Laurent

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OCS

A 31 ans, sans job ni argent, Julien retourne vivre chez sa mère à Chaville, banlieue tranquille des Hauts-de-Seine. Il tombe sur Marie, son amour d’enfance, qui lui apprend l’existence de Jacques… leur fils. Mais comment s’occuper d’un ado de 15 ans quand on en est un soi-même?

Très bonne surprise dans un paysage des séries françaises où manquent les dramedy générationnelles, drôle, touchante et aidée par son très bon casting, Irresponsable, nouvelle fiction en 10x26' d’ OCS Signature (In America, Lazy Company), est signée d’un jeune auteur issu de la première promo du département Séries de la Fémis, Frédéric Rosset. Qui n'aurait pas cru se retrouver aux manettes d’une série à 28 ans. 


L'interview irresponsable aurait voulu qu'on ne prépare pas nos questions mais...: ça veut dire quoi, être irresponsable, aujourd’hui, à 30 ans?

Plus que l’envie de parler d’une génération, je voulais raconter la bromance entre un père et un fils qui ont le même âge mental. Si Julien est « irresponsable », c’est aux yeux des autres et de la société, parce qu’il ne cherche pas à être adulte. Je ne suis pas sûr qu’il le soit vraiment… Certes, il fume des joints et se retrouve au commissariat avec un enfant de 15 ans, et ment tout le temps… Mais c’est un personnage très positif malgré tout, très aimant. Il met beaucoup de bonne volonté dans son nouveau rôle de père… La série ne juge pas les gens inactifs, le but n’est pas de dire "il serait temps qu’il se bouge le cul", c’est plus compliqué que ça bien sûr. Marie, la mère du gamin, est dans la situation inverse, elle a dû être adulte très vite. Je ne suis pas sûr que je préférerais être à sa place.

Sébastien Chassagne, parfait dans le rôle de Julien
Sébastien Chassagne, parfait dans le rôle de Julien - OCS

«Il fallait livrer tous les textes en 6 mois et on a eu 26 jours de tournage»

Avez-vous été un créateur de série responsable?

On n’a pas vraiment le choix! Quand on fait une série avec OCS, on n’a pas de temps à perdre. C’est une grande chance parce que c’est "oui" tout de suite, sans longs passages en développement, mais ensuite c’est un marathon où il faut livrer en 6 mois l’entièreté des textes. Je ne pouvais pas me gratter les cheveux et m’y mettre 3 jours avant. Je n’ai jamais été aussi responsable que depuis que je travaille! 

Le budget était très limité (environ 85.000 euros l'épisode). Qu’auriez-vous fait d’irresponsable, sinon?

Faire dérailler un train ou faire faire du kung-fu à mes personnages? Je dirais: tourner plus longtemps. On a eu 26 jours de tournage soit à peine 2 jours par épisode, c’était la plus grosse contrainte. Même si travailler dans l’urgence permet de ne pas se regarder le nombril.

«Le tournant des séries françaises, on le doit à la génération précédente»

Si on a 20-25 ans, est-ce irresponsable de se lancer comme scénariste aujourd’hui ?

Non! C’est irresponsable si on n’a rien à dire et si on n’est pas prêt à accepter une précarité au début… Mais on est à un tournant en France, avec pour les séries françaises une volonté de faire différemment. De faire mieux. C’est grâce à la génération précédente: des personnes comme Fanny Herrero qui a créé Dix pour cent, Vincent Poymiro et David Elkaïm d’Ainsi soient-ils ou Frédéric Krivine pour Un Village Français… Du coup j’ai le sentiment d’être au bon endroit au bon moment. A la cérémonie des prix de l'ACS ( l'Association des Critiques de Séries, le 13 juin), je me disais qu'aucune série nommée n'était pas à sa place. Ca devient crédible de dire que l'on va bosser sur une série française. Il y a aussi une vraie curiosité envers les jeunes auteurs. En cela, c’est une période propice.

C’était donc responsable de la part de la Fémis de créer en 2013 un cursus Séries...?

Si on veut vraiment que le métier soit pris au sérieux, il faut former les nouvelles générations. Mais ce n’est pas la seule formation, celle du CEEA existait déjà. 

Théo Fernandez (Jack), un peu décontenancé face à son père/pote
Théo Fernandez (Jack), un peu décontenancé face à son père/pote - OCS

Vous citez Riad Sattouf et Judd Apatow comme références. Lequel des deux est le plus irresponsable?

Riad Sattouf. Parce qu’après Les Beaux gosses (2009) il a fait ce film complètement fou et risqué, Jacky au royaume des filles (2014), mais absolument génial. C’était un acte très fort, et ça m’a beaucoup plu. De son côté Apatow répète un peu la même formule. J’ai aussi été influencé par Bruno Podalydès et Dieu seul me voit (1998). Podalydès a une aura moins forte aujourd’hui et c’est injuste, je trouve! Il est important. En tout cas pour moi.

«Le showrunner le plus irresponsable? Damon Lindelof. Parce qu'après Lost, il a osé The Leftovers»

Quel showrunner - tous pays confondus - vous semble le plus irresponsable?

Damon Lindelof, le créateur de Lost. Parce qu’il s’est fait bâcher comme jamais avec cette série - dont je défends personnellement la fin!- et est ensuite arrivé [à l’été 2014] avec The Leftovers en annonçant d’emblée qu’il n’expliquerait pas le pourquoi du comment [le pitch: 2 % de la population disparaît brutalement]. Ce qui est quand même très irresponsable par rapport à sa santé mentale et au taux d’insultes qu’il pourrait déclencher chez des spectateurs un peu psychopathes… Mais non, ça a été extrêmement payant. Parce que The Leftovers est un chef-d’œuvre. C’est la meilleure série actuelle.

>> A lire aussi : Ce que «The Leftovers» a changé dans nos vies

Un sériephile serait irresponsable de ne pas avoir vu…

On ne peut pas avoir tout vu bien sûr! Je dirais qu’il «faut» voir tout l’âge d’or d’HBO (Six Feet Under, The Soprano, The Wire…), Twin Peaks. Et Lost jusqu’au bout. Et ne pas dire que c’est de la merde (Rires).

Question bonus: lancer une saison 2 de «Marseille», c’est irresponsable?

Je n’ai pas envie de tirer sur l’ambulance mais je suis curieux de savoir si Netflix aura en France la même politique qu’aux Etats-Unis où, après le poids lourd House of Cards, ont suivi de très bonnes séries beaucoup plus low-cost comme BoJack Horseman ou Master of None. Y aura-t-il des Bojack Horseman et Master of None français?

Créateur de la série, Frédéric Rosset a co-écrit la moitié des épisodes avec sa soeur Camille Rosset. Stephen Cafiero a réalisé les dix épisodes. Casting: Sébastien Chassagne, Théo Fernandez, Marie Kauffmann et Nathalie Cerda. Production: Tetra Media Fiction/La Pépinière.